Nouvelles
La burqa, le niqab
Michel Lascombe, Ghaleb Bencheikh, Djemila Benhabib
26 avril 2010
Depuis la création l’été dernier, à la demande d’André Gérin député communiste du Rhône, d’une commission d’enquête parlementaire sur le port du « voile intégral » en France, la burqa, le niqab, les femmes qui les portent (367 selon le ministère de l’Intérieur) et leur liberté face à la pression d’un certain islam sont au centre des préoccupations politiques. De nombreuses personnalités politiques se sont interrogées sur la pertinence d’une proposition de loi interdisant le voile intégral, que ce soit dans les institutions de l’ État ou dans l’espace public plus généralement.
On a constaté que tout au long des mois passés, la question de la burqa a servi aussi d’alibi dans la majorité présidentielle pour se démarquer du Président et affirmer une légère reprise de liberté de parole. Comme Jean-François Coppé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale se déclarant pour l’interdiction totale avant que la commission parlementaire ait présenté son rapport.
Or Nicolas Sarkozy l’a finalement décidé et annoncé la semaine passée, il va proposer un projet de loi d’interdiction générale du voile intégral en France. Mais la future loi n’en est qu’au début de son périple : vote au Parlement, Conseil constitutionnel puis Convention européenne des droits de l’homme qui jugera de sa conformité.
Enfin, comme le souligne Michel Lascombe, professeur de droit constitutionnel à Lille, cité par 20minutes.fr, le 22 avril : « toute personne jugée en infraction à la loi d’interdiction générale du port du voile intégral pourra aller en appel, en cassation, puis engager un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme. Et cette dernière risque de trouver que l’interdiction va vraisemblablement à l’encontre de la Convention européenne des droits de l’homme. Un risque que le gouvernement est visiblement prêt à prendre »
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Au delà des arguties politiques, une étude du ministère de l’Intérieur relève que le phénomène du voile intégral reste marginal et que ce sont surtout des jeunes femmes de moins de trente ans, volontaires, voire militantes et en milieu urbain qui le portent. Enfin, que 26 % d’entre elles seraient des Françaises converties à l’islam. Donc un phénomène ultra marginal et dans un islam rigoriste et moyenâgeux, le salafisme, qui heureusement ne représente pas l’islam de France.
Alors que les représentants des musulmans se disent unanimement hostiles à une loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public, on les comprend.
Il n’est jamais confortable de se sentir stigmatisé alors même que l’on n’adhère pas à ces débordements.
Mais que ces mêmes représentants de l’islam proposent qu’on règle la question du voile intégral par la pédagogie plutôt que par l’interdiction on peut douter de l’efficacité de la proposition : à entendre les discours de certaines femmes voilées, les gourous fanatiques ne sont pas loin et la posture de persécutées est argumentée religieusement et juridiquement. Et l’on se souvient que la question du « foulard islamique » à l’école a été réglée après des mois d’embrasement par une loi.
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Les réactions de la classe politique, y compris dans le camp de la majorité présidentielle sont loin d’être unanimement en faveur d’une loi. D’autres, comme SOS Racisme, parlent de « simplisme populiste ». Ce projet de loi selon l’association « montre que le débat sur la burqa, bien loin de s'intéresser au sort des femmes qui seraient victimes de cette pratique, est empreint d'une logique populiste contraire aux valeurs du vivre ensemble que chacun prétend pourtant défendre ». Et que les politiques seraient « plus crédibles » s'ils luttaient plutôt contre « les logiques de ségrégation et de discrimination » ou s'ils « évitaient de ne traiter certaines populations qu'à travers le prisme de leur appartenance ethnique ou religieuse. »
Intéressante aussi la réaction de Ghaleb Bencheikh, intellectuel musulman français et actuel président de la Conférence mondiale des religions pour la paix parue dans le quotidien catholique La Croix du 20 février :
« Nous n'avions jamais pensé qu'un jour nous aurions à nous interroger, en France, à propos de ce qu'on appelle le voile intégral. C'est dire que la société française connaît une réelle mutation à côté de toutes ses préoccupations d'ordre économique et social. [...] Mais nous sommes aussi arrivés à cette situation depuis que l'élément islamique a surgi avec acuité dans les débats nationaux, à cause de l'incurie organique propre aux cadres musulmans, ou déclarés comme tels. »
Et Ghaleb Bencheikh de rappeler que si au moment des affaires de foulard au collège de Creil « les voix des hiérarques musulmans s'étaient élevées pour affirmer avec autorité et connaissance que les injonctions coraniques et les paroles prophétiques quant à l'acquisition du savoir et la science sont beaucoup plus nombreuses et impérieuses que de vouloir emmitoufler des fillettes à peine nubiles et compromettre ainsi leur scolarité, nous ne serions pas arrivés à la navrante situation actuelle.
Au contraire, nous avons assisté à la réaction véhémente et victimaire de certaines associations musulmanes. Quelques-unes se sont même endettées pour payer les honoraires des meilleurs avocats, ténors du barreau parisien, afin de plaider leur cause. Et nous connaissons, tous, comment l'affaire du voile à l'école publique a été réglée une quinzaine d'années plus tard.
Souligner cet aspect de la genèse du problème a pour effet de mettre en exergue avant tout, les atermoiements, la pusillanimité et la frilosité des cadres musulmans devant l'offensive » fondamentaliste. De démission en démission, nous nous retrouvons de régression en régression [...]
Voilà qu'une énième polémique enfle au sujet du port du voile dit intégral, faute de meilleure appellation. Et encore une fois, l'attitude de certains hiérarques musulmans paraît, en l'occurrence, ambiguë voire paradoxale. D'un côté, ils nous expliquent, non sans raison, que cette tenue vestimentaire n'est qu'un épiphénomène ultra-minoritaire, y compris dans les courants les plus austères. Elle n'a aucun fondement coranique et n'est recommandée par aucune parole prophétique. [...]
Le port du voile intégral se situerait dans ce cas à l'interface entre les coutumes machistes et misogynes enracinées dans quelques contrées et une compréhension zélée et rigoriste de la pratique religieuse. Auquel cas, ces hiérarques souscrivent à l'idée que ce voile intégral n'est pas le bienvenu sur le territoire national et n'acceptent pas la parenté avérée avec la religion islamique, de cet accoutrement choquant. Sauf que de l'autre côté, ils argumentent leur refus d'une éventuelle loi interdisant le port de ce voile intégral par leur crainte de voir tous les musulmans stigmatisés ! Ils devraient, en principe, être a minima indifférents ou peut-être se réjouir qu'une disposition législative puisse mettre fin à la perversion de leur tradition religieuse par des groupes quasi-sectaires !
A supposer qu'ils n'aient pas à cœur le sort de ces femmes cloîtrées volontaires ou devant subir le diktat du mâle... »
Autre réaction émouvante, celle de Djemila Benhabib, issue d’une famille de scientifiques algériens engagés dans les luttes politiques et sociales. Condamnée à mort pour apostasie parce que féministe et laïque par les islamistes lorsque le Front islamique du Salut (FIS) et le GIA (Groupe islamique armé) ordonnent aux femmes algériennes de porter le voile islamique elle se réfugiera en France puis s’exilera au Québec.
« Je l’ai toujours dit écrit-elle et je le répète encore aujourd’hui, le voile islamique n’est pas un simple vêtement. Il est un élément parmi tant d’autres de tout un système de valeurs qui est incompatible avec nos choix démocratiques. L’attachement de certains, voire leur entêtement à le porter traduit l’état de misère dans lequel a sombré vertigineusement le monde arabe et musulman depuis une trentaine d’années. Le voile islamique est devenu, ici, en Occident, le premier pilier de l’islam alors que de plus en plus de femmes en Iran, au Soudan, en Arabie Saoudite et en Afghanistan le condamnent au péril de leur vie. »
Et puis voilà que le voile islamique rattrape Djemila Benhabib au Québec où féministes et gens de gauche proposent que le voile islamique soit accepté dans la fonction publique.
« Je n’avais nul autre choix que de dénoncer cette prise de position qui nous disait abruptement, à nous femmes de culture musulmane, qu’on doit s’accommoder de l’intégrisme lorsqu’il est musulman et qu’il faut le combattre lorsqu’il est catholique. C’est cette bataille du port des signes religieux dans la fonction publique du Québec qui se joue en ce moment sous nos yeux. Or, rappelez-vous d’une chose, le voile islamique, quel qu’il soit, porte en lui la négation des femmes et leur asservissement. Lorsque les voiles avancent, les valeurs démocratiques reculent et les droits des femmes avec. »
Djemila Benhabib vient de sortir un livre : Ma vie à contre-Coran - Une femme témoigne sur les islamistes , éd VLB (Montréal)
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