Nouvelle

Hébron, le « tombeau des Patriarches »
Nouvelles d'Israël-Palestine
8 décembre 2008
Un soldat israélien évacuant manu militari deux des colons israéliens qui occupaient depuis une semaine, à plusieurs dizaines, une maison palestinienne d’Hébron en Cisjordanie, c’est une photo dans Libération du 6 décembre. « Cette maison est à nous, ce pays appartient au peuple d’Israël », clament ces jeunes juifs radicaux, en lutte aussi bien contre les Palestiniens que contre les soldats de Tsahal, l’armée israélienne.
Ils ont participé, à ce que les médias israéliens appellent déjà « l’intifada juive » en référence aux soulèvements des jeunes Palestiniens, avec une violence verbale inouïe contre les soldats israéliens, n’hésitant pas à les traiter de « nazis, pires que les Arabes ».
Tout avait commencé par de violentes manifestations d’ultranationalistes israéliens venus à la rescousse des colons qui s’opposaient depuis une semaine à l’ordre d’expulsion d’une maison palestinienne dans Hébron après un jugement, le 16 novembre, de la Cour suprême estimant que les occupants israéliens n’avaient pas fait la preuve qu’ils en étaient bien les propriétaires et le propriétaire palestinien niant l’avoir vendue. L’armée a alors dû intervenir pour interdire l’accès des quartiers palestiniens aux colons juifs et vendredi on comptait déjà 20 Palestiniens et 18 Israéliens blessés.
Dans le conservateur Yédiot Aharonot, l’un des trois plus importants quotidiens israéliens, l’éditorialiste écrivait d’ailleurs la semaine passée : « Les parents de ces jeunes ne comprennent pas à quel point ils ressemblent aux parents palestiniens. Ce sont tous des enfants de l’Intifada. Une génération entière d’enfants palestiniens a été bousillée par la terreur. Une génération entière d’enfants de colons est bousillée par une lutte aveugle contre l’autorité de l’État ».
Le correspondant en Israël de Libération remarque que « les événements d’Hébron inquiètent d’autant plus les Israéliens qu’ils illustrent un réel durcissement dans la lutte pour le Grand Israël » [la récupération par les juifs du territoire de l’Israël biblique, c’est-à-dire celui d’avant l’an 70 de notre ère !] Si le démantèlement des implantations et l’évacuation de Gaza, durant l’été 2005, s’était déroulée sans incident majeur, celle d’Amona six mois plus tard avait été déjà mouvementée. Face à cette radicalisation à Hébron, le mouvement des colons reste silencieux, le gouvernement de transition tente de tempérer la colère des ultra mais réclame aussi que cessent les « attaques intolérables contre les Palestiniens et leurs propriétés ». Quant aux jeunes résistants radicaux,ils supportent mal la comparaison avec les jeunes lanceurs de pierres palestiniens de l’Intifada !
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L’envoyé spécial du « Monde », dans un article paru le 30 novembre, expliquait le pourquoi d'un abcès de fixation autour d’une grande bâtisse à l’entrée d’Hébron, à 40 km au sud de Jérusalem. La maison est située sur un axe reliant la colonie israélienne de Kiryat Arba voisine, au mystérieux tombeau des Patriarches où juifs et musulmans vénèrent les ancêtres mythiques : Abraham, un étranger, qui selon la tradition biblique aurait acheté une vaste grotte pour y enterrer sa femme Sarah. Il y repose à son tour puis son fils Isaac, son petit-fils Jacob et Rébecca et Léa leurs épouses. Une tractation légale avec les habitants du lieu qui « justifie par avance les prétentions de la descendance d’Abraham à la possession de la terre qui deviendra la Palestine », relève le guide Jeune Afrique.
Sur cet axe stratégique se trouvent aussi toute une série d’implantations juives illégales et réalisées par la force en expulsant des familles palestiniennes de leurs maisons dans la vieille ville. Et tout au long des siècles, la mésentente et les heurts sanglants entre Juifs et Arabes se sont cristallisés sur cette ville d’Hébron. « Nous poursuivons l’œuvre d’Abraham », clamait une banderole sur la bâtisse que les manifestants appellent la « maison de la paix » et que l’armée israélienne appelle désormais la « maison de la discorde ».
En tout cas ces colons, persuadés d’être chargés d’une mission divine, sont bien décidés à reconquérir les lieux historiques ou supposés tels du judaïsme à commencer par la ville d’Hébron. Et l’ordre d’expulsion par la Cour suprême est carrément taxée d’« antisémite » et de « sacrilège ». Pas question de négocier avec les autorités, « même sur un seul grain de poussière de la terre d’Israël », affirme la porte-parole des colons.
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Devant la Commission des affaires étrangères du Parlement européen, Tzipi Livni, la ministre israélienne des Affaires étrangères, avait appelé la communauté internationale à moins d’« impatience » et à laisser Israéliens et Palestiniens poursuivre à leur rythme leurs négociations de paix. Elle avait par ailleurs été attaquée par des députés européens sur la situation humanitaire très préoccupante dans la bande de Gaza, bouclée par Israël en raison des attaques terroristes et elle avait alors justifié la politique de son gouvernement en disant qu’elle n’avait pas « de solution miracle pour délégitimer le régime du Hamas et combattre le terrorisme sans que cela ait un impact sur la population ».
Heureusement, une majorité de parlementaires européens n’a pas entendu la ministre et a décidé de reporter à janvier le vote sur la participation d’Israël aux programmes communautaires. « C’est une première victoire de l’opinion publique européenne mobilisée fortement pour que les députés européens expriment la condamnation de l’actuelle politique israélienne », note l’Association France-Palestine-Solidarité dans un communiqué de presse du 3 décembre.
Alors qu’Israël bénéficie déjà d’un accord d’association qui, en échange de relations politiques et économiques privilégiées avec l’Union européenne comporte un engagement à respecter le droit international ce qu’il ne fait pas avec sa politique de colonisation et d’accaparement des terres palestiniennes et de violation systématique des droits de l’homme dans les territoires occupés.
Et le bouclage de la bande de Gaza, devenue comme un camp d’enfermement.
Ainsi le nonce apostolique, représentant du pape en Israël, accompagné de deux prêtres du patriarcat de Jérusalem s’est vu refuser fin novembre l’entrée à Gaza pour y célébrer une messe alors qu’il avait fait toutes les démarches exigées par les autorités administratives et l’armée israéliennes. Motif du refus : la menace de roquettes palestiniennes et le risque d’attentats-suicides sur les check-points entre Israël et Gaza ! Il faut vraiment que l’Union européenne, à défaut des États-Unis, maintienne la pression sur Israël pour qu’un véritable processus de paix se mette enfin en route.
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