Nouvelles
Paix au Soudan
11 avril 2010
Le Soudan, le plus vaste pays du continent africain et qui compte plus de 40 millions d’habitants votait pendant trois jours à partir du 11 avril, pour la première fois depuis 24 ans. Ces élections législatives multipartites faisaient partie des engagements pris lors de l’accord de paix signé en 2005 entre le président soudanais Omar en Bachir, chef du régime militaro-islamiste de Khartoum qui devrait être réélu et le SPLA (l’Armée de libération du peuple du Soudan dirigée par John Garang, représentant le Sud).
Cet accord de paix mit fin à la guerre entre le Nord et le Sud après 40 ans de lutte, plusieurs millions de victimes et 4 millions de déplacés originaires du sud. Une guerre de « religion » comme on l’a qualifiée un peu vite.
Effectivement, l’élément déclencheur du conflit Nord-Sud a été la décision en 1983 du président soudanais Nimeiri d’instaurer le droit musulman, la charia, comme droit pénal au Nord comme au Sud sans tenir compte que si le Nord est de culture arabo-musulmane, le Sud est minoritairement chrétien et surtout animiste et africain.
Avec l’arrivée d’Omar el Béchir au pouvoir à la suite d’un coup d’État en 1989, la charia a été renforcée et la loi prévoit des peines sévères comme la lapidation ou l’amputation à l’honneur dans les pays islamiques.
Si le Sud en est officiellement exempté, la crainte que la charia s’applique un jour dans le Sud nourrit le conflit. D’où cet engagement plus important encore de l’accord de paix de 2005, le référendum d’autodétermination du Sud-Soudan.
Il devrait être organisé en janvier prochain et il permettra aux populations du Sud de décider si elles veulent demeurer dans un Soudan uni, avec Khartoum comme capitale ou si elles choisissent l’indépendance et leur propre État. Ce référendum prévu par l’accord de paix de 2005 est considéré par la plupart des Soudanais du sud comme l’occasion de réparer une injustice commise au temps de l’indépendance en 1956, celle d’être consultés enfin sur leur propre sort.
« Pour les responsables d’Église, le droit à l’autodétermination est vu comme une victoire du lobbying qu’ils ont mené depuis plus de dix ans, écrit Rob Rees un responsable d’une organisation humanitaire catholique britannique en Afrique. Car depuis le début du conflit [entre Nord et Sud-Soudan] les Églises du Soudan ont été les principaux acteurs du travail humanitaire pour les Soudanais affectés par la guerre, que ce soit dans les villages du sud ou parmi les vastes camps de déplacés qui s’élevaient un peu partout dans le pays.
Ces Églises n’ont cessé aussi de prôner des négociations plutôt que par l’affrontement armé. Par le Conseil des Églises du Soudan et son équivalent au Sud, les responsables de toutes les Églises et dénominations désormais unis parlent d’une seule voix.
Et dès 2002 les leaders religieux soudanais ont fait une déclaration qu’ils ont appelée “Let my People Choose”, inspirée des textes bibliques racontant la fuite des Hébreux hors d’Egypte. (le fameux Let my People Go).
Dans leur déclaration, ils précisaient clairement que c’était une question de justice que de permettre au peuple du Sud-Soudan d’exercer son droit à l’autodétermination et que tant que ce droit ne serait pas accordé, le sud ne serait pas en paix. »
Les dernières nouvelles d’avant élections (intimidation d’observateurs internationaux, retraits des candidats de partis d’opposition dans nombre de circonscriptions électorales et le conflit armé au Darfour) ne semblaient pas rassurantes sur le processus démocratique en cours. Des craintes se sont exprimées que le gouvernement issu de ces élections ne soit guère crédible « mais, affirme Rob Rees, ce serait une tragédie si l’on prenait prétexte de cela pour remettre en question et torpiller le référendum de janvier prochain. Le conflit reprendrait. Pour les gens du sud, tout ce qui ferait obstruction à leur droit de choisir serait totalement incompréhensible ».
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