Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie


Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie


Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs


Alain Houziaux

réflexions et poèmes

l'auditoire


Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »


Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

Libre opinion

 

 

 

Le Jésus historique

le Christ dans le christianisme libéral

 

 

The Historical Jesus

Where is the Christ in Progressive Christianity?

 

Burton Mack

professeur de la Claremont School of Theology, Californie, États-Unis

 

4 septembre 2006


Depuis plus de 150 ans les spécialistes du Nouveau Testament
travaillent la question du Jésus historique, ce qui a toujours beaucoup intéressé les chrétiens libéraux. Les récits concernant Jésus, tels qu'ils nous sont parvenus dans les évangiles, combinent, en effet, les éléments historiques avec une vision mythique et c'est cet ensemble qui est à l'origine de la vision du monde du catholicisme médiéval.

Les biblistes ont pensé qu'il était possible de faire apparaître la vie réellement menée par le Jésus historique, avant que les évangiles soient écrits, en éliminant les éléments mythiques que sont les miracles, les interventions divines dans l'histoire des hommes, les titres de Fils de Dieu et de Seigneur du monde.

Un énorme travail scientifique a ainsi été accompli dans les domaines de l'histoire du premier siècle, de l'étude critique des textes, dans la comparaison des évangiles synoptiques, la détermination de la date du plus ancien évangile et des sources des évangiles.

On a finalement découvert que les sources les plus anciennes des récits concernant Jésus étaient ses enseignements contenus dans ses paraboles, la source Q et l'Évangile de Thomas. Le « Jesus Seminar » se jugea dès lors capable de reconnaître les enseignements « authentiques » de Jésus et à le présenter comme « maître de sagesse ». Ce travail permettait aux libéraux de continuer à se sentir chrétiens tout en ayant abandonné les doctrines, les credo et les attitudes religieuses traditionnelles.

Ce travail me semble excellent, mais découvrir le Jésus historique ne suffit pas à expliquer comment il a débouché sur la mythologie qui a suivi. D'autres causes sont intervenues qui ont amené à élaborer le mythe du Christ des évangiles.

C'est d'ailleurs en analysant le travail d'élaboration mythique auquel se sont livrés les premiers chrétiens que nous prenons conscience de celui que nous-mêmes, chrétiens libéraux modernes, continuons à construire actuellement.

Le problème qui se pose à nous est donc double.

D'une part il est douteux que l'on puisse véritablement dégager le Jésus historique des élaborations mythiques dans lequel les évangiles nous le présentent.

D'autre part le Jésus historique tel que les biblistes du Jesus Seminar le présentent ne semble pas promouvoir autre chose qu'un romantisme social sans envergure. Il permet, certes, de « rencontrer de nouveau Jésus pour la première fois », selon l'expression de Marcus Borg, mais une telle « expérience religieuse personnelle » ne mène pas loin et en tout cas ne procure pas la vision de justice sociale et l'énergie politique dont nous avons besoin.

 

Élaborer les mythes

 

Le Jésus historique plait aux chrétiens libéraux dans la mesure où ils sont déçus par la théologie actuelle et la conception mythique traditionnelle du Christ. Une conception mythique nouvelle est nécessaire, qui ne soit plus en décalage par rapport à la réalité sociale contemporaine, à savoir le monde de Bush et des sociétés pétrolières. Les chrétiens libéraux s'y sont déjà attelés, à la grande fureur des conservateurs qui ne veulent rien changer et s'associent aux fondamentalistes.

C'est un défi qu'il ne faut pas craindre de relever. Chaque époque a été amenée à moderniser sa conception mythique. Les mythes se font et se modifient tout naturellement, au fur et à mesure que de l'évolution des mouvements de la société humaine.

Le simple fait que les chrétiens libéraux se posent la question de l'adéquation de leurs définitions du Christ est la preuve que de nouveaux mythes sont déjà en train de naître. Le décalage entre le Christ des évangiles et le Jésus historique correspond exactement au décalage entre le monde que nous avons déjà quitté et le monde actuel.

Le changement ne fait naturellement pas l'affaire des riches et des puissants et la question se pose de savoir nous les laisserons gérer les mythes selon l'intérêt qui est le leur ou si nous saurons le faire nous-mêmes dans l'intérêt de l'humanité et pour le bien de tous.

Il est donc de toute première importance que nous ne demeurions pas attachés à la vision romantique et dépolitisée du Jésus historique proposé par le Jesus Seminar, qui ne fait qu'organiser un club de poètes et non pas une Église chrétienne.

 

Quelle vision du monde pour l'Église ?

 

Comment débarrasser l'Église de ses défauts qui nous révoltent ? Il ne suffit pas de relire les évangiles dont les mythes nous aveuglent. Il faut plutôt tourner nos regards vers notre monde, réfléchir aux valeurs qui sont les nôtres et énumérer les raisons pour lesquelles le mythe actuel du Christ fait problème.

Notre Église devra donc sans doute promouvoir la vision d'un système démocratique, social et multiculturel. Multiculturel puisque c'est la réalité de nos jours aux États-Unis et dans le monde entier. Démocratique et social puisque c'est la tendance actuelle.

Elle devra rêver à ces entreprises qui se restructurent sans licencier leur personnel, à ces policiers qui ne tirent pas, aux hommes politiques qui engagent des négociations au lieu de déclarer la guerre, et aux États qui se conforment aux accords de Kyoto même si leur gouvernement fédéral n'en veut pas, etc.

Il y a aussi notre fascination pour la puissance militaire et notre esprit de supériorité, notre incapacité à réguler la différence de niveau de vie entre le sommet et la base, le manque de transparence du monde politique, des affaires et des médias, notre habitude de nous enfermer sur nous-mêmes, notre résistance à l'idée d'une aide sociale organisée, d'une discrimination positive, et d'une aide réelle pour les défavorisés.

Il faudrait, de plus, nous interroger sur notre manière d'honorer et de punir. Pourquoi n'honorer que les riches et les puissants ? Pourquoi ne pas valoriser les maires des banlieues défavorisées qui font des efforts intelligents et novateurs, les physiciens oeuvrant pour la paix, les éditeurs de journaux progressistes dans les petites villes et tous ceux qui s'attaquent aux problèmes sociaux ? Déployons nos drapeaux, faisons monter ces gens sur le podium, donnons-leur des médailles, écrivons aux journaux. Ce serait vraiment nouveau.

Il nous faudrait encore réfléchir aux valeurs que nous tenons pour évidentes. Les approuvons-nous ? Sont-elles réellement fondées sur l'Évangile ? Sinon, quelle est leur origine ? Elles n'ont pas forcément besoin, pour être valables, d'être enracinées dans la tradition chrétienne et d'être mentionnées dans la Bible, mais il nous faut savoir si nous les approuvons réellement.

Par exemple les mots Liberté, Égalité, Fraternité ne font pas partie de la tradition chrétienne, mais on bien légitimement leur place dans notre nouvelle définition du christianisme, dans le mythe que nous cherchons à élaborer. En est-il de même pour les autres ?

D'ailleurs l'idéal social-démocrate de liberté, égalité, fraternité (c'est-à-dire solidarité) auquel nous sommes habitués semble laisser sa place à celui de justice. Notre christianisme libéral admet-il de remplacer ainsi l'égalité par la justice ? Est-ce en accord avec le mythe du Christ ?

Autre question, que penser du mythe du martyr, de celui de la pureté, de la nécessité de convertir les autres, de compter sur un Sauveur intervenant de l'extérieur, de celui de l'apocalypse finale ? Bien d'autres questions encore se doivent d'être posées.

 

Comment élaborer le mythe libéral

 

N'hésitons pas à entrer dans cette réflexion et à y engager nos paroisses : Comment comprenons-nous la Bible, l'Évangile, le style de nos églises, notre calendrier liturgique, la manière dont nous célébrons le baptême et la sainte-cène, le contenu de la prédication ? Quel est le mythe général de cet ensemble ? La vision du monde sous-jacente au style actuel de l'Église est dégradée, ternie, peu crédible. Il nous faut la repenser.

L'église. On n'a guère envie d'y installer la kermesse paroissiale ou un festival multiculturel de musique folk, mais pourquoi ne pas éliminer le langage sacrificiel de la liturgie de sainte-cène ? Pourquoi ne pas multiplier le pain et en faire un véritable repas auquel on inviterait tous les habitants du quartier, chrétiens ou non.

Et pourquoi ne pas suggérer aux musiciens d'apporter leurs instruments afin que les gens puissent chanter, danser et se sentir à l'aise dans l'église ?

Autre exemple : Michelle Bachelet est la nouvelle présidente - de gauche ! - du Chili. Tout le monde se souvient de ce que nous avons fait à Allende et comment Pinochet, que nous avons mis à sa place, a traité son peuple. L'occasion de cette élection mériterait bien une petite mention pendant le culte et qu'une coupe de champagne soit ajoutée au café de fraternité qui suit : « Bravo Michelle, tous nos voeux et que Dieu vous bénisse ».

La Bible. Pourquoi ne pas en réécrire les textes comme cela s'est, d'ailleurs, beaucoup fait. Les Noirs américains, par exemple, avant même d'être autorisés à apprendre à lire, entendaient les histoires dans un esprit de liberté et de justice et se les répétaient à leur manière : Moïse et les enfants d'Israël libérés de l'esclavage d'Égypte, les prophètes affirmant la volonté de justice de Dieu, Jésus qui ne méritait pas son sort : voyez, on l'a crucifié mais même la mort n'a pas pu l'arrêter. Dieu nous veut tous libres. Les enfants de Dieu auront tous des chaussures.

C'était la naissance d'un remarquable mythe. Et comme il apportait une saine conception de la démocratie sociale, il était bien meilleur que tout ce que les conservateurs de la Bible belt (du sud des États-Unis) avait proposé jusqu'alors.

L'Évangile. Peut-il également être réécrit ? La différence que nous avons appris à connaître entre le Jésus historique et le Christ des évangiles nous interroge sur la raison pour laquelle les premiers chrétiens ont construit leur mythe. Ils concevaient la société à la manière de l'Empire romain en termes de royaumes, de puissance militaire. Ils voyaient Jésus comme un nouveau Moïse, enseignant et prophète, dont l'enseignement permettait de traverser les problèmes politiques de l'époque tout en menant une vie saine, droite, dans l'espérance de la restauration de la volonté de Dieu pour son peuple. Ils ne décrivaient pas Jésus comme un roi, un messie, un conquérant.
Mais quand les Romains ont pris et détruit Jérusalem, les disciples rassemblés en un petit groupe autour de Marc ont été déçus. Ils ont réagi en rédigeant leur Évangile avec des positions excessives : ils ont nommé Jésus messie, roi des Juifs et ont donné un sens apocalyptique au récit de sa crucifixion.

Nous pouvons parfaitement comprendre leur besoin de s'affirmer ainsi, mais nous ne sommes pas obligés d'entrer dans leur logique. D'ailleurs comment le pourrions-nous alors que nos conceptions, nos valeurs, nos espoirs, nos problèmes et les dangers qui nous guettent la rendent incompréhensible et peu crédible.

Mais nous pouvons montrer à nos contemporains le contraste qu'il y a entre le Jésus historique et le Christ des évangiles afin de décoincer leurs positions figées et de les inviter à une réflexion nouvelle.

 

Quel Christ pour le christianisme libéral ?

 

La plupart des images du Christ qui font aujourd'hui problème sont en train de disparaître toutes seules sans que nous ayons même besoin de les critiquer : ainsi la divinité du Christ et sa dimension cosmique, son sacrifice pour expier les péchés, sa venue au Dernier jour pour enlever ses élus au ciel et son Jugement dernier.

Kurt Vonnegut écrit dans son dernier livre : « Les paroles de Jésus sont bonnes, absolument magnifiques et peu importe donc qu'il ait été Dieu ou non. »

Les paroles de Jésus que Vonnegut préfère sont les Béatitudes :

Heureux les doux, ils hériteront la terre
Heureux les miséricordieux, on leur fera miséricorde
Heureux ceux qui procurent la paix, ils seront appelés fils de Dieu

Et il s'étonne que les chrétiens de la droite religieuse demandent avec tant d'insistance l'affichage les Dix Commandements dans les bâtiments publics plutôt que celui des Béatitudes.
Pourquoi pas, demande-t-il, « Heureux les miséricordieux » dans un tribunal et « Heureux ceux qui procurent la paix » au Pentagone ?

Pourquoi ne pas donner toute sa place à un Martin Luther King dans le nouveau mythe du christianisme libéral ? et bien entendu, oublier les trois niveaux de l'univers, (le ciel de Dieu, la terre des hommes et l'enfer de Satan) !

On dirait ainsi les grands moments de l'histoire humaine, les interventions de l'Esprit depuis le commencement, la difficulté des hommes à comprendre les différences et aussi les grands moments où les différences ont suscité la curiosité, l'intérêt, la passion pour finir en poignées de mains et en sourires fraternels.

Que les paroisses s'engagent dans un tel projet. On se rendra probablement vite compte que des lignes de force se dégagent toutes seules montrant l'humanité qui, librement et avec dynamisme, célèbre la vie, dit le bien, rappelle les grands souvenirs.

Notre monde est malade et a besoin que nous lui apportions guérison et que nous lui proposions un nouveau départ.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.