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Rowan Williams

et l'Église catholique

 



23 novembre 2009

L’archevêque de Cantorbéry Rowan Williams, qui préside la Communion anglicane, était le jeudi 19 novembre invité à Rome par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité chrétienne. Occasion de rappeler devant cette assemblée que depuis le concile de Vatican II, d’importants d’accords théologiques ont déjà vu le jour entre l’Église catholique et les autres Églises chrétiennes, qui soulignent que l’Église est une communauté dans laquelle les humains sont faits fils et filles de Dieu et se réconcilient avec Dieu et les uns avec les autres.
Mais, a-t-il demandé dans son intervention, est-ce que, face à ces accords fondamentaux, nous donnons encore la même importance à des questions comme celle, par exemple, de la primauté du pape. Et si non, pourquoi cette question se met-elle encore en travers du chemin de l’unité visible ?
Il a donc proposé que l’on réfléchisse à la possibilité d’ une communion d’Églises qui auraient, pourquoi pas, la liberté de se déterminer librement à l’égard du pape ? Il a suggéré l’exemple de la Communion anglicane qui crée avec ses différentes provinces une « Communauté de communautés », avec une autorité décentralisée et un débat critique fraternel permanent entre les différentes provinces anglicanes (Angleterre, États-Unis, Australie, Nouvelle Zélande, Afrique etc).

 

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Le 21 novembre l’archevêque de Cantorbéry a aussi rencontré le pape à Rome. Comme le souligne Le Monde du 21 novembre : « La rencontre, prévue de longue date, intervient pourtant à un moment délicat des relations entre le monde catholique et le monde anglican. La publication, le 9 novembre, d’un texte du Vatican permettant l’intégration au sein de l’Église catholique des prêtres, y compris les prêtres mariés et des fidèles anglicans en désaccord avec leur Église a soulevé des interrogations sur la nature du dialogue œcuménique envisagé par Rome et agacé une partie de la Communion anglicane déjà morcelée ».

Il faut dire que la démarche du Vatican n’a pas fait l’unanimité parmi les anglicans. Et Rome a beau se défendre de « débauchage » sur les terres anglicanes, le caractère unilatéral de la décision, le fait que l’archevêque de Cantorbéry ait été pratiquement mis devant le fait accompli, ce que le responsable de l’œcuménisme au Vatican, le cardinal Kaspers a admis en disant que « le dialogue œcuménique devait se mener dans la plus grande transparence possible », tout cela a choqué nombre d’anglicans, fidèles aussi bien que clergé.

C’est ainsi que l’archevêque anglican du Nigeria et l’un des plus féroces conservateurs, a déploré l’initiative du Vatican, « une offre sans précédent selon ses mots, ajoutant : Nous sommes convaincus que ce n’est pas le moment d’abandonner la communion anglicane. »

A propos de conservateurs, « ce sont les plus conservateurs des anglicans qui vont grossir les rangs des traditionalistes de l’Église catholique au grand dam de certains catholiques, relève « Le Monde ». Quant à l’accueil des prêtres anglicans mariés avec femmes et enfants, il laisse un goût amer aux fidèles catholiques qui depuis des décennies ont vu nombre de leurs prêtres contraints de quitter leur ministère pour se marier, certains même devenant anglicans pour prendre femme ! »

The Observer, hebdomadaire britannique, a écrit dimanche que « l’archevêque de Cantorbéry a fait le geste très inhabituel de protester personnellement auprès du pape après l’annonce des dispositions spéciales prises par celui-ci pour l’accueil en nombre d’anglicans traditionalistes déçus. »
Le communiqué, après la rencontre de l’archevêque et du pape, qui n’a duré que 20 minutes, souligne que « les récents événements qui ont affecté les relations entre l’Église catholique et la communion anglicane ont été au centre de la rencontre. »
Et The Observer se demande « comment catholiques et anglicans peuvent envisager de cheminer vers l’unité alors que les autorités anglicanes ont accepté l’ordination des femmes (et la consécration d’évêques femmes dans les années à venir) et aux États-Unis des prêtres homosexuels (et même un évêque) alors que depuis Benoît XVI, le Vatican est devenu d’un conservatisme de plus en plus rigoureux sur ces questions. » l

La veille de la rencontre au Vatican, l’archevêque de Cantorbéry avait déjà exprimé à des officiels du Vatican sa déception d’avoir été tenu à l’écart de l’initiative du pape (concernant les anglicans) jusqu’au dernier moment. Et l’archevêque catholique de Westminster a tenté il y a quelques jours de mettre un peu de baume sur la sensibilité anglicane en faisant remarquer que « un désaccord à propos des femmes prêtres n’était pas un motif de conversion » !

A propos des femmes, un prêtre anglican faisait remarquer, non sans raison, que « les institutions religieuses demeuraient le dernier refuge où les hommes qui le désirent peuvent encore légalement imposer la discrimination ».

 

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Ici ou là sont publiées des histoires un peu tristes de prêtres anglicans qui quittèrent leur Église pour l’Église catholique lorsque l’ordination des femmes fut votée.
Ruth Gledhill, chargée de l’information religieuse au quotidien The Times raconte le 19 novembre comment moins de douze mois après être parti pour Rome en 1994, le révérend Peter Bolton revint « à la maison » dans l’Église d’Angleterre et y reprit une paroisse : incapable de s’intégrer dans une culture religieuse trop différente de la sienne, crevant de solitude et d’isolement. Il continue à être opposé à l’ordination des femmes et à la consécration de femmes évêques et s’il trouve l’offre du Vatican [d’avoir des paroisses catholiques de rite anglican en Angleterre] « incroyablement généreuse », il pense que peu de ses collègueds feront le pas. Le collègue prêtre anglican qui était devenu catholique deux ans auparavant et l’avait accompagné dans sa démarche de conversion a, lui aussi, réintégré l’Église anglicane.

 

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