Nouvelles
Télévangélistes musulmans
14 novembre 2011
L’hebdomadaire The Economist dans son numéro daté du 29 octobre, proposait un reportage d’un chercheur à l’université de New York sur ces prédicateurs islamiques devenus à l’égal de leurs modèles, les télévangélistes américains, des célébrités dans le monde arabe.
Et spécialement en Egypte. Ils reprennent une tradition née dans les années 50 avec des télévangélistes comme Billy Graham :
Rien à voir avec ces prédicateurs musulmans qu’on voyait à la télévision égyptienne, chevelus, longue barbe et robe blanche, exhortant dans un arabe classique et d’une voix monotone les fidèles à suivre les préceptes de l’islam.
Depuis 2001, raconte The Economist, l’un de ces prédicateurs nouvelle vague crève les écrans et propose un modèle de piété modérée, moderne : Parlant un égyptien populaire, le télévangéliste le plus célèbre en Égypte, « Monsieur Khaled » discute avec des hommes et des femmes de l’application de l’islam à la vie de tous les jours, par exemple est-ce que l’islam interdit d’aller au cinéma…
D’autres télévangélistes islamistes attirés par son succès médiatique lui ont emboité le pas, majoritairement égyptiens, mais aussi indonésien comme Abdullah Gymnastiar qui attirent des millions de téléspectateurs lors de émissions à la télévision et dans ses séminaires.
« Cette nouvelle forme de télévangéliste est extrêmement populaire chez les jeunes que les programmes religieux traditionnels ennuient. Mais l’establishment religieux musulman ou politique considère avec méfiance ces nouvelles célébrités dont aucune n’a de formation théologique », relève The Economist. Les laïcs s’en méfient aussi, inquiets que cela débouche sur des positions plus extrêmes.
Il demeure que les autorités religieuses sont obligées de composer avec ce mouvement et c’est ainsi qu’en janvier dernier Ahmed al-Tayeb, le cheikh d’al-Azhar qui est la référence en matière d’orthodoxie de l’islam sunnite a rencontré le célèbre prédicateur Khaled « pour voir comment renouveler le discours religieux en islam. »
Le succès de ces prédicateurs tient pour une large part au fait qu’ils se présentent comme libres vis-à-vis du monde religieux officiel. Ils disent n’être que de simples musulmans qui ont dû lutter pour découvrir la foi. Parfois après un long cheminement et des embûches « mondaines », (alcool, clubs mal famés, drogue, perte d’un être cher, etc.) Mais l’intégrité morale du prédicateur joue un rôle important dans son succès.
Ainsi, la star indonésienne a perdu son crédit lorsqu’elle a annoncé un second mariage, légal bien sûr mais mal vu en Indonésie. Et en contradiction avec l’image de mari fidèle et de père dévoué qu’il avait voulu donner !
« Jusqu’ici, ces prédicateurs ont résolument évité de s’engager en politique » écrit The Economist. Mais c’est peut-être en train de changer. Depuis la révolution égyptienne, Khaled, par exemple a un discours plus politique. Avec un autre prédicateur égyptien, il s’est joint à la campagne contre le référendum en mars prochain. Le pouvoir des télévangélistes musulmans utilisé au service du politique ? La question se pose.
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