Nouvelles
Tsunami dans l'Église catholique
15 avril 2010
« Les scandales de pédophilie qui secouent l'Église catholique sont liés à l'homosexualité ». Et en aucun cas au célibat des prêtres. C’est le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État du Vatican, qui l’a affirmé lors d’une visite officielle au Chili la semaine passée.
«
De nombreux psychologues et psychiatres ont démontré qu'il n'y avait aucun lien entre le célibat et la pédophilie mais beaucoup d'autres, ont démontré, et m’ont dit récemment, qu'il y avait une relation entre l'homosexualité et la pédophilie. Cette pathologie touche toutes les catégories de gens, et les prêtres à un moindre degré si l'on regarde les pourcentages », a-t-il poursuivi.
Pour sauver le célibat, écrit Georges Convert, prêtre à Montréal, faut-il déclarer de telles inepties qui concernent des milliers, sinon des millions de personnes ? Je suis prêtre depuis 50 ans et j’ai accompagné des hommes et des femmes d’orientation homosexuelle. Je ne peux que joindre ma souffrance à la leur devant une telle affirmation qui, à ma connaissance,n’a pas de fondement scientifique.
Une telle déclaration atteint tous ceux et celles que la nature a gratifié de cette sexualité homophile et qui ne sont pas des pédophiles.
Au nom de tous ceux et celles qui sont profondément meurtris par cette affirmation, je pense que le Cardinal Bertone doit se rétracter et leur présenter ses excuses.
Aux souffrances des victimes d’abus sexuels, trop souvent ignorées par la hiérarchie, n’ajoutons pas d’autres souffrances chez ceux et celles qui sont déjà si éprouvés par l’attitude de l’Église à leur égard.
De telles déclarations ne peuvent que creuser plus profondément le fossé qui éloigne les personnes d’orientation homosexuelle de l’institution ecclésiale. Puissent-elles ne pas étouffer la voix de Jésus qui continue à être l’ami des marginaux de toute société ! »
Dans un article publié dans « Le Monde » du 4 mars, Hans Küng, théologien catholique allemand avait déjà émis l’idée que pour lutter contre la pédophilie dans son Église, il fallait abolir le célibat des prêtres. Il écrivait, commentant la déclaration du président de la Conférence des évêques catholiques allemands :
« Première affirmation [de celui-ci] : les abus sexuels dus à des prêtres n'ont rien à voir avec le célibat. Objection ! Il est certes incontestable que ce genre d'affaire se produit aussi dans des familles, des écoles, des associations et également au sein d'Églises où la règle du célibat des prêtres n'existe pas. Mais pourquoi le phénomène est-il à ce point massif justement dans les Églises catholiques dirigées par des hommes non mariés ? Bien entendu, ces déviances ne sont pas exclusivement à porter au débit du célibat. Mais celui-ci est structurellement l'expression la plus frappante de la relation crispée qu'entretient la hiérarchie catholique avec la sexualité, celle-là même qui détermine son rapport à la question de la contraception et à bien d'autres. »
Hans Küng écrit encore : « Contrairement à ce qui a cours dans les Églises d'Orient, le clergé occidental, ainsi voué au célibat, apparaît de ce fait comme complètement séparé du peuple chrétien : comme une classe sociale dominante singulière, fondamentalement au-dessus des laïcs, mais totalement soumise à l'autorité pontificale romaine. Or l'obligation du célibat constitue aujourd'hui la cause principale du déficit catastrophique en prêtres, de l'abandon - lourd de conséquences - de la pratique de la communion et dans bien des cas de l'effondrement de l'assistance spirituelle personnalisée.
Une évolution que l'on dissimule, par la fusion des paroisses, derrière l'euphémisme d'« unités d'assistance spirituelle » que l'on confie à des curés déjà totalement surchargés. Quelle est pourtant la meilleure formation pour les générations futures de prêtres ? L'abrogation de la règle du célibat, racine de tous les maux, et l'ouverture de l'ordination aux femmes. Les évêques le savent bien, mais encore faudrait-il qu'ils aient le courage de le dire à haute et intelligible voix. Ils auraient pour eux la grande majorité de la population et aussi les catholiques, dont tous les sondages récents montrent qu'ils se prononcent en faveur du mariage des prêtres. »
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