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Inde

Hindous, musulmans, dalits chrétiens

 

 

23 mars 2009
Qu’est devenue cette Inde capable d’intégrer toutes les religions
il y a vingt ans encore, comme le relève un politologue et spécialiste de la région dans Le Monde des religions de mars-avril ? Les heurts entre hindous (80 % de la population) et musulmans (13,5 %) sont fréquents, ainsi qu’entre hindous et sikhs (ces derniers sont 2,1 % de la population), ou hindous et chrétiens (qui sont 2,3 %). Mais même si 80 % des Indiens sont hindous, l’Union indienne reconnaît constitutionnellement toutes les religions de façon égalitaire et se veut terre d’accueil pour toutes les confessions religieuses.

Enfin, en théorie. Car dès le début du 20e siècle, les facteurs de tension se sont multipliés, avec pour arrière-fond la partition de l’Inde lors de l’indépendance en 1947 et la question toujours brûlante du Cachemire foyer de discorde sanglant entre Inde et Pakistan qui se le disputent.
Enfin, la montée du fondamentalisme hindou et l’émergence de partis nationalistes hindous comme le BJP arrivé au pouvoir en 1998 ou l’apparition d’un « islamisme » indien. « Les musulmans indiens se sentent persécutés », comme le montre un rapport officiel de 2006 et cette population de 154 millions, la troisième plus grande communauté musulmane du monde, éprouve un sentiment d’exclusion, d’où le basculement de certains dans le terrorisme.

Symbole de ces tensions entre hindous et musulmans, le massacre de la mosquée d’Ayodhya où en décembre 1992, des milliers de pèlerins hindous venus de tout le pays rasèrent une mosquée au motif qu’elle avait été construite au 16siècle sur un temple hindou érigé sur le lieu de naissance du dieu Rama ! Cette destruction déclencha des violences entre hindous et musulmans et fit plus de 2000 morts dans le pays.
Le nationalisme hindou, fondé sur le concept de l’identité hindoue qui définie un « vrai » indien (la religion hindoue, la langue hindi et l’hindoustani, une nation mythique) a pour résultat que chrétiens comme musulmans indiens sont perçus comme des étrangers et une frontière invisible s’est peu à peu installée entre religions « autochtones » (hindouisme, sikhisme, bouddhisme et jaïnisme) et les religions « importées ». Car même si la Constitution indienne de 1947 interdit toute discrimination fondée sur la religion, elle réduit les non-hindous au statut de « minorité ». « Il y a là inscrit dans le texte fondateur de la nation, les causes de la désunion indienne », relève Le Monde des religions.

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Mais si l’Inde est dans l’actualité, c’est aussi parce que se tiendront des élections nationales du 16 avril au 13 mai. Déjà les quelque 714 millions d’électeurs potentiels de la plus grande démocratie du monde sont appelés à remplir leur devoir civique en allant voter pour élire les 543 députés du Parlement national. Des Églises et institutions chrétiennes s’efforcent de sensibiliser la population.
Et dans un communiqué commun, publié à la suite d’une conférence œcuménique tenue à New Delhi le 4 mars dernier, les participants ont exhorté les chrétiens à être « partie intégrante du processus électoral : Nous devons le manifester en allant voter pour renforcer la démocratie et la laïcité dans le pays », dit le communiqué commun aux catholiques, protestants, évangéliques et orthodoxes.

Les ONG sont appelées à accompagner ce processus électoral en s’assurant que les noms des électeurs chrétiens figurent bien sur les listes électorales. Enfin, les partis politiques sont invités à faire que la protection des minorités religieuses soit garantie, que les lois anti-conversion votées dans sept États indiens sous la pression du parti nationaliste hindou, le BJP, soient abrogées (l’hindouisme ignore le prosélytisme : on naît hindou et l’on ne peut se convertir à l’hindouisme et les fondamentalistes hindous supportent mal l’évangélisation des missionnaires chrétiens d’où cette « chasse aux chrétiens » avec meurtres et incendies de villages et de lieux de culte engagée depuis une dizaine d’années). Le communiqué commun des chrétiens indiens demande enfin aux politiques qu’il soit mis fin à la discrimination qui frappe les dalits chrétiens.

Et justement, les 250 millions de dalits indiens, considérés comme des « intouchables » le plus bas échelon du système social-religieux hindou –. faisaient l’objet d’une conférence œcuménique organisée pour la première fois par le Conseil œcuménique des Églises, la Fédération luthérienne mondiale et la Conférence chrétienne d’Asie, du 21 au 24 mars à Bangkok en Thaïlande.
Ces dalits et d’autres groupes en Asie subissent oppression et discrimination par simple convention sociale et si la discrimination positive a permis leur entrée dans l’administration et l’éducation d’une petite minorité d’entre eux, les atrocités commises contre eux (viols, meurtres) restent le plus souvent impunis. Dans les villages, ceux que Gandhi appelaient les « harijans », les « enfants de Dieu » restent « intouchables », impurs. Ils subissent un véritable apartheid de la part des hautes castes : puits séparés où puiser leur eau, enfants mangeant à part même dans les écoles publiques, temples des hautes castes interdits d’accès...
« La souffrance et l’injustice subies par les millions de personnes et communautés dalits est un défi pour la crédibilité des Églises dans leur affirmation de la foi, en Inde et dans le monde », rappelait le pasteur responsable au COE du programme contre le racisme. Environ 250 millions de personnes en Asie du Sud sont des dalits et « l’intouchabilité et la discrimination fondées sur les castes ou les groupes sociaux affectent une part importante de la population mondiale et s’opposent directement à la dignité accordée par Dieu à chaque être humain », souligne un responsable de la Fédération luthérienne mondiale.

La conférence œcuménique de Bangkok avait aussi pour objectif d’affirmer la solidarité du mouvement œcuménique mondial avec les Églises et organisations indiennes qui ont fait de la justice pour les dalits une priorité centrale de leur mission, avec les difficultés que l’on imagine pour éliminer une discrimination de caste qui existe depuis plusieurs centaines d’années et donner aux dalits leur place au sein de l’Église et de la société.

La rencontre de Bangkok a lieu juste avant la Conférence des Nations-Unies sur le racisme, à Genève du 20 au 24 avril, où l’on examinera les résultats concrets du plan de lutte de 2001 lancé à Durban, contre le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie dans le monde. Un plan dans lequel a discrimination de caste a tout simplement été oubliée.
« La communauté internationale a fermé les yeux sur le sort des dalits du monde lorsqu’elle s’est réunie en 2001 à Durban, elle s’apprête à faire de même en avril à Genève », souligne un responsable de la Fédération luthérienne mondiale. Alors, à Bangkok on espère que « les Églises du monde relèveront le défi auquel les gouvernements mondiaux ont refusé de faire face ». Et briseront le silence sur l’oppression que les dalits subissent.


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