Nouvelles
Être chrétien au Pakistan
21 septembre 2009
Selon l’agence de nouvelles « AsiaNews » reprise par l’hebdomadaire anglican Church Times le 18 septembre, des chrétiens d’un village pakistanais auraient été obligés de fuir tout récemment lorsqu’une bande a mis le feu à l’église et à deux maisons mitoyennes de celle-ci. La violence aurait éclaté à cause d’une relation amoureuse entre une musulmane et un chrétien. L’homme aurait alors été accusé par la mère musulmane de la jeune femme d’avoir déchiré des pages du Coran, une accusation récurrente qui permet de crier au blasphème et de faire arrêter l’accusé.
L
e vicaire général du diocèse catholique de Lahore a expliqué à une association caritative que « les prêtres avaient incité les villageois chrétiens à fuir sinon ils risquaient d’être tués ». De son côté, l’Église anglicane du Pakistan a envoyé sur place un évêque pour tenter de ramener le calme. C’est la quatrième fois en trois mois que des musulmans attaquent des chrétiens au motif qu’ils ont « insulté le Coran ».
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Le révérend Michaël Nazir-Ali, ancien évêque anglican de Rochester, en Angleterre, d’origine pakistanaise, a lancé un appel pour que la loi sur le blasphème soit supprimée au Pakistan. Selon le code pénal pakistanais, ceux qui sont accusés de blasphème contre le prophète Mohammed peuvent être condamnés à mort ou à la prison à vie mais en général, ils sont condamnés à une amende.
« La loi est souvent utilisée pour une raison personnelle qui n’a rien à voir avec le blasphème, par exemple pour un conflit de propriété. » explique le révérend Nazir-Ali qui a rappelé qu’en août de cette année, le Pakistan avait déjà connu une vague de violence anti-chrétienne où 8 chrétiens ont été brûlés vifs et 20 autres attaqués par quelque 3000 musulmans dans une ville de l’est du pays.
Deux jours plus tôt, dans un autre village, plus de 70 maisons de chrétiens et deux églises protestantes avaient été incendiées. Des événements à ranger parmi les plus sanglants de l’histoire du Pakistan.
« J’ai toujours dit que c’était une mauvaise loi, a encore commenté le révérend Nazir-Ali et les musulmans qui prennent leur tradition au sérieux savent que lorsque le Prophète de l’islam fût insulté il pardonna. Alors comment une pareille loi peut-elle exister ? »
Un avocat pakistanais spécialisé dans la défense des chrétiens persécutés pour cause de religion relève que la persécution des chrétiens au Pakistan a atteint un point critique. Et il rappelle que plusieurs chrétiens emprisonnés pour blasphème ont été exécutés en prison. Comme Fanish Masih, ce jeune de 19 ans accusé de blasphème et retrouvé pendu dans sa prison la semaine dernière, couvert de plaies et de fractures qui laisse à penser qu’il a été très probablement torturé. « Et personne n’a été jusqu’ici poursuivi pour ces meurtres ».
La situation est très tendue pour les chrétiens pakistanais, nombre de familles ont fui la région où ces attaques ont eu lieu, nombre d’entre eux ont été licenciés par leurs employeurs musulmans, des étudiants ont dû changer d’école.Nasir Saeed, directeur d’un centre d’aide légale et gratuite aux chrétiens a raconté au Times que les villageois musulmans de cette région où règne la violence ont pu être ravitaillés en armes par des membres d’Al Qaeda repoussés vers l’Afghanistan et que les chrétiens locaux sont souvent associés à l’Occident et donc à la présence des troupes américaines et britanniques dans l’Afghanistan voisin.
« Mais il y a aussi des Pakistanais musulmans modérés, aussi choqués par la violence que nous, affirme le révérend Nazir-Ali. Ce n’est pas un affrontement musulman-chrétien de fait car chrétiens et musulmans ont longtemps vécu ensemble, le développement de la violence est récent. Ce n’est que depuis 25-30 ans que le processus de radicalisation de l’islam s’est insinué et que les gens ont été incités à accuser leurs voisins de blasphème. Il faut que le Pakistan mette en place un programme d’éducation religieuse dans les écoles et réforme les madrasas (écoles coraniques, pépinières d’islam intégriste et terroriste). C’est pour cela qu’il faut maintenir la pression sur le gouvernement pakistanais actuel. »
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Combien de chrétiens au Pakistan ? Leur nombre est évalué à quelque 5 millions, sur 130 millions d’habitants.Les protestants sont rassemblés depuis 1970 dans l’Église unie du Pakistan où anglicans, méthodistes, luthériens et presbytériens écossais cohabitent. Ils avaient misé sur un changement de gouvernement et des élections pour que s’installe la démocratie, après le départ forcé l’an dernier du dictateur le général Musharaf, mais les crises se sont multipliées depuis et « perplexité, frustration, insécurité et peur » se sont installées, selon les mots d’un religieux cité par l’hebdomadaire britannique Church Times.
Ainsi, depuis 1986, année où la loi sur le blasphème fût décrétée, on pense que plus de 900 personnes se sont retrouvées accusées, certaines ont été assassinées sans jugement et pour celles qui ont été finalement acquittées cela peut vouloir dire une mort sociale et l’obligation de quitter le pays.
Le Royaume Uni, ancienne puissance coloniale, où elles se retrouvent dans la situation précaire de demandeurs d’asile attire, comme la forte proportion d’immigrés d’origine pakistanaise Le Pakistan se situe à la 7e place, parmi les 10 pays de la planète les plus dangereux pour les minorités, en mauvaise compagnie de la Somalie, du Soudan, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Birmanie et de la République du Congo et le Département américain pour la liberté religieuse dans le monde, qui publie chaque année un rapport sur l’état des lieux a épinglé le Pakistan comme « particulièrement inquiétant » sur la question de la liberté religieuse.
Il semble que la montée en puissance des talibans soit largement responsable de la violence au quotidien subie par les minorités religieuses au Pakistan. D’autres violences sont plus subtiles, discriminantes comme le fait d’être regardés comme des « infidèles » d’où la difficulté, pour 80 % d’entre eux à trouver un travail autre que collecter les ordures, balayer les rues, réparer les égouts, des disparités de salaire pour un même travail, les enfants moqués ou brutalisés à l’école, leurs maisons et les églises fréquemment attaquées et certains forcés de se convertir à l’islam, les femmes étant discriminées et violentées plus encore que les hommes et pauvres parmi les pauvres.
Les opérations menées par l’armée pakistanaise contre les talibans ont été fréquemment mentionnées ces derniers mois. L'armée s'efforce de reconquérir la vallée de Swat. Et les opérations militaires ont fait fuir trois millions d’habitants, réfugiés intérieurs. La minorité chrétienne de cette région est obligée soit de payer un impôt pour être protégée soit de partir. Mais lorsqu’on demande aux chrétiens pakistanais comment ils vivent, ils répondent que la vie a toujours été difficile dans ce pays et que la situation politique actuelle n’est pas plus un problème pour eux que pour n’importe qui ! Et que les attentats, les assassinats semblent plus viser les forces sécurité et la police, le gouvernement et les leaders musulmans qui condamnent la violence. Et que s’il y a encore sporadiquement des attaques anti-chrétiennes, elles sont bien moins nombreuses qu’au temps de l’invasion de pays musulmans comme l’Irak ou l’Afghanistan par des armées venues d’Occident, ou des caricatures de Mahomet ou de films anti-musulmans, les chrétiens pakistanais ayant alors été considérés comme étant dans le camp pro-occidental.
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