Nouvelles
Têtes maories
de Nouvelle Zélande
8 mai 2010
La France restitue 16 têtes maories à la Nouvelle-Zélande. Après le vote solennel à l'Assemblée nationale le 4 mai par 457 voix pour et 8 voix contre, une nouvelle loi autorise la restitution des seize têtes de guerriers maoris détenues par les musées français. Le texte organise pour la première fois « la sortie des collections des musées de France d'une catégorie entière d'éléments et non pas d'un objet déterminé ».
Mais la loi qui a déjà été votée par le Sénat en juin 2009 ne concerne que ces têtes maories et la question d'autres restes humains comme les momies reste ouverte.
La ville de Rouen a été à l'origine de ce texte de loi. Le muséum de Rouen dispose depuis 1875 d'une tête maorie momifiée et ornée de savants tatouages, probablement celle d’un guerrier mort au combat. Cette tête exposée jusqu’en 1996 avait été depuis cachée dans les réserves. La municipalité avait décidé le 19 octobre 2007 la restitution officielle de la tête, mais a été déboutée par la justice au motif du non-respect de la procédure de déclassement.
La Nouvelle-Zélande exige depuis 1980 le retour de quelque 500 têtes dispersées dans les musées de la planète dont 322 ont été déjà restituées, mais « jusqu'à présent, la France ne s'est pas illustrée par son empressement à répondre aux demandes de rapatriement » selon la maire de Rouen.
En fait, les choses n’ont pas profondément changé depuis la bataille en 2002 pour la restitution de la Vénus Hottentote à l'Afrique du Sud. « Une équipe du musée Te Papa, de Wellington, viendra chercher la tête elle-même et à ses frais. » Grâce aux tatouages, les têtes seront ensuite identifiées et inhumées par leur tribu. Selon les croyances, une tête non inhumée condamne l'âme de la personne à l'errance. Le commerce de têtes tatouées avait commencé au XVIIe et au XVIIIe siècle pour fournir les « cabinets de curiosités » des collectionneurs.
Lors de la colonisation de l'Océanie, les collectionneurs occidentaux les ont considérées comme de simples trophées ou des objets rares. Pour combler le manque d’ « articles », parfois des esclaves furent tatoués et ensuite décapités, jusqu’à ce que ce commerce soit interdit en 1831 par le colonisateur britannique. « Il s'agit de bien plus que de simples pièces de musée. Ce sont des restes humains de personnes parfois délibérément exécutées pour satisfaire un trafic exécrable » remarque une députée.
Et lorsque la loi visant à restituer les têtes maoris à la Nouvelle Zélande avait été votée, en juin 2009, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, avait déclaré : « On ne construit pas une culture sur un trafic, sur un crime. On construit une culture sur le respect et l'échange. »
Les autres musées français concernés, loin du volontarisme de Rouen sont réputés réfractaires à toute restitution, défendant ardemment le principe d’inaliénabilité pour ne pas mettre en danger leurs collections. Comme l’écrivait Le Monde en juillet 2009 : « On ne connaît qu’un précédent, en 2002, quand le musée de l’Homme a voulu restituer à l’Afrique du Sud la dépouille de Saartje Baartman, dite la "Vénus hottentote". Il fallut un vote favorable, unanime déjà, de l’Assemblée nationale et du Sénat ».
Huit têtes ont été inventoriées au musée du Quai Branly, huit autres dans des musées en province. Et les musées européens et américains sont confrontés à des demandes croissantes de restitution de restes humains : ossements, squelettes, têtes maori... Des demandes de restitutions qui sont motivées par le fait, comme l’expliquait l’anthropologue Maurice Godelier que « pour de nombreuses cultures, la mort n’est pas la fin de la vie. La personne continue de vivre par les ossements ».
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