Nouvelles
La violence en Inde
11 avril 2010
La violence en Inde, question récurrente... Que ce soit la violence hindouiste contre les musulmans ou les chrétiens, ou plus banalement mais pas moins terrible, la violence du système social. La semaine passée encore, le révérend Asir Ebenezer, secrétaire général du Conseil national des Églises en Inde a lancé un appel :
« La situation devient de pire en pire et l’on note de plus en plus d’actes de violence. Nous ne pouvons pas nous contenter d’être des spectateurs silencieux devant l’augmentation de cette violence. Il est temps pour l’Église de jouer un rôle décisif afin de ramener la paix, de stopper la violence et de s’attaquer aux racines de l’injustice et de l’inégalité. »
Le Conseil national des Églises en Inde regroupe 30 Églises orthodoxes et protestantes et le révérend Ebenezer faisait cette intervention le 6 avril dernier pour dénoncer l’échec du gouvernement et la violence de sa réaction après une vague de violence perpétrée par des Maoïstes, ces communistes indiens « qui se développent depuis les années 60-70 sur le mécontentement des plus déshérités vivant dans les zones les moins développées d’Inde », explique Olivier Guillard, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques dans une interview au Monde du 6 avril.
Ces populations – paysans sans terre, populations tribales – sont peu pris en compte par le pouvoir central, dit-il encore : les maoïstes leur ont proposé de muscler leur discours afin de défendre leur cause. Ils sont devenus les champions des sans voix et sont présents aujourd’hui dans une vingtaine d’États sur trente cinq [...] Ils y ont développé leur propre administration parallèle, avec collecte d’impôt révolutionnaire, écoles et tribunaux maoïstes [...]
Ces maoïstes comptent aujourd’hui entre 10 000 et 20 000 combattants et se sentent assez forts pour défier l’État. C’est ainsi que 76 personnes des forces de sécurité indiennes sont mortes ce 6 avril, alors que leur convoi était pris dans une embuscade impliquant des centaines de Maoïstes dans un village de l’État de Chattisgarh.
Quelques jours auparavant, pendant la Semaine sainte, des rebelles maoïstes avaient attaqué plusieurs institutions dont une école chrétienne dans l’État du Bihar en réponse à des opérations de maintien de l’ordre lancées par le gouvernement contre eux, opérations menées dans des conditions dénoncées par des organisations de défense des droits de l’homme.
Il faut ajouter que les maoïstes indiens profitent de l’expérience de leurs cousins idéologiques du Népal. Entre 1996 et 2006, les maoïstes népalais ont mené une insurrection comparable à ce qui se passe en Inde, faisant entre 10 000 et 15 000 morts et cette réussite militaire fait qu’ils sont aujourd’hui au pouvoir au Népal.
L’Inde doit affronter depuis quelques années un grand danger intérieur de déstabilisation et une violence inouïe. « Comme nous avions appris à réagir pour le sida, c’est le moment pour l’Église de jouer son rôle en apportant la paix et en faisant cesser la violence, déclare le secrétaire général du Conseil des Églises en Inde. Nous devrions être capables de persuader les deux parties [l’État et les rebelles] d’abandonner la violence et de faciliter leur dialogue. Nous devrions aussi faire comprendre au gouvernement que l’inégalité sociale et l’injustice sont aux racines de la violence. Les Églises sont extrêmement prudentes et gardent le silence sur le sujet. Il faut que nous brisions ce silence et que nous tentions de jouer les pacificateurs. »
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