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Chrétiens au Pakistan


 

23 février 2009
« La charia pour avoir la paix 
», un titre de Libération du 19 février. Mais quelle paix dans cette vallée de Swat ? Et pour qui ? En échange d’une promesse de paix entre un chef religieux proche des insurgés talibans et le gouvernement pakistanais, l’administration du district pakistanais de malakand a accordé que soit instaurée la charia, la loi islamique.

Réaction d’un officier de l’armée pakistanaise en poste dans la vallée de Swat jusqu’à la fin de janvier : « C’est la pire défaite qu’il m’a été donnée de vivre. C’est une défaite morale, l’abandon des valeurs fondatrices du Pakistan et l’abandon d’une partie de sa population aux mains d’une bande de criminels qui tuent au nom de Dieu ».
Il a affronté les talibans au combat, en a tué beaucoup et a perdu quelques hommes cet officier qui se décrit comme un « musulman convaincu, amoureux de sa patrie » et se dit écoeuré par la décision de son gouvernement dans la vallée de Swat où « toutes les lois non islamiques liées au système judiciaire et celles allant à l’encontre du Coran et de la Sunna [la vie du Prophète] seront annulées… », une concession aux religieux islamistes fanatiques, acceptée par le président Zardari, veuf de Benazhir Buttho.

Conséquence : depuis le 16 février, la charia a force de loi, à 200 km de la capitale Islamabad. « Pourquoi proclamer la charia dans une république dont l’islam est la religion officielle et dont la Constitution repose déjà sur le Coran ? questionne un homme qui s’est réfugié dans la capitale après avoir dû fuir de la vallée de Swat en laissant son entreprise, ses employés et sa maison. La charia n’est pas en soi un problème, c’est la lecture qui en est faite parles talibans », ajoute-t-il. 500 000 réfugiés comme lui ont fuit ces derniers mois la folie des talibans et leur vision de l’islam qui s’accompagnerait d’exécutions publiques de femmes, de plusieurs assassinats de notables, informations non démenties par les autorités d’Islamabad.

En tout cas l’inquiétude gagne les politiques modérés pakistanais qui voient dans cette reculade du pouvoir dans la vallée de Swat, « une étape dans la logique de conquête des talibans. Partout, ils étendent leur influence par la terreur », comme l’explique une jeune députée de l’opposition citée par Libération. Dans la vallée de Swat, les talibans ont interdit aux filles d’aller à l’école et la totalité des écoles de filles ont été détruites et les rares familles qui s’y sont opposées ont dû fuir. Du déjà vu avec les talibans d’Afghanistan de Kaboul avant qu’ils ne soient renversés en 2001 par les Américains.

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Enfin, cette déclaration pessimiste du Haut Commissaire du Pakistan à Londres. Interrogé par l’Association des chrétiens asiatiques à Londres, sur l’abandon de la loi sur le blasphème, le représentant pakistanais a répondu qu’il était trop tard à son avis et trop difficile de faire adopter l’abolition de cette loi par le Parlement pakistanais. Il faudrait pour cela, a-t-il rappelé, l’assentiment des 2/3 des députés alors que la situation religieuse du pays se radicalise et que des juges ont été assassinés pour avoir acquittés de soi-disant profanateurs.

Cette loi, héritée de la colonisation britannique et qui suscite des protestations régulières des Églises et des défenseurs des droits de l’homme, n’est pratiquement utilisée aujourd’hui que contre les chrétiens pakistanais. Elle permet, en principe, la condamnation à mort par un tribunal de celui qui est accusé d’avoir profané le nom d’Allah, du Prophète ou du Coran mais elle a surtout des effets dévastateurs sur l’accusé même acquitté et sa famille qui doivent quitter leur village où ils sont menacés de mort.

La rencontre des chrétiens pakistanais vivant en Angleterre avec le Haut Commissaire du Pakistan à Londres apportait aussi une bonne nouvelle : pour la première fois, le gouvernement pakistanais a officiellement reconnu la célébration de Noël et la sécurité a été sérieusement renforcée, avec succès, autour des lieux de cultes puisqu’on ne compte aucune attaque malgré les menaces qui n’avaient pas manqué.
« La situation des chrétiens au Pakistan est bien meilleure que celle des chrétiens indiens en Orissa où ils ont été terriblement persécutés », a fait remarquer le Haut Commissaire Wajid Shmasul Hasan. Il a prévu cette année de visiter des communautés musulmanes et chrétiennes en compagnie de l’évêque anglican de Bradford (une ville avec une très importante population musulmane) « pour aider à tisser des liens entre musulmans et chrétiens » a-t-il annoncé.

 


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