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France
Burqa, Niqab ?
21 juin 2009
La semaine dernière la burqua (ce drap linceul d’origine afghane qui recouvre corps et tête de la femme, ne laissant qu’une grille ajourée devant les yeux) a fait souffler un vent de déjà vu dans la classe politique française. 60 députés ont réclamé la création d’une commission d’enquête sur le port de la burqa en France et la classe politique tout entière s’est emparée de ce débat.
Porte-parole d’un islam libéral, le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a critiqué cette pratique qu’il assimile à « un excès de radicalisation » religieuse.
La secrétaire d’État Fadela Amara, est allée plus loin en dénonçant sur France-Inter le 18 juin la burqa comme « l’expression physique et visible des fondamentalistes » et demandant son interdiction.
D’autres, comme Éric Besson son collègue ministre à l’Immigration, a exprimé la peur de « relancer une polémique » sur les signes religieux, cinq ans après le tollé suscité en France comme à l’étranger par l’interdiction à l’école des signes religieux, dont le fameux foulard.
Quant au Conseil français du culte musulman, il fait valoir que la burqa est un phénomène marginal tandis que d’autres redoutent les effets pervers d’une interdiction qui stigmatiserait une religion bien précise, l’islam, et ferait peut-être « disparaître de notre vue » ces femmes (qui ne sortiraient plus de chez elles) sans que le problème soit réglé, prévient Cécile Duflot présidente des Verts.
En fait, il semblerait que plus que la burqa, rarissime, ne serait-ce pas plutôt le niqab arabe, ce voile noir recouvrant le corps et ne laissant apparaître que les yeux qui serait à dénoncer. C’est André Gérin député communiste de Vénissieux, près de Lyon, qui a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la question le 8 juin. Le 18 juin, le site 20 minutes.fr annonçait que 70 députés de tout bord politique s’associaient à la démarche du député de Vénissieux.et publiait une interview de lui où il racontait que dans sa ville il rencontrait de plus en plus de difficultés pour les cartes d’identité, les passeports, les contrôles d’identité, les mariages.
« Une femme en burqa est un fantôme, elle n’existe pas. On ne peut marier une personne dont on ne voit pas le visage. » De marginal le phénomène est en augmentation, affirmait-il, en région parisienne ou en région lilloise et même en zone rurale.
« De quelle burqa parlez-vous exactement ? De celle où l’on ne voit que les yeux ? [un niqab]. C’est une prison ambulante et cela pose un problème sur le plan des libertés individuelles », concluait le député de Vénissieux.
La secrétaire d’État à la famille Nadine Moreno soutient l’initiative d’une enquête parlementaire, jugeant que le port de la burqa est un « symbole de soumission. En tant que femme, ça me choque parce que, au fond de moi, je pense que c’est plus imposé que ça ne reflète une décision personnelle ».
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Burqa, niqab, hijab, quel est le sens religieux de ces divers vêtements revendiqués au nom de l’islam ? Mohamed Cherif Ferjani, professeur de civilisation arabo-musulmane à l’université de Lyon-II répond dans une interview à Libérationdu 19 juin.
De la burqa, il remarque que « la plupart des sociétés musulmanes ignoraient cet habit jusqu’à sa popularisation, via la médiatisation de la situation au Pakistan ou en Afghanistan. Il n’a aucun sens religieux.
Le niqab, un voile couvrant le visage à l’exclusion des yeux est une manière traditionnelle de s’habiller dans les milieux citadins conservateurs de certains pays, comme l’Algérie. Comme toutes les pratiques vestimentaires dites islamiques, pour les femmes comme pour les hommes, il s’agit de coutumes, tribales ou citadines, qui n’avaient rien de religieux. »
Par contre, remarque-t-il, le hijab par exemple, cité dans le Coran à propos des femmes du Prophète cachait d’abord le visage avant de se traduire par l’interdiction faite aux femmes de se montrer en public puis par un vêtement qui couvre le corps, les pieds, les mains mais pas le visage.
Mohamed Cherif Ferjani reconnaît qu’il y a sans conteste un développement de ces coutumes vestimentaires, « chez des musulmanes ignorantes qui croient que c’est une obligation religieuse mais aussi chez celles qui revendiquent l’identité musulmane de cette façon. Elles sont dans un contexte où elles ont l’impression, à tort ou à raison, que l’islam est rejeté, diabolisé. C’est une manière d’adopter le stigmate par lequel on est discriminé. Une affirmation identitaire plus qu’une application erronée de la religion. »
Nombreux sont ceux qui pensent et disent à haute voix leur inquiétude devant ces vêtements qui à leurs yeux non seulement transforment les femmes en « fantômes » dans l’espace public mais nient leurs droits et leurs libertés.
Alors, des vêtements choisi ou subis ? Mohamed Cherif Ferjani répond que « dans le cas de jeunes femmes scolarisées, le port est revendiqué. » Mais cela peut aussi faire partie des stratégies de « jeunes filles plus respectées dans leurs quartiers lorsqu’elles sont couvertes. Sans exclure qu’un frère, un mari, un père impose le port du voile. Ou encore qu’une femme convertie à un islam plus radical fasse pression sur sa mère et ses sœurs. »
La question est très complexe mais il ne faut pas négliger dans cette affaire, dit Ferjani, « la part de celles qui revendiquent ces pratiques comme on brandit un drapeau ». Et chercher à comprendre pourquoi.
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Le professeur Pierre-Henri Prélot, enseignant le droit public à l'université de Cergy-Pontoise à qui l’on posait la question de la possibilité pour un gouvernement d’interdire le port du voile intégral a répondu qu’il n’y a pas pour l’instant en France de législation sur le vêtement à part l’outrage à la pudeur, la loi sur les signes religieux (dont le foulard) se limitant au cadre scolaire.
Mais, remarque-t-il, « si pendant tout le 19e siècle, l’ordre public recouvrait des valeurs d’ordre au sens strict, de nos jours on fait rentrer dans l’ordre public des notions comme la dignité et l’égalité des sexes est une composante de plus en plus forte de la notion d’ordre public. »
C’est ainsi que lors de l’affaire du mariage de Lille annulé par un tribunal à la demande du marié qui reprochait à sa femme de ne pas être vierge, la cour d’appel avait considéré que le motif de l’annulation mettait en cause l’ordre public en ignorant le principe d’égalité des sexes et avait cassé le jugement.
« Pour interdire un vêtement voilant entièrement la face, on pourrait, dit ce professeur de droit public, imaginer que le législateur se fonde sur des valeurs de dignité ou d’égalité qui procèdent de cette nécessité de protéger l’ordre public. Mais cette intervention du législateur ne pourrait s’envisager qu’après un gros travail autour de cette question ».
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