Nouvelles
Quand le pape
viendra en Grande-Bretagne
7 juin 2010
On se souvient de la polémique récente surgie à cause de fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères du Royaume-Uni qui avaient en charge le voyage du Pape en Angleterre et en Écosse en septembre prochain. Ils avaient rédigé un programme de visite « alternatif » qui s’attaquait de fait aux positions de l’ Église catholique en matière d’éthique sexuelle en les ridiculisant.
Leur texte, une blague de mauvais goût à usage interne avait « fuité » et le Foreign Office avait dû faire de plates excuses au Vatican.
The Catholic Herald, un hebdomadaire catholique britannique revient, dans son édition du 5 mai sur ce qu’il appelle « un anti-catholicisme au cœur de l’ englishness ». « Englishness », que le dictionnaire traduit par « anglicité » est un mot récent dans son emploi courant par les médias britanniques, né probablement de la confrontation des identités nationalistes renaissantes, écossaise ou galloise avec celle d’Anglais habitués longtemps à un certain impérialisme sur leur île et obligés à se redéfinir en tant qu’Anglais.
Donc The Catholic Herald remarque que les catholiques britanniques ne devraient pas être surpris par l’hostilité manifestée récemment par leurs médias envers le pape :
« Au centre de la psyché nationale, il semble qu’il existe une profonde suspicion vis-à-vis du catholicisme qui semble avoir été ranimée ces temps-ci. Se moquer, même si cela doit en choquer ou en offenser certains n’a rien de surprenant car la satire anti-catholique anglaise est une tradition qui s’enracine au temps [...] de l’excommunication par Rome de la reine Elizabeth 1ère en 1570 ce qui a fourni l’occasion à l’administration royale de propager l’idée qu’il était impossible d’être à la fois un bon catholique et un bon Anglais. »
L’histoire de l’Angleterre a conforté ce point de vue, relève encore The Catholic Herald qui énumère :
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l’attaque de l’Angleterre par l’Armada du roi très catholique Philipe II d’Espagne,
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le complot de Guy Fawkes, un catholique qui tenta de faire sauter le Parlement de Londres et les députés avec,
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la guerre en Irlande au XVIIe siècle où le roi Jacques II, chassé d’Angleterre, reçu le renfort de troupes françaises (catholiques) pour lutter contre les troupes anglaises,
- le soulèvement des Jacobites partisans des Stuart catholiques en Écosse en 1715 et 1745 contre la domination anglaise...
Conclusion de l’hebdomadaire catholique : « Il est aisé de voir combien le sentiment anti-catholique a été nourri dans la conscience nationale. » Et l’« Acte d’émancipation » du catholicisme, en 1829, permit aux catholiques d’être intégrés à part entière dans la nation et finalement d’être membres du Parlement mais pas encore hauts fonctionnaires.
Mais l’annonce de cette loi déclencha des manifestations de rue dans Londres au cri de « no popery » (popery un mot péjoratif pour désigner le pape).
« Rome était assimilée à Babylone, continue The Catholic Herald et le pape était sa prostituée, l’Antichrist dont les fidèles étaient réduits en esclavage et prêts à assassiner avec joie tous les bons protestants dans leur lit si l’occasion leur en était donnée. »
Christopher Hibbert, un historien populaire anglais de l’époque victorienne décrivait ainsi le pape comme « un ennemi invisible, semblable à un esprit, qui se dissimule derrière d’affreux nuages d’encens dans une ville satanique du Sud appelée Rome. » Et il faudrait être naïf pour croire que même après l’abolition au XIXe siècle des lois d’exception concernant le catholicisme, la suspicion ait disparu dans la mentalité populaire que cette religion était sous influence étrangère et que les catholiques n’étaient pas tout à fait anglais.
The Catholic Herald conclut que même si l’anti-catholicisme ne se manifeste plus dans la grande presse et que de fortes personnalités dans le clergé catholique ont su se faire respecter, « l’histoire nous montre que le doute demeure sur le catholicisme, au cœur de l’identité britannique. Personne aujourd’hui ne croit sérieusement que le pape vient en septembre pour recevoir la soumission de la reine, pour dissoudre le Parlement et gouverner en rétablissant l’Inquisition. Il reste cependant un dédain particulier vis-à-vis de l‘Église catholique distinct du malaise religieux général. Le pape n’est plus le diable, l’Antichrist, mais le sentiment anti-catholique et l’hostilité vis-à-vis de la personne du pape peut s’exprimer encore dans les médias britanniques en référence à l’histoire ».
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D’autres remous sont prévus d’ici la visite d’ État du pape en Angleterre et en Écosse en septembre. Par exemple la chaîne de télévision Channel Four a annoncé la semaine passée qu’un documentaire sur le pape serait programmé peu avant l’arrivée de Benoît XVI et l’émission présentée par l’activiste Peter Tatchell, bien connu pour sa défense des droits et de la dignité des homosexuels et sa critique constante contre l’interdiction du préservatif ou la condamnation de l’homosexualité par Rome.
Des personnalités catholiques ont immédiatement réagi et Ann Widdecombe, ancienne députée du parti conservateur et transfuge de l’anglicanisme après l’ordination de femmes prêtres a déclaré au Telegraph que « ce choix de Peter Tatchell confirmera l’idée déjà probablement partagée au Vatican que [l’Angleterre] est un pays profondément anti-catholique. Les dirigeants de Channel Four font cela pour la publicité, pour attiser la controverse. »
Réponse de Peter Tatchell : « J’entends m’assurer que les voix des défenseurs du pape seront entendues, comme ses critiques. Ce ne sera pas un programme anti-catholique, j’ai une grande sympathie pour les catholiques de base qui désirent une Église plus ouverte, démocratique, libérale et inclusive. Le mouvement “Nous sommes l’ Église” est remarquable. Je le salue. »
Et il ajoute que certains catholiques comme ceux de la théologie de la libération Gustavo Guterriez ou Leonardo Boff ou encore Mgr Oscar Romero, l’archevêque du Salvador assassiné sont parmi ses inspirateurs. Un porte-parole de la chaîne télévisée Channel Four a précisé de son côté que Peter Tatchell, « une voix critique du pape depuis longtemps questionnera les positions de Benoît XVI sur une certain nombre de sujets comme le préservatif, l’homosexualité, la fivette contre la stérilité et examinera durant l’émission l’impact que ces positions ont dans les pays en voie de développement comme en Occident. »
Quant au directeur adjoint du think tank chrétien britannique Ekklesia, il remarque que « dans une société et des médias en bonne santé, on devrait être capable de discuter d’un grand nombre de sujets dans et hors des Églises. Dans une culture religieuse pluraliste, il est spécialement important que les communautés chrétiennes soient capables d’entendre et de respecter des points de vue incisifs comme d’autres amicaux et moins passionnés. Peter Tatchell est un homme d’immense courage moral qui a expérimenté lui-même la douleur qu’une certaine sorte de religion peut provoquer. [...] Cela rappelle aux Églises que dans une culture post-chrétienne, elles ne possèdent pas le droit d’interpréter et de commenter leur histoire, leurs croyances et leurs actions. »
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