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La burqa

 

1er février 2010

Trois jours après les conclusions de la mission parlementaire sur la burqa et le niqab, qui préconise l’interdiction du voile intégral dans l’ensemble des services publics de la République, mais pas dans l’espace public, le Premier ministre français s’est dit favorable à « une interdiction, la plus large possible » du voile intégral (burqa).
Pour contenter le groupe UMP à l’Assemblée qui voudrait que les femmes à burqa soient arrêtées aussi sur la voie publique, il a demandé le 29 janvier, au Conseil d’Etat, de lui soumettre ses solutions juridiques en vue d’un projet de loi qui permettrait cette interdiction de la burqa.

En fait, le Premier ministre demande l’aide du tribunal administratif suprême qu’est le Conseil d’État, pour permettre au gouvernement de présenter au Parlement un projet de loi sans risque qu’il soit retoqué comme d’autres. Les propositions du Conseil dÉtat sont demandées avant la fin de mars.

Au lendemain de la publication du rapport de la mission parlementaire, 20minutes.fr sur son site web publiait une interview d’une jeune femme qui porte la burqa, « quand elle veut », affirme-t-elle. Est-ce qu’une loi d’interdiction générale changerait quelque chose pour vous ? lui demande-t-on « Non. Ou plutôt si, les gens vont se permettre d’être plus agressifs envers nous. Déjà, ça ne se passe pas bien J’entends à chaque fois les mêmes remarques. On me traite de « Belphégor », on m’insulte. On m’a même craché dessus. Et une fois une personne âgée [...] m’a dit qu’elle s’était battue pour les droits des femmes. Très bien, mais pour moi, être libre ce n’est pas poser nue pour un pot de yaourt. Je comprends que le voile intégral choque les gens, on ne peut pas accepter tout le monde. Mais on doit garder son avis pour soi. »

Vous ne pensez pas qu’ils vous agressent parce qu’ils ont peur, parce qu’ils ne voient pas votre visage ? « Non. Au contraire, c’est quand je porte juste le hijab que c’est le pire. Quand on porte le voile intégral, les gens ne savent pas qui il y a en dessous, donc ils osent moins. Ma mère, qui porte un tout petit voile, s’est faite insulter dans un supermarché.
Ce n’est pas le niqab qui leur pose problème, c’est le fait qu’on soit musulmans. Il y avait des femmes qui portaient le voile intégral avant le 11 septembre, et qui vivaient normalement. Mais aujourd’hui, on est stigmatisées, on nous met dans des cases.
Aujourd’hui, les politiciens en parlent parce que ça les dérange, mais une loi d’interdiction générale serait abjecte : imaginez une femme qui est obligée de porter le voile intégral par son entourage. Elle va rester enfermée chez elle. Ce sera une deuxième prison pour elle. »

Laurent Joffrin, dans son éditorial du 27 janvier dans Libération, après avoir stigmatisé la disproportion entre l’acharnement du groupe UMP qui ajoute l’« humiliation publique à la contrainte » si la burqa venait à être interdite dans l’espace public. Il conclut : « Et comment les musulmans français qui demandent dans leur immense majorité à vivre en paix dans leur pays, sous la protection des lois pourraient-ils interpréter cette montée de fièvre, sinon comme un geste d’intolérance dirigé contre eux ? L’UMP est malade de l’islam. Il est temps qu’elle se fasse soigner. »

 

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Le sociologue Vincent Geisser, du CNRS, dans une interview parue le 27 janvier dans Libération à la question : « la loi est-elle la seule réponse au port du voile intégral ? » répondait : « Il est clair qu’à la différence du simple voile, le port du voile intégral s’inscrit dans un phénomène sectaro-religieux. Là réside tout le problème.
Beaucoup de musulmans sont hostiles au port du voile intégral. Mais ce débat couplé à celui sur l’identité française contribue à radicaliser les positions au sein de la communauté musulmane pratiquante mais modérée. Une loi risque donc d’être porteuse d’effets pervers avec comme conséquence une forme de martyrologie, de victimisation. Elle peut amener à brandir des étendards identitaires chez des gens qui rejetaient au départ le voile intégral. »

Alors, comment lutter contre ce qui peut apparaître comme une atteinte aux principes de la laïcité ? Réponse : « Le port du voile intégral n’est pas seulement une atteinte à la laïcité mais à toute interaction sociale, quel que soit le pays où l’on se trouve. Il est le symptôme d’une identité religieuse qui conduit les gens à s’enfermer dans une certaine forme de pureté identitaire.
La mission parlementaire aurait dû poser la question des sectarismes religieux dans leur ensemble. La loi risque de renforcer les fractures identitaires et communautaires que le législateur devrait, au contraire, tenter de réduire. Les partisans de cette loi jouent aux apprentis sorciers. »

 

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