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 Encore l'islam !

 

 

12 décembre 2011

« Faut-il avoir peur du pouvoir des religieux ? » demande l’hebdomadaire Courrier International dans son dernier numéro (8-14 décembre) où le dossier habituel est consacré à l’islamisme. Et en effet c’est une question qui se pose dans les médias occidentaux mais aussi dans ceux du Moyen-Orient et du Maghreb.
Courrier International publie un long extrait de Al-Ittihad, quotidien d’Abou Dhabi :
« Des voix de plus en plus nombreuses dans le monde arabe mais aussi en Occident et dans les médias s’inquiètent du possible remplacement du despotisme militaire des anciens régimes par un despotisme islamique [40 % des sièges en Tunisie, 65 % des voix en Égypte dont 36 % aux Frères musulmans et 24 % aux salafistes]. Il y a de quoi justifier ces craintes. Les islamistes du monde arabe ne sont pas connus pour leur fibre démocratique. Historiquement, on peut même les classer comme totalitaires, influencés dès leur naissance par les mouvements fascistes européens. »

Al Ittihad rappelle que aussi bien les Frères musulmans en Égypte que les islamistes tunisiens ou syriens ont été tentés par le terrorisme et la violence.
« Mais d’autres facteurs sont plutôt rassurants. Car l’islam politique se trouve aujourd’hui dans une phase “post-Al-Qaida”. Et les autres fores de l’islam militant ont connu elles aussi un échec retentissant, comme dans le Soudan d’El Béchir, l’Iran de Khomeiny et l’Afghanistan des talibans. C’est le modèle d’un islamisme allégé, tel qu’il est pratiqué en Turquie, qui sert de référence aux forces politiques arabes. Et ce modèle a réussi à concilier l’inspiration islamique, la démocratie parlementaire, l’appartenance à l’OTAN et l’aspiration à intégrer l’Union européenne. Sans préjuger des chances de voir ce modèle turc s’appliquer dans le monde arabe et sans se prononcer sur la sincérité des déclarations d’intentions, de plus en plus de gens parlent de partis “musulmans-démocrates” comme on parle de partis “chrétiens-démocrates” en Europe, misant davantage sur l’aspect culturel et éducatif. »

Le quotidien d’Abou Dhabi remarque aussi le rôle récent de l’OTAN dans la révolution syrienne, soutenu par un pays musulman, la Turquie.
« Aujourd’hui, au sein de l’opposition syrienne, les islamistes sont parmi les principaux demandeurs d’une protection étrangère des civils. Car la première chose dont les révolutions [arabes] ont attesté c’est que l’ennemi n’était plus l’étranger lointain mais le tyran proche. »
Al-Ittihad relève aussi les contacts pris durant les révoltes récentes avec des libéraux, la gauche, les femmes, les chrétiens « ce qui ouvre la mouvance islamiste sur un univers mental plus vaste que celui d’une cellule vivant dans le secret... et l’apparition de voix diverses et discordantes au sein même de cette mouvance. »

Et toujours dans le dossier islamisme de Courrier International, le quotidien arabe de Londres Al-Quds Al-Arabi pose la question :
« Après soixante ans de dictature, qu’est-ce qui nous empêche de vivre avec un gouvernement élu, fut-il islamiste, puisque c’est le cadre d’un régime constitutionnel et d’institutions démocratiques, avec un Parlement doté de vraies compétences et une justice indépendante ? [...] Certains mettent en garde contre le risque que ces forces n’accaparent le pouvoir et n’abolissent la démocratie qui leur a permis d’y parvenir. Cette peur est légitime. Mais n’oublions pas que les révolutions ont profondément changé les sociétés arabes. Cela constitue la meilleure garantie pour les démocraties naissantes. »
Et le quotidien rappelle les récentes manifestations monstres place Tahir au Caire pour préserver les acquis de la révolution contre le pouvoir militaire…

 

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Moins optimiste, Jeannette Bougrab
, secrétaire d’État à la Jeunesse a dit à haute voix et de manière assez virulente qu’elle trouve « inquiétant » le succès des partis islamistes aux élections du Maroc, de la Tunisie ou de l’Égypte. Interrogée, elle ajoute : « Je ne connais pas d’islamisme modéré » ou de « charia light ».
Le Nouvel Observateur rapporte le 3 décembre, sur son site, que la secrétaire d’État a dit « réagir en tant que citoyenne, en tant que femme française d’origine arabe. » Et fille de harki pourrait-on compléter. « Ben Ali ou Moubarak avaient agité le chiffon rouge des islamistes pour obtenir le soutien des pays occidentaux, remarque-t-elle.
Mais il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse. Moi je ne soutiendrai jamais un parti islamiste. Jamais. Au nom des femmes qui sont mortes, de toutes celles qui ont été tuées, notamment en Algérie ou en Iran, par exemple, parce qu’elles ne portaient pas le voile.
Je me refuse à croire qu'il y aurait une sorte de malédiction sur ces pays arabes, que le choix devrait se résumer entre les dictatures et l'islamisme, entre la peste et le choléra
, insiste-t-elle. Je fais partie de celles qui estiment qu'on peut interdire des partis politiques fondés sur des pratiques qui portent atteinte à une Constitution ».

Oui, mais on peut tout craindre d’une Constitution basée sur la charia, comme l’ont annoncé certains islamistes. Évidemment, ce parler franc pas du tout diplomatique n’a guère plu au ministre des Affaires étrangères français Alain Juppé ! hn
Mais le souci de Jeannette Bougrab et d’autres n’est peut-être pas si erroné : témoin Souad Abderrahim, cette députée du parti islamiste tunisien Ennhada qui soutient dans un entretien au Parisien que « la Tunisie pratique un islam modéré » et que « Ennhada est un parti politique civil et modéré, respectueux des libertés », ajoutant que « la polygamie ne sera pas instaurée ni le voile imposé » et qui sur une radio arabophone s’attaque violemment rapporte Libération, aux mères célibataires « une infamie » selon elle.
Ces mères célibataires qui « ne devraient pas s’attendre à ce que leurs droits soient protégés légalement ». La dame candidate à la présidence de l’Assemblée nationale tunisienne a soulevé des critiques de femmes progressistes. Elle est en tout cas douée pour le double langage comme les représentants de son parti Ennhada accusés de jouer « un jeu trouble » par le site Slate Afrique.

 

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