Nouvelles
Religions au Moyen-Orient
14 juin 2010
Les responsables d’un Centre judéo-chrétien situé à Efrat en Cisjordanie ont récemment exprimé leur « préoccupation » devant le déclin de la présence chrétienne au Proche-Orient. Durant les 50 dernières années, remarquent-ils, la population chrétienne dans la région a diminué de façon significative et ce mouvement s’est accéléré ces dix dernières années. Et si Israël est crédité d’une population chrétienne en augmentation, cela tient, relèvent les observateurs, au fait que le travail domestique et manuel est effectué aujourd’hui par des populations asiatiques qui ont remplacé les Palestiniens.
Selon le centre, il y aurait actuellement quelque 120 000 Arabes chrétiens et 30 000 chrétiens non-arabes, citoyens d’Israël. Mais alors que les chrétiens au Liban étaient majoritaires naguère, ils ne sont plus que 30 % de la population libanaise. Quatre maronites sur cinq ont quitté le pays.
De même les chrétiens assyriens d’Irak sont partis, les coptes quittent l’Égypte parce que persécutés, en Iran les droits des chrétiens ont été restreints. Il n’y aucun citoyen chrétien en Arabie Saoudite et les soldats américains et les travailleurs étrangers sont interdits de pratiquer publiquement.
La conversion d’un musulman au christianisme est un crime au Proche-Orient. La déclaration du Centre judéo-chrétien remarque encore que dans les territoire palestiniens (c’est-à-dire la Cisjordanie et la bande de Gaza) des villes comme Bethléem, Ramallah, Gaza, se sont vidées en partie de leur population chrétienne depuis qu’Israël a cédé ces villes à l’Autorité palestinienne ou que le Hamas contrôle Gaza de fait.
Les observateurs critiquent vivement le fait que nulle part dans ce communiqué, n’est mentionnée l’occupation des terres palestiniennes par Israël, ni l’intense pression en Israël même que subit la population palestinienne, chrétienne ou pas d’ailleurs. Pourtant, les observateurs de la région dénoncent, comme faussée, l’analyse du centre judéo-chrétien : d’abord parce que l’interprétation sur la situation en Israël-Palestine ne mentionne jamais le blocus de Bethléem et d’autres territoires mais cherche surtout à suggérer que le déclin des populations chrétiennes est dû à l’Autorité palestinienne qui en a repris le contrôle.
Or, à Jérusalem, le nombre de chrétiens qui était de 30 000 quand la Jordanie a conquis la ville en 1948 est tombé à 10 000 lorsqu’Israël en a repris le contrôle en 1967 et actuellement, les chrétiens dans la Jérusalem israélienne sont 15 000, mais leur nombre diminue à nouveau.
Le Centre judéo-chrétien note tout de même que « les chrétiens souffrent du manque de logements à Jérusalem et occasionnellement de discrimination et d’hostilité de la part des Israéliens. Le gouvernement israélien doit travailler à résoudre ces problèmes pour atteindre son idéal démocratique et pour que les droits de tous ses citoyens, indépendamment de la race ou de la religion soient protégés. »
La situation des communautés chrétiennes historiques au Proche et au Moyen-Orient est effectivement inquiétante et des appels se sont faits entendre de la part des responsables d’Églises sur un plan mondial. Mais le think tank Ekklesia qui commente la déclaration du Centre judéo-chrétien d’Efrat pointe aussi du doigt un problème sérieux dans cette région à savoir « l’activité de groupes missionnaires chrétiens américains et autres, qui apportent leur soutien sans faille au projet sioniste [Israël tout entier est la terre promise au seul peuple juif] et leur manque total de respect pour les fidèles des communautés chrétiennes historiques et les souffrances qui résultent de l’occupation par Israël [des terres palestiniennes] et du blocus militaire [qu’il maintient au déni de toute justice]. »
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Le 2 juin, lors d’une réunion organisée par le Centre de recherche et d’information Israël/Palestine, des responsables d'Églises à Jérusalem ont affirmé que la religion doit jouer un rôle « prophétique » dans les efforts de paix au Moyen-Orient.
« La religion doit être un élément de la solution [de paix], a ainsi déclaré le révérend Munib Younan, évêque luthérien à Jérusalem et en Jordanie et l’un des vice-présidents de la Fédération mondiale basée à Genève. Au lieu de se laisser utiliser à mauvais escient par les groupes extrémistes juifs, chrétiens et musulmans, la religion doit être prophétique, catalyser la réconciliation et proposer une éducation à la paix.
Quand la religion cherche à s'ingérer dans la politiquealors elle en devient l'une des plus grosses difficultés, au lieu d'être une solution. La religion devient dangereuse lorsqu'elle est interprétée comme un programme et qu'elle devient le scenario d'un livre saint. »
Selon lui, les responsables religieux doivent ramener leurs fidèles aux fondamentaux de la religion : « Aimer Dieu et aimer son prochain. »
Parmi les autres participants à la réunion figuraient le rabbin Michael Melchior, ancien membre de la Knesset, le Parlement israélien, Mohammed S. Dajani, fondateur et directeur du Wasatia Islamic Movement Palestine et Deborah Weissman, présidente du Conseil international des chrétiens et des juifs.
Selon cette dernière, « Nous devons nous efforcer de refléter dans chacune de nos cultures les aspects de notre culture religieuse qui encouragent l'ouverture » tout en soulignant qu'il existe « un affrontement au sein même des religions entre les forces de l'extrémisme et celles de la modération et de la tolérance. »
Pour l'évêque Younan, l'éducation à la paix est un élément crucial pour que la religion puisse jouer un rôle et contribuer à instiller de vraies valeurs de tolérance chez les enfants et les jeunes. « La tolérance n'est pas simplement l'absence de haine, mais... la création d'une espérance et de valeurs partagées pour l'avenir », a-t-il expliqué.
Le centre qui a organisé la réunion se décrit comme une institution commune d'Israéliens et de Palestiniens consacrée à la résolution du conflit israélo-palestinien sur la base d'une solution à « deux États pour deux peuples. »
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