Margot Kässmann
Protestants dans la ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie


Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie


Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs


Alain Houziaux

réflexions et poèmes

l'auditoire


Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »


Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

Nouvelles

 

 


Les massacres du Nigeria

 

 

22 mars 2010

Au Nigeria les photos parlent dans toute leur horreur : corps sous des bâches alignés le long d’une fosse commune où ils seront ensevelis en hâte, femmes vêtues de noir rassemblées par milliers dans les rues de Jos et criant, leur colère et leur douleur.
Depuis le début de mars, des villages dans la région de Jos, dans l’État du Plateau, au centre du Nigeria, sont la proie de violences ethniques et religieuses qui ensanglantent la région. Des violences récurrentes qui durent depuis dix ans. Celles-ci font suite à celles de janvier, toujours dans cette région.
Ainsi, dans la nuit du samedi 6 mars, l’attaque du village de Dogo Nahawa, une localité à une vingtaine de kilomètres de Jos, la capitale régionale, attaque qui a fait au moins 61 victimes dont 32 enfants lacérés à coups de machettes ou brûlés vifs dans leur sommeil. Les attaquants, des Fulani ou des Haoussa musulmans. Les victimes, des Berom, une ethnie majoritairement chrétienne. L’attaque s’est déroulée en pleine nuit, simultanément dans trois villages de la zone et semble donc planifiée.

Bataille de chiffres, les victimes seraient 50 selon les autorités, mais les ONG nigérianes avancent le chiffre de quelque 200 morts. L’armée, accusée d’avoir été passive, a été placée en alerte rouge pour éviter « toute propagation du conflit » que craint le pouvoir fédéral. Mais l’histoire ne fait que se répéter dans toute sa désespérance : en 2001, puis en 2008, des massacres intercommunautaires avaient fait 100 et 700 morts.
En janvier dernier, nouveaux massacres et 326 victimes selon un bilan officiel. Enfin, toujours dans cette région, de nouvelles violences ont fait treize morts, des paysans, le 17 mars à Riyom, une localité peuplée de chrétiens béroms.

Pourquoi dans cet État du Plateau ? Situé au centre du Nigeria, cet État est une zone tampon entre le Nord majoritairement musulman et le Sud traditionnellement chrétien. Le point de friction, c’est la ville de Jos. Un historien nigérian interrogé par Libération explique que « la ville était chrétienne, mais vers 1900, les colons britanniques ont fait venir de la main d’œuvre Fulani et Haoussa musulmane du Nord. Et le temps, trois générations, n’a pas effacé les clivages entre les premiers résidents, les Béroms et ceux qu’ils considèrent toujours comme des “migrants” auxquels ils dénient le droit de posséder la terre ou les maisons. »
« Au départ c’était un combat politique, mais au fil du temps, ça s’est mué en une crise religieuse, explique la présidente de l’association de femmes fulani et haoussa. L’argument religieux est le plus simple à instrumentaliser quand on n’a pas de programme, dit-elle, et c’est ce que font tous les hommes politiques. »

Shedrak Best, enseignant à l’université de Jos, cité par Libération, juge que « les gens sont suffisamment crédules pour croire que l’enjeu est une question de religion tant et si bien que les communautés sont montées les unes contre les autres ». Et les coupables « ne sont jamais jugés » constate cet ancien diplomate, un Berom musulman, marié à une chrétienne. Il faut que le pouvoir ait le courage de juger les coupables. L’État du Plateau est devenu une jungle. Si l’on n’y prend pas garde, cela va devenir comme le Soudan. »

Et de fait, les affrontements débordent déjà largement la ville de Jos : à 63 km de là, un village a déjà essuyé trois attaques depuis le début de l’année. Bilan : 3 victimes et 70 maisons brûlées...
Et l’accusation du pasteur de ce village : « Ils [les Fulani] veulent nous prendre nos terres, mais il y a aussi l’agenda de l’islam. Ils veulent conquérir le pays. »
Ou instrumentalisation des tensions par une élite politique en mal de pouvoir ?
« C’est tout à la fois »
, affirme un politologue nigérian de Abuja, la capitale fédérale.

 

 

.

 

 

Maud Gauquelin, anthropologue connaissant bien le Nigeria où elle a vécu, tente d’expliquer ces tensions religieuses dans la région de Jos. Elle rappelle que les seize États du nord du Nigeria appliquent tous la charia, sauf l’État du Plateau où se trouve Jos.
« Les chrétiens se vivent comme des résistants. Le Plateau est pour eux la dernière frontière avant que le pays tout entier ne bascule sous la loi islamique. » Avant la colonisation et l’arrivée des missionnaires, les populations de l’actuel État du Plateau étaient animistes explique l’anthropologue. Au 19e siècle, elles ont résisté à l’islamisation lancée par un chef musulman et l’ethnie Berom à Jos est devenue chrétienne en entrant dans l’Église du Christ au Nigeria, une dénomination protestante congrégationnaliste, avec un projet d’évangélisation du Nord musulman.
- Être chrétien ou musulman à Jos, est-ce plus important qu’être nigérian ?
Maud Gauquelin répond :
« Oui. Le facteur religieux implique une gamme d’options sociales antinomiques. [Par exemple], la monogamie des chrétiens et la place qu’ils accordent à la femme s’opposent à la polygamie de certains chez les jeunes musulmans qui pensent aussi que la charia est une bonne chose pour lutter contre la corruption, la pornographie et le vol [mais surtout qui veulent imposer cette charia même aux non musulmans] »

Enfin il y a le problème de la terre. « La Constitution du Nigeria est bancale, elle permet de faire une différences entre les autochtones [chrétiens] qui ont le droit d’acheter des terres et les autres » [la plupart des musulmans considérés à Jos comme des étrangers et qui n’ont le droit que d’être commerçants et se sentent discriminés], explique l’anthropologue.
« Les Berom ne veulent pas que les musulmans prennent le pouvoir. Ils voient leur gouverneur actuel Jonah Jang, un pasteur, comme un rempart contre l’islamisation ».

Quant à l’animosité entre communautés religieuses, elle se vit, dit-elle, au quotidien. « Il y a une inflation de l’interprétation religieuse dans l’esprit des gens. Tout devient prétexte à paranoïa des deux cotés. Certains chrétiens pensent vivre l’apocalypse. Les musulmans verront eux l’appel américain à poursuivre les auteurs des derniers massacres comme un signe de la domination des chrétiens, perçus comme infidèles ».

 

 

.

 

 

L’archevêque catholique de Jos, vice-président du Conseil interreligieux pour la paix et la concorde écrivait sur le site du Times cette semaine que l’on doit à tout prix « dépasser les raisons religieuses généralement invoquées pour expliquer les causes des tensions et examiner les raisons sociales, ethniques, économiques et politiques de ces crises. Les gouverneurs des États [du Nigeria] doivent faire l’effort de considérer que les motifs qui ont conduit à ces crises ne sont pas nécessairement religieux mais que la religion est un outil commode pour faire pression. » Le Monde du 17 mars.

L’archevêque de Jos ne cache pas son découragement après s’être rendu sur les lieux des derniers massacres : « Tant d’efforts pour tisser des liens entre les communautés. A présent tout semble détruit.[...] Dès qu’il est question de guerres de religion, des réseaux se mobilisent. Des groupes musulmans envoient de l’argent pour soutenir les musulmans. Des chrétiens envoient aussi de l’argent en pensant que les leurs sont persécutés. Ce sont de grosses sommes. A Jos, le combat est en partie mené depuis l’extérieur. La propagande explose. Les textes prônant la haine, j’en un armoire pleine ! »

Et Joseph Chuwang, l’artisan chrétien qui a perdu les siens dans le massacre du 7 mars, s’il ne rejoint pas les milices qui se préparent aux violences à venir ne veut pas pardonner : « Je m’en remets à notre Dieu qui est un Dieu de vengeance » dit-il.

 

 

.

 

 

Il ne manquait que les idées brillantes du président lybien Muamar Kaddafi pour résoudre la question des violences au Nigeria ! Le 17 mars, il a appelé à la partition du pays le plus peuplé d’Afrique avec ses 149 millions d’habitants en recommandant qu’on en fasse deux pays, un chrétien et l’autre musulman car la violence récurrente à Jos est, selon lui, « un profond conflit de nature religieuse ».
Pour défendre son point de vue, il a expliqué que la partition avait sauvé nombre de vies en Inde et au Pakistan et que partager le Nigeria « arrêterait le bain de sang et les incendies de lieux de prière. »

En réponse le Nigeria a rappelé son ambassadeur en Libye. Selon l’agence œcuménique de nouvelles ENI, l’évêque méthodiste du Nigeria a affirmé que « les chrétiens et les musulmans de ce pays n’ont jamais manifesté le moindre signe pour dire qu’ils ne pouvaient cohabiter paisiblement » sans parler d’autres personnalités, chrétiennes ou musulmanes qui remarquent que l’on n’a rien demandé à Kaddafi.
Ou refusent toute partition comme ce responsable d’une association musulmane : « Parce que nous sommes frères et sœurs. Ce que nous vivons à Jos est plus ethnique que religieux car aucune religion ne tolère qu’on tue même au nom d’une cause juste. »

Et l’on pointe du doigt l’ignorance manifeste de Kaddafi : aucune communauté nigériane n'est à 100 % chrétienne ou musulmane. A commencer par les États du sud où chrétiens et musulmans vivent côte à côte sans crise. 

 

 

Retour
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.