Planning
familial
D'honorables auditeurs
de ma récente émission sur le Planning familial
à la radio « Fréquence
protestante »
s'en disent très choqués.
Claudine
Castelnau
14 mars 2006
Voici une de ces
lettres
Bonjour,
Je vous écris ce mail pour vous dire
combien j'ai été choqué par votre
émission de ce samedi 4 mars 2006,
Midi-Magazine consacrée au cinquantenaire du Planning
familial.
Je comprends tout à fait que le
débat soit ouvert et que chacun a droit à la parole
pour défendre son point de vue. Ce qui m'étonne et
m'attriste profondément c'est qu'une radio qui se dit
chrétienne fasse l'apologie de ce mouvement et ainsi de
l'avortement. Sans parler du dénigrement des autres
chrétiens qui, grâce à Dieu, ne partagent pas ce
point de vue.
Comment peut-on se dire chrétien et
bafouer ainsi l'un des commandements de Dieu « Tu ne tueras
point » ? J'en reste
abasourdi.
Ne lisez surtout pas de la colère
dans ce message, simplement une grande et profonde affliction de
savoir que celles et ceux qui devraient défendre
l'Évangile et son message de vie le piétinent.
Soyez assurés de ma prière
à défaut de ma considération.
XX
.
Voici ma
réponse
Je me souviens, comme si c'était
hier, de ce que nous vivions avant
la loi de Simone Veil du 17 janvier 1975.
En voici deux exemples.
Dieppe, dans les
années 1960
Mon mari était pasteur dans cette
petite ville. Une paroissienne
était mère de 12 enfants. Son mari, alcoolique,
l'obligeait parfois - trop souvent - à se
réfugier la nuit avec deux ou trois de ses petits, dans nos
locaux de paroisse pour échapper à sa violence.
La misère, de plus rongeait cette
famille. Notre service d'entraide la soutenait.
Mon mari s'est enhardi, un jour, à
suggérer à cette femme de limiter désormais son
nombre d'enfants. Mais elle répondit redouter la
gravité de l'opération chirurgicale qu'elle s'imaginait
nécessaire ! Elle n'avait évidemment aucune
idée de ce que peut être la contraception.
L'association du Planning familial naissante
ne trouvait aucun local dans la ville. L'Église catholique
l'interdisait, le maire communiste n'en approuvait pas
l'idéologie et la puissance médicale était
bloquée par son « serment
d'Hippocrate » ( 1 ).
C'est notre paroisse protestante qui mit
gratuitement un de ses locaux à la disposition du Planning
familial qui put commencer alors son activité d'information
dans la ville. Des explications et des conseils étaient
donnés de manière non culpabilisante, une
atmosphère compréhensive était
créée. On pouvait aussi commander en Angleterre et
faire venir sous pli fermé des contraceptifs féminins,
comme des diaphragmes encore interdits en France.
Refus de continuer à exiger des
femmes tant de sacrifices, volonté de vivre la
miséricorde selon la parole du Christ : « Allez, et apprenez ce que signifie :
Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux
sacrifices »
Quant à l'avortement, il faisait
alors des ravages. Interdit en
France, refusé par le corps médical, il était
pratiqué illégalement par des « faiseuses
d'anges » Les choses se
passaient naturellement souvent mal et à l'hôpital
où ces malheureuses étaient transportées, les
« curetages », normalement extrêmement douloureux
étaient, selon de nombreux témoignages, souvent
pratiqués sans anesthésie dans un but de
punition.
Aucune estimation précise du nombre
de ces avortements n'est évidemment possible. On avance
généralement le nombre de 700 000 par
an.
Les femmes de milieux aisés avaient
les moyens de se rendre en Suisse, aux Pays-Bas ou en Angleterre
où les avortements étaient légaux.
Amsterdam aux environs
de l'année 1970
Mon mari était pasteur de la
paroisse francophone. Nous avons
recueilli chez nous une jeune fille française venue se faire
avorter à l'insu de toutes ses connaissances.
Son ami, très « catholique » se refusait à toute contraception. Elle
s'était retrouvée enceinte et son ami l'avait alors
abandonnée. Incapable d'assumer sa situation dans le milieu
répressif qui était le sien, elle avait demandé
de l'aide à la jeune Hollandaise qui était venue dans
sa famille comme fille au pair.
Nous l'avons trouvée
bouleversée et désespérée, en larmes.
Nous ne lui avons fait aucun reproche. Nous l'avons
accompagnée à la clinique d'avortement. Nous avons
été heureux d'y trouver un médecin parlant
français, souriant et non culpabilisant, qui a tenu à
lui présenter des moyens anticonceptionnels.
« Allez, et apprenez ce que
signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et
non aux sacrifices ».
.
Et je réponds ainsi à mon
auditeur : C'est bien parce que
notre radio se dit chrétienne que nous y faisons l'apologie de
ce mouvement. Ce ne sont pas les chrétiens que nous
dénigrons lorsqu'ils ne partagent pas ce point de vue, c'est
leur point de vue sans miséricorde.
Je suis abasourdie lorsqu'on met au premier
plan de la réflexion chrétienne un commandement, fut-il
« Tu ne tueras
point », alors que
justement je comprends que tout le ministère de
Jésus-Christ a été de s'opposer aux
maîtres de la Loi d'Israël au nom de la
miséricorde : il transgressait le sabbat et demeurait
chez les « pécheurs ».
Je crois que c'est en agissant et en parlant
comme je le fais que, bien loin de piétiner l'Évangile,
je le défends au contraire et je proclame son message de
vie.
Et je ne cède en rien aux attaques
incessantes des défenseurs du Serment païen
d'Hippocrate.
Serment
d'Hippocrate
Je jure par Apollon médecin, par
Esculape, Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les
déesses, et je les prends à témoin que, dans la
mesure de mes forces et de mes connaissances, je respecterai le
serment et l'engagement écrit suivant :
[...]
Dans toute la mesure de mes forces et de mes
connaissances, je conseillerai aux malades le régime de vie
capable de les soulager et j'écarterai d'eux tout ce qui peut
leur être contraire ou nuisible. Jamais je ne remettrai du
poison, même si on me le demande, et je ne conseillerai pas d'y
recourir. Je ne remettrai pas de produits abortifs aux femmes.
[...]
Traduction de
Littré
.
Voir
aussi
Gilles Castelnau
La
« vie » de l'embryon, recherche
médicale, planning familial, avortement
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