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La Cène de Léonard de Vinci
Les harengs
15 avril 2010
Du pain, du poisson, du sel, des agrumes et du vin. Des aliments qui se trouvent sans l'ombre d'un doute possible dans le tableau de Léonard de Vinci La Cène.
Mais quels agrumes ? Et pourquoi la salière en face de Judas est-elle renversée ? Pourquoi le pain est-il levé, donc déjudaïsé ?
Ces questions et bien d'autres ont interpelé quatre chercheurs de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal. Ils se sont penchés sur la signification des aliments dans la célèbre fresque : « Nous avons voulu savoir pourquoi Léonard de Vinci avait choisi de peindre ces aliments ».
L'idée de l'étude est venue après une émission sur Radio-Canada, où l’on demandait à l’un des chercheurs d'expliquer la valeur religieuse de la nourriture dans le tableau de Léonard de Vinci. Cette nourriture ne correspond pas aux descriptions sommaires des évangélistes qui ont rapporté le dernier repas de Jésus et de ses apôtres. Pour les chercheurs, il est clair que ce peintre de la Renaissance s'est livré à une sorte de jeu symbolique à plusieurs volets. En prenant bien soin de mêler les cartes au passage, histoire de confondre l'observateur.
« Tout se passe comme si nous assistions à un jeu de dupes, de tromperies, de doubles sens », résume un chercheur.
Par exemple, dans le cas de la salière renversée devant Judas, les chercheurs s'interrogent pour savoir si, plutôt que la représentation de la malice de l'apôtre, il ne s'agit pas là d'une réhabilitation de Judas, puisque la salière couchée - signe traditionnel de malheur - illustrerait plutôt sa malchance. Il aurait été désigné pour remplir un rôle ingrat, celui de traître.
Et que dire de la petite assiette vide devant Judas ? « Cela signifie-t-il que Judas s'en est repu et que la tromperie est en lui ? Ou qu'il est le seul à ne pas être dupe ? »
En fait, les chercheurs s'entendent pour dire qu'il y a beaucoup de signes cachés dans le fameux tableau que l'artiste a peint entre 1495 et 1497, en réponse à une commande du duc de Milan, Ludovic Sforza. Le poisson
Le poisson sur la table a aussi donné lieu à des recherches approfondies. Car, s'il est clair qu'il y a des tronçons de poisson sur la nappe, il n'est pas absolument certain qu'il s'agisse de hareng. Ce sont peut-être des morceaux d'anguille que les assiettes contiennent. Et alors ?
Les poissons - anguilles et harengs - ont bien entendu pour fonction de rappeler que la vie de Jésus se passe essentiellement autour du lac de Tibériade et qu'il a choisi plusieurs de ses apôtres parmi les pêcheurs.
Mais il y a évidemment plus dans ce plat de hareng, dans ces assiettes d'anguille. Il y a toute une symbolique biblique - celle de la multiplication des pains et des divers épisodes de pêche miraculeuse. Il y a plus encore. Il y a la peau glissante de l'anguille et son caractère insaisissable, au sens propre comme au sens figuré.
Le mot « aringa » permet de nombreux jeux de mots. Arringa avec un double « r » signifie « discours », voire « endoctrinement », alors que la dernière partie du mot, « inga », peut vouloir dire « ingannare », soit « tromper ».
De plus, dans le nord de l'Italie, on appelle la sardine et le hareng « renga », un diminutif qui évoque le renégat, celui qui nie la religion. L'illustre fresque est une de celles qui ont été les plus copiées et aussi les plus parodiées. On pense à cette composition sur laquelle Marilyn Monroe occupe la place de Jésus et où les disciples sont remplacés par des acteurs qui ont devant eux de l'alcool, de la crème glacée et un gros hamburger !
Il y a quelques jours, un article publié dans The International Journal of Obesity rendait compte de la taille des pains et des plats de La Cène, pour conclure que les portions avaient augmenté de presque deux tiers entre l'an 1000 et l'an 2000.
Il reste que, même si un nombre considérable d'études ont porté sur le tableau, il ne semble pas que les aliments aient été au menu des recherches. Il faut dire aussi que tout était moins clair avant la restauration de l'œuvre, qui s'est échelonnée de 1979 à 1999. Et aujourd'hui, Internet donne accès à la peinture en permettant de grossir certains détails. Mais le mystère quant à la signification des aliments choisis reste pour ainsi dire entier.
La fresque se trouve sur le mur du réfectoire du couvent dominicain de Sainte-Marie-des-Grâces de Milan (1494-1497) Elle a été restaurée en 1999.
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