Nouvelles
Burqa
15 mars 2010
Burqa ! Sans reprendre jour après jour la saga du voile intégral, on peut remarquer que ce mois de mars est déjà fertile en nouvelles et réactions. Pour ou contre ! Le ministre Eric Besson a fait savoir le 2 mars qu’il avait refusé par décret « la naturalisation d’un homme qui obligeait sa femme à porter la burqa ». La décision a été validée en janvier par le Conseil d’Etat saisi de l’affaire. Le document, cité par Le Figaro du 3 mars, précise que « l’homme adopte au quotidien une attitude discriminatoire vis-à-vis des femmes, allant jusqu’à refuser de leur serrer la main et à préconiser une séparation des garçons et des filles, y compris au foyer, des frères et des sœurs dès leur plus jeune âge ».
Les magistrats ont donc considéré que « le mode de vie qu’il a choisi, fût-il justifié par des préceptes religieux, est incompatible avec les valeurs de la République et notamment le principe de l’égalité des sexes ». D’où le refus d’accorder la nationalité française à ce Marocain marié à une Française qui appartient comme lui au mouvement Tabligh, un courant fondamentaliste de l’islam. Le Figaro notait aussi que le conseil d’Etat n’avait pas voulu mentionner le port du voile intégral de l’épouse dans son refus mais bien le comportement du mari jugé « incompatible avec les valeurs de la République ».
Le décret devrait faire jurisprudence, la burqa devenant un obstacle à la naturalisation de la femme qui le porte comme de l’homme qui l’exige. En juin 2008, une autre affaire de même nature avec une Marocaine entièrement voilée s’était vue refuser la nationalité française par le Conseil d’Etat qui stigmatisait une « pratique radicale de la religion incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française ». Là encore, note Le Figaro, « le Conseil d’Etat n’avait pas mentionné le port de la burqa », mais l’incompatibilité d’un tel signe vestimentaire avec l’appartenance à la « communauté française ».
.
Le 6 mars avait lieu à Paris une manifestation organisée par l’association Ni putes ni soumises pour, selon sa présidente, « dénoncer l’intolérable », c’est-à-dire « le retard pris dans le vote d’une loi interdisant la burqa. » Les manifestants qui brandissaient des pancartes avec les slogans « Ni voile ni burqa » ont recouvert la statue de la République, place de la République, d’une immense burqa noire...
Revendication que le Premier ministre a reprise à son compte en annonçant le 11 mars, lors d’un meeting UMP à Nantes, qu’un projet de loi anti-burqa serait déposé au printemps. « Toutes les confessions [religieuses] sont respectables, ce qui ne l’est pas, c’est le prosélytisme agressif, le repli communautaire, a déclaré le chef du gouvernement, cité par Le Post. La pratique du port du voile intégral heurte notre conception ouverte de la vie sociale. En démocratie, on ne vit pas masqué [...] Il est naturel de vouloir que nos valeurs soient [partagées par ceux qui s’installent chez nous]. »
On se souvient que la mission parlementaire lancée l’année dernière et qui a terminé ses travaux sur la question de la burqa a préconisé l’interdiction de ce vêtement dans les services publics. Quant à Jean-François Coppé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale il avait, sans attendre les conclusions de la mission parlementaire, avancé une proposition de loi interdisant le port du voile intégral dans tout l’espace public. Un vêtement qui selon plusieurs rapports de police serait un phénomène marginal puisqu’ n’y aurait que quelques centaines de femmes qui le porteraient, souvent des Françaises converties à l’islam.
.
Le quotidien « Libération » du 13 mars publie un long reportage de sa correspondante au Caire intitulé « L’adieu au voile ». Le voile dont il est question c’est le hijab, ce voile islamique qui couvre la tête, le cou, parfois les épaules mais laisse voir le visage. Pour la majorité des Egyptiennes il est devenu la norme dans les vingt dernières années, même si sobre au début il s’est fait coloré, assorti aux vêtements, piqué d’épingles fantaisies, sophistiqué... Quant au niqab, qui couvre l’ensemble du visage sauf les yeux, il est en constante augmentation selon une enquête publiée l’été dernier et concernerait plus de 15 % des femmes voilées.
Appelé à la rescousse par l’Etat qui tente aujourd’hui de l’interdire, le cheikh d’Al-Azar considéré comme la plus haute autorité religieuse dans l’islam sunnite avait rappelé que le niqab n’avait pas de fondement religieux. En vain, le salafisme, un islam rigoriste, littéraliste prétendant ré-islamiser la société en la ramenant à la foi des origines dont on doit suivre les préceptes de façon obtuse, comme si l’on vivait à l’époque de Mahomet, pèse de plus en plus sur la société égyptienne.
Du coup, ces jeunes femmes qui sautent le pas et enlèvent leur voile après l’avoir porté parfois des années posent un sérieux questionnement à leur entourage comme à une société égyptienne hyper-religieuse. Mais enlever son voile ne signifie aucunement rejeter la foi.
Ainsi Rania, journaliste, qui avoue avoir eu l’impression que porter le voile « ça devenait banal. Au même moment j’ai commencé à me demander si cette apparence extérieure correspondait à ce que j’étais vraiment à l’intérieur. Je suis croyante, certes, mais pas si pieuse que cela. J’ai en besoin mettre les choses en conformité. » Mettre les choses « en conformité » lui a pris de longs mois. Rania avait peur, en enlevant son voile qu’elle avait porté 20 ans de « tomber dans l’apostasie, un péché mortel », dit-elle. Jusqu’à ce qu’elle découvre, à la faveur d’un article que le voile n’est ni licite ni illicite : « Il n’y a pas d’ordre clair de Dieu. C’est ça la grandeur du Coran, on peut le comprendre à plusieurs niveaux. Les oulémas, depuis 1400 ans n’ont fait que transmettre, ils ont figé la pensée de l’islam, ils ne veulent pas prendre la responsabilité de réfléchir. Les gens eux ne veulent pas prendre la responsabilité de leurs décisions et s’en réfèrent toujours aux oulémas. C’est pour cela que notre société n’avance pas », conclut-elle.
Quant à son amie Nouria, elle déplore que « le port aussi massif du voile a contribué à diviser de façon visible la société entre musulmans et chrétiens. Avant que le foulard soit aussi répandu, on n’était pas systématiquement affiché comme appartenant à une confession ou l’autre. »
Rania acquiesce : depuis quelle ne porte plus son hijab, tout le monde la prend pour une copte (chrétiens d’Egypte qui représentent environ 10 % de la population).
Doaa a porté le voile pendant sept ans, malgré l’avis de sa mère : à l’approche de la ménopause raconte-t-elle, ses tantes et sa mère ont adopté le voile, sans faire œuvre de prosélytisme : « Ma mère a même tenté de me dissuader. Elle me disait qu’en vieillissant, il était temps qu’elle se préoccupe de préparer son temps dans l’au-delà mais que j’étais bien jeune pour me voiler ».
Heureuse sous son voile, Doaa finit tout de même par être agacée par les regards désapprobateurs de certaines voilées « qui jugent ton comportement », désapprouvent qu’elle fréquente « des étrangers », qu’elle « sorte dans les cafés » ou « rie trop fort ». « Une voilée doit montrer l’exemple ».
Gêne, pesanteur, rébellion, Doaa s’est plongée dans les textes sacrés, son voile se fait de plus en plus coloré, minimaliste, puis disparaît. Au grand étonnement ou même au mépris de certaines de ses amies. Doaa insiste. Son rapport à la religion reste inchangé. Comme avant, la jeune femme s’efforce de prier cinq fois par jour. Elle a jeûné lors du dernier ramadan et a même effectué un jeûne supplémentaire pour préparer son âme à la fête de l’Aïd. « Ma dignité de musulmane, assure-t-elle, est dans le voile moral qui protège ma vertu et ma conscience. Pas mes cheveux ».
Retour
Vos
commentaires et réactions
haut de la page