Nouvelles
Burqa et laïcité
20 juillet 2009
Depuis le 1er juillet et pour six mois, une mission composée de 32 députés de droite et de gauche et présidée par le député André Gérin à l’origine de « l’affaire de la burqa » travaille à dresser un « état des lieux » de cette pratique vestimentaire en France. Une pratique, adoptée par une frange très minoritaire de musulmanes dans notre pays.
Un article du Monde paru le 2 juillet rappelait qu’une autre mission parlementaire qui avait eu en 2003 à réfléchir sur les signes religieux à l’école s’inscrivait dans un contexte bien différent, celui de la défense des principes de laïcité au sein d’un service public, l’école.
Et que le débat sur le voile à l’école survenait après une quinzaine d’années de tensions récurrentes alors que le problème de la burqa ou plus exacterment du niqab semble avoir surgi en quelques semaines.
Enfin que l’ampleur des deux pratiques, foulard ou niqab, est sans commune mesure et que leur signification psychologique, sociale et religieuse diffèrent.
Le foulard serait considéré comme une prescription religieuse, même si les textes coraniques qui en parlent sont ambigus alors que le niqab est récusé par les responsables musulmans. Y compris par l’imam de l’Université égyptienne Al-Azhar et l’une des autorités de l’islam sunnite qui a rappelé que « le port du niqab par la femme musulmane n’est pas une obligation » et que « les musulmanes qui portent le niqab en France doivent se conformer aux lois du pays ».
Giles Fraser, chanoine anglican, n'y comprend rien !
A ce propos, une réflexion critique d’un chanoine de la cathédrale Saint-Paul de Londres était publiée dans l’hebdomadaire anglican Church Times. En bon britannique, habitué au communautarisme, il s’étonnait des mots prononcés par le Président de la République, M. Sarkozy qui avait dit : « Nous ne pouvons accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un rideau, coupées de toute vie sociale, privées de leur identité. Ce n’est pas notre idée de la liberté ».
Plus tard, écrivait encore notre chanoine, lors d’un mariage auquel il assistait en France, « je me suis demandé si l’idée de liberté passait par un régime alimentaire jusqu’à rendre les femmes si inexistantes qu’elles pourraient alors se glisser dans leurs petites robes Chanel et boitiller sur des pieds douloureux et déformés dans leurs chaussures de grand prix pour se conformer à la libido masculine. Est-ce cette liberté-là que le Président français veut pour les femmes ?
L’attitude des Français sur les questions religieuses est tout simplement ridicule. Et l’idée que la liberté arrive lorsque la burqa ou toutes autres expressions de pratique religieuse sont bannies semble relever de la privation de liberté et du totalitarisme séculier.
Est-ce que leur précieuse république laïque est si fragile que l’autoritarisme étatique doive la protéger Bien sûr que non. De plus en plus la France ressemble à la version athée de l’Arabie saoudite, se protégeant elle-même en interdisant toute expression publique d’une opinion contraire au discours officiel. […] L’idée que la femme en burqa représente une sorte de menace de la liberté est absurde. Ou bien établit-elle une sorte de lien entre un style de vêtement et une sorte de terrorisme religieux menaçant l’État. Alors nous entrons sur le territoire du BNP[British National Party, extrême-droite] et de Jean-Marie Le Pen ».
A cette vigoureuse critique de la laïcité à la française qui lui est manifestement étrangère et qu'il ne se donne pas la peine de comprendre, une anglaise, vivant en France depuis 1976, réplique aussi vigoureusement dans le courrier des lecteurs de Church Times :
« Il est exaspérant que des touristes britanniques émettent sans cesse des jugements définitifs sur la culture française. Cette fois-ci c'est sur la burqa. En fait la question posée est celle dela liberté.
Le problème - et les imams le disent - c'est qu'une aile très extrémiste de l'islam [l'islam salafiste] encourage les jeunes femmes à adopter leur pratique religieuse comme par exemple le port de la burqa (et des gants), ou encore arrêter leurs études, rester à la maison, les mariages arrangés, etc.
Une amie musulmane pratiquante m'a dit que la burqa n'avait jamais été portée en France jusqu'ici. Quoiqu'elle porte un foulard, elle pense qu'il faut en rester là. Alors, on voit bien que c'est de la protection de la liberté des jeunes femmes qu'on parle et que cela n'a rien à voir avec la politique de Jean-Marie Le Pen ou du British National Party. »
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