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Levée discutable d'excomunication

d'évêques intégristes

(suite)


9 février 2009
« Benoît XVI ne parvient pas à calmer la tempête provoquée par la réhabilitation des évêques intégristes. 
» Un titre du Monde, le 31 janvier. Et deux réflexions : d’abord le mot  « réhabilitation » employé, ici et partout dans les médias et même par le porte-parole du gouvernement français, Luc Chatel, n’est pas correct comme l’ont fait remarquer certains auditeurs de Fréquence protestante la semaine dernière.
Il faudrait dire levée de l’excommunication des quatre évêques intégristes dont un publiquement négationniste.
La réhabilitation, définie par le Petit Larousse, c’est « rétablir une personne dans des droits, une capacité, une situation juridique qu’elle avait perdu. »

Apparemment, le chemin à parcourir pour que les quatre évêques intégristes soient « réhabilités » est encore long. Un autre mot abondamment utilisé dans les médias et récusé vertement par ceux qui savent... Ainsi, le communiqué du Conseil permanent des évêques de France qui précise que « la levée de l’excommunication n’est pas une réhabilitation, elle constitue le point de départ d’un long chemin qui supposera un dialogue précis. »

Cette semaine l’hebdomadaire catholique « La Vie » est revenu sur la question : « Réintégrés ou pas ? ». « Non,  répond un spécialiste en droit canon.  Ils sont bien évêques puisqu’ils ont été consacrés par des évêques catholiques. Mais, pour l’instant ils n’ont pas de statut juridique et ne peuvent exercer de responsabilité tant que leur suspension a divinis ne sera pas levée. C’est à dire qu’ils ont l’interdiction de célébrer les sacrements. »
Le communiqué des évêques catholiques français affirme encore qu’ « en aucun cas le Concile Vatican II ne sera négociable » alors que le supérieur de la Fraternité intégriste assure avoir écrit au pape le 24 janvier dernier : « Nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles, jusqu’à Vatican II au sujet duquel nous émettons des réserves ».

Bel euphémisme, car si l’on reprend les déclarations récentes de responsables de la Fraternité Saint-Pie-X, comme celle de l’abbé de Cacqueray, supérieur du district de France, à ses ouailles de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris le 25 janvier dernier : le pape n’aurait  pas « pris conscience que la crise où se trouve l’Église n’a pas pour origine de mauvaises interprétations du Concile, mais le Concile lui-même. »
Ce qui signifie au final, constate La Vie, que « la Fraternité ne demande pas le droit à la critique ou à l’interprétation du Concile mais son invalidation. »  Ce qui est bien plus radical ! Mais comment s’étonner vraiment alors que  Vatican II est taxé d’« hérésie » par eux ? Et les morceaux de bravoure des intégristes de la Fraternité Saint-Pie-X ne manquent pas.

En 2004, contre l’œcuménisme prôné par le concile de Vatican II, ce concile que le supérieur de la Fraternité Saint-Pie-X comparait en août 2008 comme « un peu un cancer généralisé, ce corps étranger qui propage dans Église autre chose que la foi catholique »  et disait de l’œcuménisme « sous couvert de rechercher l’unité l’œcuménisme disperse les brebis. Il ne porte pas la marque du Christ mais celle du diviseur par excellence, le diable. »
Ou encore, dans le florilège des intégristes, l'attaque contre la prière interreligieuse : « Comment prétendre que des religions qui ignorent le vrai Dieu pourraient obtenir de lui quelque chose. Saint Paul nous assure que les faux dieux sont des anges déchus, des démons. »

Où leur haine de la liberté religieuse : « Si l’État doit donner les mêmes droits à toute religion [...] État créature de Dieu, irait alors contre Dieu ».

Haine aussi des autres religions, regrettant la bienveillance de Vatican II à « l’égard de ces sociétés (les autres religions), convoyeuses de l’erreur et du vice et pourvoyeuses de l’Enfer »,  et d’abord l’islam « une fausse religion qui a été fondée par le diable et mène au diable » et le judaïsme pour avoir refusé de « reconnaître Notre Seigneur comme fils de Dieu ».

Les intégristes sont aussi contre les Droits de l’homme, n’aiment pas qu’on parle de liberté, d’égalité, de fraternité, « ce type de discours qui tient plus d’une loge franc-maçonne que de Église catholique. »

Voilà pour le volet Vatican II qui a tant ulcéré, révolté même nombre de fidèles de Église catholique sans parler des protestants, musulmans ou juifs, dont La Vie de cette semaine se fait l’écho.

 

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Les chambres à gaz.
A cela s’est ajouté la fureur, l’indignation
, déclenchée par l’un des 4 évêques intégristes, Mgr Williamson d’origine britannique qui a nié l’existence des chambres à gaz lors d’une interview sur une chaîne de télévision suédoise enregistrée en novembre mais diffusée deux jours avant la levée de l’excommunication. Il y déclare que « pas plus de 300 000 juifs ont péri sous le nazisme. » Et qu’il reverra la question si on lui apporte des « preuves historiques » indubitables sur les chambres à gaz.

Naïvement, le Vatican estime que la déclaration du pape condamnant les propos négationnistes du dit évêque deux jours plus tard, et lui demandant de se rétracter suffisent. « La question peut être considérée comme close », déclare le porte-parole du Vatican qui ajoute que « le Vatican met un point final aux nouvelles demandes de clarification concernant les positions du Pape et de Église catholique au sujet de l’Holocauste », ce qui réjouit intégristes et extrême-droite qui louent le pape « en ces temps de démagogie généralisée de ne pas se préoccuper du qu’en-dira-t-on. » 

Entre temps le grand rabbin d’Israël a vigoureusement protesté, la présidente du Conseil central des juifs en Allemagne a annoncé qu’elle rompait les relations avec les autorités catholiques en Allemagne et surtout, à l’encontre de la diplomatie habituelle, la chancelière allemande Angela Merckel a trouvé la « clarification » du pape « insuffisante » et réclamé fermement que le Vatican et le pape disent « très clairement que l’on ne peut pas nier l’Holocauste […]  alors qu’on peut avoir l’impression, à la suite d’une décision du Vatican [la levée d’excommunication], que la négation de l’Holocauste est possible. »  

« Le Monde »  du 3 février ajoutait que « en Allemagne, où le négationnisme est passible de prison, les réactions ont été d’autant plus violentes que le pays était fier, en 2005, de l’élection au trône de saint Pierre, [d’un Allemand], l’ancien cardinal Ratzinger. »  
Depuis la chancelière et le pape se sont téléphoné pour s’expliquer... Il reste qu’en Allemagne le négationnisme est 100 000 fois plus tabou qu’en France et que le directeur de la rédaction allemande de radio Vatican, le père Eberhard von Gemmingen aurait déclaré dans une interview répercutée sur Yahoo : « Tel que je connais le pape, il a déjà probablement pensé au fond de lui : Peut-être que je devrai un jour abdiquer pour sauver l’image publique de la papauté. »

Dans une analyse du « Monde »,  le 5 février, Stéphanie Le Bars chargée des affaires religieuses écrivait que si Benoît XVI a « depuis longtemps renoncé à plaire à ses contemporains et que l’institution vaticane est une machine qui semble mettre un point d’honneur à s’abstraire des enjeux sociétaux, politiques ou médiatiques du moment [...], il est à la tête d’une communauté de plus de un milliard de personnes dont il peut difficilement ignorer les émois. [...] La peur qu’inspire à Benoît XVI la société moderne, sa proximité assumée avec le courant montant des catholiques identitaires et traditionalistes sur la sacralité des rites ou la primauté de la loi naturelle font de ce pape du XXIe siècle « un intransigeant tempéré », ce que nombre de catholiques, pour ne pas parler de l’opinion publique analysent simplement comme une attitude de repli et d’enfermement sur soi. » [...]

Conclusion du « Monde » : « Cette levée d’excommunication [alors que le pape savait très bien à qui il avait à faire] est plus grave pour Église catholique par ce qu’elle dit de son évolution actuelle et, semble-t-il, inéluctable ».

 


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