Nouvelles
Égypte
les cochons des chrétiens
4 mai 2009
En Égypte, la grippe H1 N1 dont aucun cas n’est signalé, a fait des victimes collatérales et innocentes, les éleveurs et leurs cochons. La décision prise par le gouvernement égyptien d’abattre entre 250 000 et 400 000 bêtes, a provoqué des affrontements au Caire dimanche dernier entre éleveurs et force de l’ordre. Des policiers et des manifestants auraient été blessés au cours d’affrontements dont un dans un bidonville où vivent des chiffonniers.
Selon les éleveurs, le « principe de précaution » brandi pour expliquer la décision n’est rien d’autre que la volonté d’éradiquer, en pays islamique, un animal religieusement prohibé à la consommation parce qu’« impur » pour la majorité de la population. Mais Égypte est aussi le pays où vit la plus importante communauté chrétienne (au moins 10 millions, en majorité coptes, sur les 80 millions d’Égyptiens).
Ces chrétiens ont été souvent malmenés (les affrontements entre chrétiens et islamistes se sont multipliés ces dernières années faisant plusieurs victimes), ils sont discriminés de mille et une façons et ils consomment du porc.
Un responsable de l’OMS à Rome a déclaré que l’abattage programmé de ces centaines de milliers de porcs était une « erreur ». D’abord parce qu’il n’y a pas de cas de grippe A en Égypte, ensuite parce que le virus se transmet d’homme à homme. Cela ne fait rien et il y a quelques jours des « experts » ont brodé, lors d’une émission télévisée populaire, sur le danger que faisaient courir les « zabbalines », les chiffonniers cairotes de Sœur Emmanuelle qui collectent, trient et stockent les ordures de la ville et élèvent des porcs au milieu des immondices.
Voilà que sont nommément montrés du doigt ceux par qui le danger risque de s’abattre sur le pays : les chrétiens. Un bouc émissaire commode si le virus venait à se propager en Égypte. Devant les protestations, le porte-parole du ministère de la santé a reconnu que c’était « l’occasion pour régler la question de l’élevage sauvage dans le pays » et le ministère de l’Agriculture a parlé d’une « mesure d’hygiène générale pour transférer ce genre d’élevage dans de vraies fermes, pas dans les décharges ».
Mais pourquoi priver aussi radicalement de ce gagne-pain les plus pauvres d’entre les pauvres, les chiffonniers du Caire ? De mauvaises langues affirment que les terrains en bordure du Caire où se trouvent ces porcs ne manquent pas d’intérêt sur le plan immobilier... Quelques optimistes avancent que l’État égyptien agit par mesure de protection des chrétiens en faisant abattre les porcs car si un cas de grippe HI NI se déclarait, la population pourrait se retourner violemment contre les éleveurs chrétiens de porcs déjà montrés du doigt par les médias égyptiens.
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