Margot Kässmann
Protestants dans la ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie


Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie


Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs


Alain Houziaux

réflexions et poèmes

l'auditoire


Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »


Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

Nouvelles

 

 

Iran

 



3 janvier 2010

En Iran, chaque jour qui passe voit son lot de violences inquiétantes. Babak Dad, journaliste iranien est en France depuis deux semaines après avoir fui son pays en passant par l’Irak où il est resté deux mois. Il a demandé l'asile politique. Pour Libération, il raconte qu’il a fui le régime des mollahs après avoir échappé à une tentative d'arrestation Babak Dad est proche de Khatami, ancien président réformateur de la République islamique d'Iran. Il a aussi été le conseiller de Karoubi, l'un des candidats réformateurs à l'élection présidentielle iranienne du 12 juin dernier.
Avant de fuir l’Iran, il a dû changer plus de 70 fois de domicile avec ses enfants de 15 et 19 ans obligés d'abandonner l'école.
« J'ai révélé des informations concernant la prison secrète de Kahrizak, où les opposants étaient battus, torturés, violés... J'avais recueilli des témoignages de victimes. Depuis, le guide suprême Khameinei a ordonné sa fermeture. Mais le régime tente d'étouffer les témoins et d'effacer les traces de ces geôles. » (A propos des violences dans les prisons, les médias font état des cris dans la foule : « Les viols dans les prisons, c’est écrit dans le Coran ? La pression du régime était telle que j'ai été obligé de partir. C'est horrible d'être obligé de quitter son pays. »

L’Iran sortira-t-il de cette crise qui se prolonge ? Et dans quel état ? Babak Dad , comme tous les observateurs, constate que le régime des mollahs a choisi pour l’instant d’accroitre la répression au mépris même de ses idéaux religieux. Il en veut pour exemple cette démonstration de violence le 27 décembre, lors des cérémonies religieuses d'Achoura.
« Achoura, explique-t-il, c'est l'anniversaire de la mort en martyr, il y a près de 1300 ans, de l'imam Hossein, une des plus grandes figures de l'Islam chiite. L'imam Hossein est le symbole de la résistance contre le despotisme. Pendant Achoura, il est interdit de verser du sang. On n'a même pas le droit de tuer des animaux.
Or, ce 27 décembre, le gouvernement iranien, qui se dit religieux et islamique, a permis que le sang des innocents soit versé dans les rues. La contradiction est flagrante. Dimanche, le gouvernement a tué et l'Imam Hossein, et des innocents. Ce gouvernement prétendument islamique est en pleine décadence. Même les gens très religieux ne peuvent plus se compromettre avec lui. S'il y a atteinte à la vie de Moussavi et de Karoubi, seuls la République islamique et ses dirigeants seront responsables. Khamenei n'est déjà plus légal. Il a perdu toutes qualifications. »

Est-ce le début d'une nouvelle révolution ? lui demande-t-on « Le peuple iranien ne veut pas de révolution, dit-il. Et surtout pas de violence [...] La parole doit être rendu au peuple avec de nouvelles élections. Le futur gouvernement sera choisi parmi des personnalités qui sont déjà là. [...] Arrêtons de nous focaliser sur les individus ! Ce qui importe, ce sont les changements. Démocratie, liberté, égalité hommes-femmes, davantage de travail pour tous... Le mouvement vert [la couleur de l’opposition] anticipe. Il s'est déjà attelé à la rédaction d'une nouvelle constitution. La question n'est pas de savoir ce que l'on veut mais ce que l'on peut faire. Le futur de l'Iran sera un choix raisonnable. »

Pourtant d’autres plus inquiets craignent « un véritable bain de sang ». Et l’assassinat du neveu de l’opposant Mir Hossein Moussavi qui s’ajoute aux autres morts et aux arrestations d’une vingtaine de personnalités d’opposition et de centaines de manifestants depuis le début des troubles fait craindre le pire à certains.
Ainsi cette déclaration de guerre, d’une violence sans précédent, d’un haut dignitaire religieux qui a menacé de mort les dirigeants de l’opposition : « Les dirigeants de la sédition sont des Mohareb [ennemis de Dieu], Dans notre système judiciaire, le châtiment des Mohareb est clair » a-t-il proclamé. Proclamation officielle puisque reprise par la télévision d’État. [Et l’on sait que sous la loi islamique, la sentence prévue pour les « ennemis de Dieu », c’est la mort.]

 

 

.

 

 

La prochaine étape importante est annoncée pour le 7 janvier. Mais « d’autres manifestations sont prévues écrit Libération et un défi inimaginable il y a peu sera lancé au régime, comme l’explique une jeune avocate de Téhéran : Nous voulons que ce jour soit celui du Kashf-e hidjab. Toutes les femmes seront invitées à enlever leur voile. Ce sont les garçons qui exceptionnellement le porteront ». Ce voile que le régime islamique impose aux femmes depuis trente ans.
« L’honneur de la femme est son voile » martèlent les autorités.
«  Les Iraniennes luttent depuis trente ans contre le voile, écrit Ann Pak, militante féministe iranienne. Jusqu’alors les Iraniens ne les avaient pas soutenues. Au début des amis leur disaient même : "Vous n’allez pas mourir en mettant un morceau de chiffon sur votre tête."
Mais ce morceau de chiffon méprise toute la société dans sa chair. En voilant les Iraniennes, par cette séquestration du corps des femmes, Khomeiny a étendu son emprise sur la société iranienne qui, toute entière, fut mise sous tutelle des soi-disant hommes de Dieu, qui tout entière fut outragée.
Le voile annihile la liberté et la dignité de l’être qui le porte, quelque soit son sexe car il est signe de soumission. Arrivera-t-il un jour où, en soutien aux femmes, les Iraniens circuleront dans les rues et iront voilés à leurs bureaux ?
Pour enfin comprendre la révolte que les femmes portent en elles depuis trente ans qu’elles supportent cette défroque, pour enfin larguer le voile et hisser la grand voile vers la liberté »
.

 

 

.

 

 

Azadeh Kian Thiébaut, politologue de l’université Paris VII explique dans une interview parue le 29 décembre pourquoi l’opposition iranienne a voulu profiter de la célébration de l’Achoura pour descendre dans la rue (l’Achoura c’est le dixième jour du mois de Moharram qui commémore la mort de l’imam Hossein).
« L’Achoura est centrale dans le chiisme et la répression des manifestants ce même jour est un symbole très fort pour le mouvement [de contestation]. Désormais, ce mouvement a ses propres martyrs tués le jour même de l’assassinat de l’imam Hossein.
Cela va, bien sûr, être exploité par l’opposition. L’Achoura est un jour sacré depuis mille quatre cents ans et c’est le régime islamique lui-même qui a brisé ce tabou. Même le chah s’était refusé à faire tirer sur les manifestants pour l’Achoura comme l’a rappelé Karoubi
[l’un des opposants]. »

Lorsqu’on demande à la politologue s’il existe beaucoup de parallèles entre la révolution islamique, en 1979, et le mouvement de contestation actuel, elle répond : « Énormément. Mais il y a des différences aussi. L’une est essentielle : la moitié du régime est actuellement dans la rue. Il y a une fracture au sein même des forces de sécurité. Une partie des familles des Pasdaran, les Gardiens de la révolution, qui sont morts lors de la guerre Irak-Iran sont dans l’opposition. »

Azadeh Kian Thiébaut relève aussi le nombre de catégories sociales qui descendent dans la rue, même dans les petites villes. « Si l’on regarde la carte d’Iran, explique-t-elle, on voit que c’est l’ensemble du pays qui est touché. Et ce qui est étonnant c’est la rapidité avec laquelle la contestation s’étend. Au début de la révolution islamique [en 1979], le mouvement ne pouvait compter que sur trois villes : Téhéran, Qom et Tabriz. Aujourd’hui, on entend même dire que des paysans viennent manifester dans les villes. C’est le Guide qui est visé pas le régime. Il y a dans la rue des gens religieux, la partie républicaine et démocrate... qui ne veulent pas nécessairement voir le régime tomber. »
Et elle donne pour exemple ces slogans à connotation religieuse qui n’attaquent pas le régime iranien issu de la révolution islamique, où le pouvoir politique est soumis aux religieux, mais qui dénoncent Ali Khamenei, le Guide suprême successeur de Khomeiny, dont la personne était encore quasiment sacrée il y a quelques semaines et qui est pris pour cible, comparé à Yazid, second calife omeyyade que les chiites haïssent le jugeant responsable de la mort de l’imam Hossein.

Autre exemple de ces références au chiisme, les gens qui chantent dans les manifestations « Ya imam Hossein, ya Mir Hossein » (Mir Hossein Moussavi, victime des fraudes massives aux élections de juin), unissant ainsi dans un même slogan l’imam assassiné à l’un des candidats opposants de Ahmadinejad l’actuel président.
Et la politologue ajoute : « En montrant que le régime n’est pas réformable [en décidant « d’investir dans la violence » pour justifier la violence de la répression], le Guide apporte de l’eau au moulin des contestataires radicaux qui aujourd’hui n’ont pas le soutien de la majorité de la population. Mais qui demain pourraient bien l’avoir ! ».

 

 

Retour
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.