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Élections musulmanes

 

 

28 novembre 2011

La correspondante en Egypte de La Vie écrit : « Pour la première fois depuis 30 ans, les Egyptiens votent aujourd’hui. Sur fond d’émeutes et d’atteinte à la liberté religieuse. Répression féroce des manifestants, arrestation des blogueurs, incapacité à assurer la liberté religieuse, notamment celle des coptes, la liste des reproches aux militaires et au gouvernement de transition est longue. ».
A partir de ce lundi et jusqu’à fin décembre, les Egyptiens devront élire les 445 députés qui auront à rédiger la nouvelle Constitution. Mais parmi tous ces candidats, 15 000, on trouve des salafistes (musulmans rigoristes) et des Frères musulmans qui sont donnés comme les probables vainqueurs de ces élections.
« Opprimés, torturés, emprisonnés sous l’ancien régime, ces Frères musulmans sont considérés comme de véritables héros par les Egyptiens les plus démunis qui doivent leur survie aux nombreux services (hôpitaux, écoles...), qui dépendent de la confrérie. Mais leur programme, basé sur la pratique rigoriste de l’islam à travers le respect de la charia, la loi islamique, terrifie la minorité copte qui représente environ 12 % de la population. Nombre de ces chrétiens, selon la Fédération égyptienne des droits de l’homme, auraient déjà émigré, les autres vivent cette période électorale comme on se prépare à un séisme. »

En attendant, la situation reste tendue, émaillée de heurts avec des fanatiques musulmans poussés par des cheikhs que l’Arabie Saoudite encadrent idéologiquement et aident financièrement. Ceux là n’hésitent pas à incendier des églises nouvellement construites comme en octobre dans la région d’Assouan.
Des coptes ont marché jusqu’au Caire par centaines en signe de protestation contre ces attaques, jusqu’au siège de la télévision au Caire mais le rassemblement pacifique s’est terminé dans le sang avec 25 morts tués par les militaires.
Et l’on se souvient de l’attentat contre une église d’Alexandrie le 31 décembre 2010, attentat qui fit 21 morts.
Enfin toutes ces provocations quotidiennes comme à al-Qosseya, au sud du Caire où vivent 10 000 coptes sur 30 000 habitants. Une trentaine de mosquées cernent l’évêché copte, une demi-douzaine sont de plus en construction et le haut-parleur de l’une d’elles est braqué directement sur la chambre de l’évêque provoquant un vacarme épouvantable dans l’évêché lors des cinq prières quotidiennes. « Maintenant qu’ils ont le vent en poupe, dit un prêtre copte, ils n’ont pas de scrupule à nous inonder de leurs prières ou même à insulter notre évêque lors des prêches le vendredi. »
Une femme copte désemparée : « Avant la révolution, je n’avais jamais entendu le mot salafiste. Maintenant, ils sont partout dans les rues avec leur barbe et leur visage fermé. Quant on passe à côté d’eux, ils disent :“Mon Dieu aie pitié pour elle”, tout ça parce que je ne suis pas voilée. »
Et puis, il y a ces musulmans qui voudraient vivre en paix avec leurs voisins chrétiens mais aussi avec les autres musulmans et qui avoue, come ce musulman : « Les islamistes, ce n’est pas seulement le cauchemar des chrétiens, c’est le mien aussi. En tant que musulman modéré, je ne fais pas confiance aux Frères musulmans et encore moins aux salafistes. Ce mélange entre politique et religion, ce n’est pas notre Egypte ! ».

 

 

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Les Frères musulmans et autres islamistes sortent comme les escargots après la pluie dans ces pays où ils étaient brimés, persécutés, interdits par les autorités en place. On a ainsi vu apparaître une variété d’islamistes monarchistes aux élections législatives du Maroc. Leur formation politique islamo-conservatrice, le PJD (Parti Justice et développement qui se présente en défenseur des « valeurs traditionnelles » (on verra à l’usage ce que cela recouvre) vient de remporter une victoire (107 sièges sur 395 au lieu des 47 sièges qu’il avait dans l’Assemblée précédente).
Même constatation et interrogations avec la victoire du parti Ennhada en Tunisie qui a remporté 90 sièges de députés sur 217. Dans une interview au Monde quelques heures avant les résultats des élections, le fondateur du parti, Rached Ghannouchi, affirmait être prêt à gouverner « avec tous les partis qui ont été dans l’opposition à Ben Ali, peu importe leur idéologie », affirmait vouloir consolider le statut personnel de la femme tunisienne très libéral dans le monde arabe.
Il critiquait la vision de l’islam des salafistes « comme le fait de dire que la démocratie est « haram (interdite) ou « kafir » (mécréante) [...] Nous, nous pensons qu’il n’y a aucune contradiction entre l’islam et la démocratie, l’islam et la modernité, l’islam et l’égalité des sexes ».

A la question « qu’y a-t-il de religieux dans votre programme et demain dans votre gouvernance ? » Rached Ghannouchi répondait : « Ce sont les valeurs islamiques basées sur l’égalité, la fraternité, la confiance et l’honnêté. Ces valeurs sont l’essence de la charia. La loi tunisienne en est en grande partie inspirée, surtout le code civil et le code personnel. Même la partie importée de France, Napoléon l’a empruntée à la jurisprudence malékite [l’un des courants juridiques de l’islam sunnite]. »

Marier islam et modernité... Islam et laïcité. L’affaire de la projection du film Persépolis de Marjane Satrapi qui a soulevé des tempêtes de protestation contre la chaîne de télévision tunisienne Nessma et une convocation au tribunal de son directeur au motif qu’une image de Dieu (sortie d’un rêve d’une gamine) était montrée dans le film, « alors que c’est strictement interdit en islam de passer des scènes avec Dieu incarné » comme l’écrit un blogueur, montre à quelle difficulté il faut s’attendre pour que la laïcité, la liberté d’expression, la tolérance s’installent vraiment en Tunisie.

 

 

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