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Suisse
les minarets musulmans
30 novembre 2009
Le dimanche 28 novembre, les Suisses étaient appelés à voter pour ou contre l’interdiction de construire des minarets et en cas de succès d’inscrire cette interdiction dans la Constitution. Ils ont décidé, à 57, 58 % des votants, d’interdire les minarets. Seuls 4 cantons sur les 26 que compte la Confédération ayant rejeté la proposition de la droite populiste et d’un petit parti chrétien UDF de droite.
Une initiative populaire dont les Suisses ont le secret, cette fois sur la proposition de l’Union démocratique du centre, première formation politique de Suisse, un parti de la droite dure à tendances xénophobes et qui représente actuellement un quart de l’électorat. Il faut 100 000 signatures pour convoquer une votation populaire. 113 000 ont été rapidement recueillies il y a dix-huit mois.
« Les initiateurs ne s’en cachent pas, rappelait Libération, la question des minarets n’est qu’un prétexte pour dénoncer l’islamisation rampante qui menacerait la paisible Confédération helvétique. »
C’est ce que déclarait le parti UDC :
« Les minarets sont le symbole apparent d’une revendication politico-religieuse du pouvoir qui remet en cause les droits fondamentaux, par exemple l’égalité de tous, hommes et femmes, devant la loi. »
Et en des termes plus explicites encore, le député UDC co-auteur du texte proposé à la votation : « Le minaret n’a rien à voir avec la religion, il n’est même pas mentionné dans le Coran. C’est un symbole politique du pouvoir qui annonce l’introduction de la charia. »
Les affiches de la campagne étaient agressivement éloquentes : des minarets noirs, dressés comme des missiles contre le drapeau suisse avec une femme en burqa noire. Un relent d’islamophobie qui n’en est pas à sa première attaque dans l’espace public : des affiches lors des dernières élections législatives, il y a deux ans, avaient déjà stylisés les musulmans sous forme de moutons noirs venant disputer la croix blanche sur fond rouge du drapeau helvétique à d’innocents moutons blancs suisses.
Or la communauté musulmane suisse (200 000, 400 000 personnes ?) en grande majorité originaire des Balkans et de Turquie est bien intégrée dans la société et avant l’initiative sur les minarets ne faisait pas parler d’elle.
Les sondages réalisés pour le quotidien romand 24 Heures disaient d’ailleurs, à 68 %, qu’« on peut être un vrai Suisse et musulman » même si 49 % pensaient que l’islam mène plus facilement à l’ extrémisme qu’une autre religion pratiquée en Suisse. « Les Suisses sont tolérants envers les individus et les communautés mais se méfient des doctrines », commentait alors l’éditorialiste de 24 Heures.
Pour ce qui est des minarets, il n’y en a que quatre en Suisse actuellement et n’ont jamais été utilisés pour la prière. Mais l’un d’eux, dans le canton de Soleure, petit minaret érigé sur le toit d’une ancienne ferme aujourd’hui mosquée turque a été l’objet d’une opposition du voisinage, de la municipalité puis récupérée sur le plan national par l’UDC. Avec le succès que l’on sait. Malgré les recommandations du Conseil fédéral de ne pas voter l’interdiction des minarets, du gouvernement qui l’a dénoncée comme « ne résolvant rien et créant de nouveaux problèmes » et la déclaration de la ministre de la Justice qui parlait de cette initiative populaire comme discriminatoire et une atteinte à la liberté de religion.
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Pour les musulmans, le résultat de cette votation « c’est un coup de poing en pleine figure », selon les mots du président national des Verts qui juge l’initiative contre les minarets anticonstitutionnelle et étudie la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.
Du côté des Églises la campagne et le oui sont considérés comme « un obstacle sur le chemin de l’intégration et du dialogue interreligieux dans le respect mutuel » selon les mots du porte-parole de la Conférence épiscopale suisse qui relève aussi que « la situation des chrétiens dans certains pays musulmans où ils subissent discrimination et oppression a également joué un rôle ».
Quant au président de la Coordination des organisations islamiques en Suisse il dit sa déception : « Le plus douloureux pour nous [musulmans] n’est pas l’interdiction des minarets mais le symbole renvoyé par cette votation. Les musulmans ne se sentent pas acceptés en tant que communauté religieuse », constate-t-il.
Lors du « Journal du matin », une émission de la Radio Suisse romande du 5 novembre, avait évoqué le cas de la Belgique, pays comparable en taille à la Suisse et qui compte, rien qu’à Bruxelles, une vingtaine de minarets, sans que cela pose problème. Mais cette question architecturale reste un piège efficace pour stigmatiser l’islam, remarquait-on et la manière dont la Suisse va répondre à la question qui lui est posée inspirera sûrement d’autres programmes politiques.
En France, Xavier Bertrand secrétaire général de l’UMP a réagi dimanche au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI en disant : « Je préfère qu’on ait des lieux de culte officiels, reconnus, pour qu’on ait un islam de France plutôt que d’avoir la pratique de religion dans des endroits clandestins. Est-ce qu’on a besoin de minarets pour le faire ? Je n’en suis pas certain. »
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