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L'Église anglicane, les femmes évêques et... Rome




25 octobre
2009

On croyait acquise la consécration de femmes évêques dans l’Église d’Angleterre (anglicane), après un vote du Synode général en juillet 2007, la majorité des évêques, prêtres et laïcs membres de ce Synode ayant voté oui à une assez large majorité.
On y avait entendu les sempiternels arguments des conservateurs traditionalistes et des évangéliques brandissant leur Bible pour rappeler que Jésus n’avait choisi que des hommes comme apôtres ; les libéraux répliquaient que le Christ considérait hommes et femmes comme égaux.
La frange d’anglo-catholiques arguait du risque de rupture des relations avec l’Église catholique qu’une pareille décision entraînerait et 1300 prêtres anglicans refusant de servir sous les ordres d’une femme menaçaient de quitter leur Église ou de créer une scission de l’intérieur. Mais le Synode général avait refusé de prévoir une juridiction spéciale en nommant des « évêques volants » (flying bishops) chargés de s’occuper des prêtres allergiques aux femmes évêques.
En fait les mêmes arguties que lors de la décision d’ordonner des femmes prêtres en Angleterre, décision effective depuis 1994.

La presse française paresseuse lorsqu’il s’agit de religion, oubliait une fois encore qu’il y a déjà des femmes évêques dans la communion anglicane aux États-Unis, en Australie, au Canada, que l’Église épiscopalienne d’Écosse a déjà voté en faveur d’évêques femmes et que c’est une femme évêque qui préside l’Église épiscopalienne (anglicane) des États-Unis !

Quant au Vatican, il avait jugé que la décision du Synode général de l’Église d’Angleterre posait « un nouvel obstacle à la réconciliation entre l’Église catholique et l’Église d’Angleterre », réconciliation de moins en moins probable à vues humaines.

Depuis, deux événements sont venus verser de l’huile sur le feu. D’abord le comité anglican qui prépare un projet de législation pour la consécration de femmes évêques dans l’Église d’Angleterre et décide, à l’encontre du Synode, de prévoir un dédommagement financier pour les prêtres qui refuseraient d’exercer sous l’autorité d’une femme. Une décision fraîchement reçue par nombre de femmes prêtres qui se disent « outragées » par cette décision : « Ce sont toujours les femmes qui doivent faire des concessions et tout  mouvement qui déboucherait sur la nomination de super-évêques [flying bishops] serait considéré comme profondément offensant. Qui voudrait travailler dans une institution qui prétend que parce que vous êtes née femelle vous êtes impure ? »

Un comité, « Stay away Sunday » (Ne venez pas dimanche), sous l’égide d’une femme aumônier de l’université de Cambridge a lancé l’idée d’une protestation en forme de grève du dimanche des femmes prêtres. « Cette grève est difficile à mettre en place, dit la responsable du mouvement féministe anglican WATCH (Women and the Church) mais les femmes prêtres aimeraient faire prendre conscience à la hiérarchie de leur sentiment d’être outragées et profondément dévaluées. »
Reformun groupe conservateur évangélique maintient dans une déclaration qu’un  leadership féminin « est  sans justification biblique ».

Le second événement, c’est la décision du Vatican, prise sans en informer l’archevêque de Cantorbéry ( ! ) qui préside la communion anglicane,  à l’encontre de prêtres anglicans qui refusent fermement l’ordination des  femmes, la nomination de femmes évêques et les prêtres homosexuels dans l’Église d’Angleterre. Ils pourraient, en rejoignant l’Église catholique avec des groupes de paroissiens, avoir l’autorisation de maintenir une partie de la liturgie du Prayer Book (liturgie officielle anglicane) et certaines de leurs pratiques.
Le révérend Carey, précédent archevêque de Cantorbéry, évangélique mais en faveur de l’ordination des femmes, a dénoncé publiquement « la discourtoisie de la décision de Rome. Je pense qu’à notre époque, ce que Rome a décidé sans consultation [de l’archevêque de Cantorbéry] est inexcusable »  a déclaré l’ancien archevêque.

Et le think tank (groupe de réflexion) britannique Ekklesia  commente sur son site : « Pour nombre de gens au Vatican, l’anglicanisme a toujours paru comme un phénomène curieux. Le point de vue catholique officiel est que la prêtrise anglicane est  “nulle et non avenue” et que l’archevêque de Cantorbéry lui-même est “un laïque dont le baptême est douteux”. »
Ekklesia
relève encore que si nombre d’anglicans se considèrent comme un pont jeté entre les traditions protestantes et catholiques,
« l’engagement de l’Église d’Angleterre pour un œcuménisme plus large [avec Rome] a considérablement faibli ces dernières années alors que Rome persiste à vouloir que l’unité chrétienne engage obligatoirement à la reconnaissance de son primat. »

Ekklesia  remarque enfin que les catholiques progressistes ne manifestent guère de plaisir à voir un groupe d’anglicans réactionnaires devenir prêtres dans l’Église catholique mais en même temps ils ironisent sur le fait que ces prêtres anglicans mariés pourraient bien rouvrir le débat sur le célibat des prêtres ce que le pape s’est refusé à faire jusqu’ici !

Quelques 400 prêtres anglicans opposés à l’ordination des femmes avaient quitté l’Eglise d’Angleterre lorsque la décision en fut prise dans les années 1990. Mais 30 revinrent plus tard dans l’É&glise anglicane souffrant d’un manque de liberté dans l’Église catholique. Quant à l’annonce de milliers de départs de l’Église anglicane, elle s’est avérée sans fondement.

 

 

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