Nouvelles
Grande-Bretagne
Un vent de conservatisme
11 avril 2010
A quelques semaines des élections législatives britanniques qui semblent périlleuses pour le parti travailliste au pouvoir actuellement, voilà que le leader conservateur David Cameron introduit dans la campagne la question de l’avortement. Ou plus précisément des délais légaux, actuellement de 24 semaines (12 en France) qu’il propose de réduire à 20-22 semaines.
Ruth Gledhill chargée de l’information religieuses au Times note que ce coup de projecteur sur l’avortement dans une interview donnée au Catholic Herald par Cameron est une indication de l’entrée dans la campagne de prises de position éthiques conservatrices bien dans le style américain.
Surtout sur la question de l’avortement, sujet ultra-sensible en Amérique où s’affrontent pro-life évangéliques et conservateurs contre libéraux défenseurs du droit constitutionnel à l’avortement.
« Mon point de vue c’est que nous devons revoir les délais légaux d’avortement », a déclaré David Cameron, le très sérieux concurrent de Gordon Brown. Mais il a indiqué, toujours au Catholic Herald, que les députés conservateurs garderaient toute leur liberté de vote sur le sujet, « comme c’est normal lorsqu’il s’agit de questions de conscience », ce qui attenue considérablement la portée de sa déclaration vis-à-vis des positions indiscutables de l’Église catholique sur la question.
Cameron s’est aussi élevé contre la légalisation du suicide assisté, « un danger que les malades en phase terminale ne se sentent sous la pression d’en finir avec leur vie ». Les Conservateurs ont aussi bloqué la semaine passée une proposition travailliste d’introduire l’éducation sexuelle obligatoire à l’école, pourtant bien nécessaire si l’on considère que l’Angleterre est le pays européen où il y a le plus de grossesses d’adolescentes.
Le vent du conservatisme souffle aussi du côté de certains chrétiens. Le quotidien britannique The Guardian du 5 avril note que « juste à temps pour les élections, on peut assister à l’émergence d’un bloc de droite dans le christianisme britannique. Nationaliste, socialement conservateur, critique envers l’islam, autoritaire mais se distinguant du BNP (British National Party, le Front national d’outre-Manche) par le fait que nombre de ses membres influents sont noirs, représentant d’Églises noires. »
Et que les personnalités de premier plan sont deux évêques anglicans en retraite, le précédent archevêque de Cantorbéry, le révérend Carey et l’ancien évêque de Rochester, Michael Nazir-Ali connus tous deux pour leurs positions conservatrices. En compagnie du cardinal O’Brien de l’Église catholique d’Écosse, ils ont lancé la Déclaration de Westminster le dimanche de Pâques.
Le programme de ce nouveau groupe, note encore The Guardian « est influencé de manière évidente par les luttes américaines... »
contre l’avortement,
contre la recherche sur embryon,
homophobe
contre le mariage homosexuel
contre la sexualité hors mariage,
contre le divorce,
contre le suicide assisté,
contre l’euthanasie.
Et pour une immigration choisie : oui aux pauvres chrétiens persécutés, spécialement dans les pays musulmans, réticences à une immigration musulmane.
La Déclaration de Westminster affirme encore : « Nous ne nous laisserons pas réduire au silence ou à l’assentiment forcé par aucun pouvoir culturel ou politique et nous rejetterons tout mesure cherchant à dominer nos consciences chrétiennes ou à réduire notre liberté d’expression de notre foi ou de notre pratique religieuse ou de notre soumission à Dieu ».
Impressionnant ce sentiment de forteresse assiégée ! Comme l’écrit Andrew Brown du Guardian : « Ce que ces postures signifient réellement n’est pas clair. Mais ce qui est tout à fait clair par contre, c’est que les chrétiens de Grande-Bretagne doivent se ressentir comme une minorité persécutée, avide de justice. »
L’éditorialiste parle encore de « culture du ressentiment » et s’inquiète de cette « poussée d’un christianisme revendiqué comme une identité tribale dont il faut sauvegarder les privilèges. J’ai peur, conclut-t-il, que dans les prochaines années nous ne découvrions la face inquiétante et aujourd’hui cachée de ce mouvement. »
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