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Laïcité en Allemagne et en Italie

 

11 mai 2009

L’hebdomadaire protestant italien « Riforma » transmet une information sur le référendum populaire organisé à Berlin le 26 avril dernier à propos d'un enseignement religieux au programme des écoles publiques de la ville. La proposition du référendum était de rétablir l'enseignement religieux qui avait été supprimé en 2006 et remplacé pour tous les enfants par un cours d’éthique commun.
L' initiative, lancée par l’association Pro Reli avec l’appui des Églises catholique et protestante, du Conseil central juif et d’une associations musulmane turque, était que les élèves puissent avoir le choix entre des cours de religion organisés séparément pour chaque religion ou les leçons communes d’éthique.
51 % des électeurs ont rejeté cette proposition (il n 'y a eu que 29 % de participation).

Le maire de Berlin Kalus Wowereit, membre du parti social-démocrate (SPD) s’est félicité de ce résultat, en affirmant que ne pas séparer les enfants des écoles selon leur religion mais leur donner un cours d'éthique commun à tous aiderait à renforcer leur intégration.
Il avait ajouté, pour critiquer l’évêque luthérien de Berlin : « Les Églises devraient ouvrir un débat pour savoir si la manière de se polariser sur la question, en particulier l’attitude de l’évêque luthérien Huber, était opportune. Je crois que cela a fait du tort aux Églises dans leur ensemble. Quand on constate que 14,5 % seulement des électeurs ont voté oui, cela ne représente qu’une fraction des membres de l’Église luthérienne de Berlin. »

Dans la plupart des 16 länder allemand, la religion est une matière obligatoire dans les écoles publiques où les enfants reçoivent un enseignement séparé, selon leur appartenance religieuse et ceux qui se déclarent sans religion peuvent choisir le cours d’éthique, identifié à un enseignement religieux. Seules exceptions, les villes de Brême et de Berlin.
Jusqu’en 2006, la religion et l’éthique étaient enseignées à égalité à Berlin mais depuis l’éthique laïque est devenue obligatoire dans les écoles publiques à la suite d’une coalition entre le SPD et un parti de gauche, Die Linke, dans le gouvernement régional où siègent nombre d’Allemands de l’ex Allemagne de l’Est.
Les Églises qui voulaient récupérer leur pré carré ont donc été renvoyées dans les cordes !

Seul aspect positif de ce référendum : les catholiques et les protestants ont pu s’expliquer sur la place publique et ont montré qu’une coopération et une action politique commune étaient possibles entre chrétiens, juifs et musulmans. Même si, comme le suggère le maire de Berlin, on peut penser que c’était pour de mauvaises raisons...
Il est à noter que Berlin abrite les plus importantes communautés musulmane et juive d’Allemagne. Près de 40 % des enfants inscrits dans les écoles sont issus de l’immigration et c’était l’un des arguments de ceux qui s’opposaient à l’enseignement religieux à l’école : permettre aux enfants de choisir entre éthique et religion c’était rendre l’intégration de ces jeunes un peu plus difficile et diviser les élèves entre eux.
A cette crainte, l’organisation musulmane turque avait répondu que l’islam enseigné à l’école permettrait d’éviter que des jeunes ne deviennent des fanatiques, leur instruction religieuse y étant surveillée.

Mais est-ce vraiment le rôle de l’école de dispenser des cours de religion cloisonnés ? « Berlin la rougefrondeuse, largement athée, où plus de la moitié de ses habitants se revendiquent sans confession », écrivait le correspondant du Monde : Berlin a dit non.

 

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En Italie, le mot laïcité est considéré comme un gros mot, dit un ami journaliste protestant. Et, en effet, les exemples ne manquent pas d’interventions peu discrètes de la hiérarchie catholique italienne en politique ou sur des questions d'éthique (avortement, euthanasie, recherches sur les embryons, fivette, etc.) qui concernent des citoyens pas forcément catholiques.
L’hebdomadaire protestant Riforma, rendant compte d’une réunion de 8000 enseignants catholiques organisée par la Conférence épiscopale italienne cite le ministre de l’Éducation italien qui y était présent :
« Il n’y a aucun doute que l’enseignement de la religion a l’école est un instrument indispensable à la formation des jeunes, principalement pour la connaissance des principes du catholicisme qui font partie du patrimoine historique de notre pays. [...] L’État laïque étant incompétent en matière religieuse, la collaboration avec l’Église  catholique se révèle indispensable pour garantir la fiabilité scientifique et l’authenticité doctrinale des contenus enseignés. »

Pourtant, qu’on se rassure : le ministre de l’enseignement ajoute que « l’enseignement religieux à l’école n’est pas un endoctrinement ni une instruction réservée aux seuls catholiques », bien qu’il faille l’autorisation du diocèse pour enseigner, mais que dans une société multiethnique et multiculturelle comme l’Italie, « l’instruction religieuse catholique peut aider les étrangers présents dans le pays à comprendre nos valeurs et nos traditions ».
C’est ce qu’on appelle, conclut Riforma ironiquement, la « laïcité positive ».

Des autres religions, de leurs valeurs qui sur des sujets éthiques peuvent différer fondamentalement, il ne sera pas question, ni du droit à ne pas être chrétien ou croyant, ni de ceux qui aimeraient que l’école soit d’abord le lieu d’apprentissage de la démocratie et de la liberté de conscience avant d’être celui de l’instruction catholique.

C’est ce qu’exprime le doyen de la Faculté de théologie protestante de Rome, le pasteur Daniele Garrone à propos du projet de loi sur le testament biologique auquel s’oppose la hiérarchie du Vatican comme inacceptable d’un point de vue chrétien, alors même que la Conférence épiscopale allemande par exemple l’a accepté : « La majorité des Italiens vivent la sexualité, l’éthique, les choix politiques, les "valeurs", de manière autonome sans en référer à la hiérarchie ecclésiastique », écrit le pasteur Garrone dans la revue MicroMega. Il voit ce refus du testament biologique, ou encore de la contraception, de la conception médicalement assistée, de l’IVG comme « une tentative désespérée de reconquête des consciences, en jouant sur les extrêmes de la vie, la conception et la mort. Cela donne [...] l’image d’un type de christianisme qui dans sa défense intransigeante de la vie accable la personne vivante, souffrante, mourante. »

 

 

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