Jesus
Seminar
La présence
divine de Jésus
chez Marcus
Borg
Marcus
Borg and the God-Presence of Jesus
Recension de deux
ouvrages
par le Rev Dr Alan Webster,
pasteur de l'Église
méthodiste
15 août 2006
Meeting Jesus AGAIN for the
First Time. (Rencontrer Jésus à nouveau pour la
première fois) New York, Harper /
Collins (1995)
La question fondamentale posée par
Borg est celle-ci : « comment comprendre le sentiment
éprouvé par les disciples de Jésus de
découvrir la présence créatrice de
Dieu ? »
Jésus n'était pas Dieu
lui-même, mais en contact avec lui la présence de Dieu
se faisait réelle.
Borg distingue deux images de
Jésus : l'image
« fidéiste » du sauveur divin et l'image
« éthique » du maître à penser. Il les juge toutes
deux incapables de représenter le Jésus historique et
d'introduire à une authentique vie chrétienne. Sa
conviction est que la vie chrétienne est « une relation avec Dieu qui nous engage
dans un processus de transformation ».
L'idée centrale de Borg est de
distinguer le « Jésus
pré-pascal », celui
que les disciples fréquentaient avant sa mort et sa
résurrection à Pâques et le « Jésus
post-pascal », celui de
l'expérience mystique et de la tradition de l'Église,
élaborées après la première Pâques,
celui qui est devenu le « Seigneur
ressuscité », le
Christ vivant. Borg dit que Jésus est plus que ne disent ces
titres : il est celui qui nous met en relation avec l'Esprit de
Dieu. C'est cette relation que les disciples ont connue.
Cette distinction entre pré-pascal
et post-pascal permet une nouvelle
conception du Jésus historique qui devient homme du spirituel,
maître de sagesse, prophète social et fondateur de
mouvement.
En tant qu'homme du spirituel Jésus
n'est plus un objet de foi mais celui qui nous met en relation avec
l'Esprit qu'il connaissait et qui l'animait lui-même. Cette
relation permet avant tout d'expérimenter que Dieu est
compassion, ce que Jésus expérimentait lui-même,
mettait en pratique dans la vie quotidienne de son entourage en une
véritable politique de compassion. La vie chrétienne
est donc la mise en pratique de l'idée de compassion.
La distinction
pré-pascal - post-pascal éclaire de
façon frappante la manière dont Jésus
communiquait avec les hommes. Il révolutionnait la sagesse
traditionnelle en proposant le Royaume de la compassion à tous
ceux qui pouvaient l'admettre et notamment aux pauvres du
monde.
Borg considère Jésus comme
un rigoureux monothéiste connaisseur de la vie de l'Esprit et inspirateur de
transformation. Il n'admet pas que les expressions « Fils de Dieu », « Sagesse
de Dieu » dénotent
la divinité. Il les comprend comme des métaphores dont
se servaient les disciples dans la période post-pascale, pour
désigner l'effet transformateur du contact avec Jésus.
[Ce n'est pas la même chose de dire que Jésus
révèle la voie de Dieu et de dire qu'il est Dieu. Si
c'était le cas, il y aurait des millions de
chrétiens-dieux.]
Jésus et ses premiers disciples
étaient enracinés dans le judaïsme. De même
les fidèles du temps post-pascal étaient fondés
sur les traditions historiques de la Bible, notamment la tradition
sacerdotale de l'Exode hors de l'esclavage d'Égypte, celle de
l'Exil, du Retour et de la restauration de la Justice. L'acceptation
de l'homme par Dieu était conditionnée aux rites
sacrificiels.
Cette conception est
considérée par Borg comme une invitation à la
passivité et focalisée sur l'au-delà. Dans la
mesure où les récits bibliques sont compris comme des
métaphores, cette conception permet néanmoins
d'appréhender droitement les relations de l'humanité et
de Dieu et d'ouvrir à un message d'espoir et de nouveaux
commencements.
Finalement Borg conçoit
l'évangile comme une
invitation adressée aux chrétiens du temps post-pascal
de connaître la même relation avec Jésus que celle
des disciples du temps pré-pascal. Il comprend le
christianisme comme une transformation de la vie dans la relation
avec Dieu.
Croire en Jésus ne devrait donc pas
tellement signifier croire des dogmes le concernant ni en faire un
objet de culte - ce qui est réservé à Dieu
seul - mais « lui
donner son coeur » et
rechercher au plus profond de soi la présence de Dieu qu'il
connaissait et qui transforme notre vie.
Seing God Again: What's at
Stake? (« Voir Dieu à nouveau, de quoi
s'agit-il ? »). Article
dans le livre dont Borg est coéditeur : God at 2000
(Dieu en 2000) Harrisburg, PA. Morehouse.
Dans cet essai, Borg réfléchit
à l'image que Jésus avait de Dieu. Il constate que le
besoin de certitude caractéristique de l'ère moderne et
héritées de la période des Lumières fait
désormais place dans notre ère post-moderne à
l'acceptation de l'incertitude, caractérisée par un
langage qui n'est plus catégorique et dont les affirmations
sont métaphoriques.
Il présente en 6 points la
différence entre sa première conception de Dieu et sa
compréhension actuelle.
1. Tout d'abord il ne
peut pas croire que parmi toutes les
grandes religions du monde qui le mentionnent, Dieu n'en ait choisi
qu'une pour se faire connaître.
Le pluralisme religieux lui semble une
attitude saine pour toutes les religions, affirmation qui est en net
contraste avec les conceptions exclusivistes.
2. Comme la plupart des
théologiens post-modernes,
Borg considère que Dieu, le Sacré étant le
mystère ultime est forcément caché,
inatteignable par l'esprit humain, que le culte qu'on lui rend doit
tenir compte de son aspect ineffable, au-delà de tout langage
et de tout symbole humain.
Cette affirmation fait contraste avec la
prétention à la vérité absolue des dogmes
traditionnels et notamment des fondamentalistes qui voient la Bible
comme la véritable Parole de Dieu.
3. Borg oppose le panenthéisme
post-moderne au théisme
traditionnel.
Le théisme est l'idée que Dieu
intervient dans le monde pour y faire accomplir sa volonté.
Cette conception induit, par exemple, la notion que la prière
est une manière d'obtenir que Dieu veuille bien faire ce que
nous lui demandons.
Borg pense que la plupart des athées
ne le sont que parce qu'ils ne peuvent pas croire que Dieu soit
ainsi.
Il propose plutôt le
panenthéisme, selon lequel tout est en Dieu et Dieu est en
tout. (à la différence du panthéisme selon
lequel « tout est
Dieu » ou « Dieu est tout ce qui
est »). Le
panenthéisme considère que Dieu n'existe pas
indépendamment de l'univers.
Le panenthéisme réunit
à la fois l'idée de « transcendance » qui souligne que Dieu est au-delà, tout autre
et l'idée d'« immanence » qui souligne la présence immédiate de
Dieu.
Borg estime que le panenthéisme est
plus conforme à la Bible, plus compréhensible et plus
satisfaisant pour l'esprit dans le cadre du christianisme comme des
autres religions.
4. Les images et métaphores que l'on applique
à Dieu. Elles ont davantage
d'impact que les formulations doctrinales abstraites. Ainsi lorsqu'on
dit de Dieu qu'il est roi, juge, berger, père, mère,
aimant, potier, guerrier.
Borg voit un contraste entre d'une part, les
traditionnelles images de style royal, qui induisent une attitude
infantile de demande, établissent une différence
entre « eux »
et « nous », suggèrent une vengeance à venir et
finalement amènent à se focaliser sur son propre salut
et d'autre part l'image de l'
« amour divin »,
qu'il juge profondément biblique et qui suggère que
Dieu donne à tous avec compassion libération,
guérison et vie.
5. Dieu est réalité. Alors que la réalité du Dieu
théiste est objet de doute, dans la mesure où il n'est
pas nécessaire, sa réalité n'est pas douteuse
s'il est conçu comme Être fondamental. Si sa
définition est qu'il participe à tout ce qui est, on ne
peut nier son existence. Tout au plus on peut récuser le nom
de « Dieu », mais on devra utiliser un autre mot pour
désigner le fondement de tout être et il faudra bien
l'écrire avec une majuscule.
Dire « Dieu existe » provoque discussion, car on peut nier l'existence au
cieux d'un tel être.
Dire « Dieu est
réalité »
est se référer à la grande unité de tout
ce qui est avec respect, reconnaissance et louange. Reconnaître
Dieu, pour Borg, n'est pas autre chose que considérer
l'extraordinaire tourbillon créateur d'espace de temps et
d'énergie et de s'en sentir partie prenante.
6. La vie avec
Dieu, chrétienne ou autre, ne
consiste pas avant tout à croire en Dieu mais à vivre
avec lui. Être chrétien n'est pas de croire un certain
nombre de choses - d'ailleurs peu crédibles - mais
c'est de vivre avec le mystère. Adhérer à une
des traditions du christianisme importe peu. C'est la relation avec
Dieu qui est le fondement d'une spiritualité
personnelle.
Traduction Gilles
Castelnau
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