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États-Unis


Religion et politique

font bon ménage

 


16 octobre 2011

Religion et politique font bon ménage aux Etats-Unis. Et en ces temps de campagne électorale plus encore. Selon une étude de l’Université américaine Baylor, une université chrétienne affiliée à la Convention baptiste du Texas, les 3/4 des Américains croient que Dieu a un plan pour leur vie. Et que ce sont ceux qui sont le plus attachés à cette croyance (4 sur 10) qui adhérent le plus à la philosophie économique du mouvement ultraconservateur Tea Party.
Ainsi, ces « croyants » sont plus susceptibles que les autres Américains de penser qu’il y a « trop d’Etat », que les personnes valides ne devraient plus percevoir d’indemnités de chômage, et que quels que soient ses mérites, il faut travailler dur pour obtenir la bénédiction divine et le succès.

L’enquête révèle aussi que ce sont les protestants noirs qui sont les plus attirés par ces idées (71 %) et les évangéliques (55 %). Catholiques et protestants traditionnels sont 42 % a défendre ces idées tandis que les sans religion et les juifs ne sont que quelque 3 %.

Un sociologue de l’Université Baylor relève, à propos de cette enquête que ces croyants américains adhèrent de fait aux théories du libéralisme économique pour une question de foi. Ils croient que l’économie fonctionne parce que Dieu la veut ainsi.
« C’est un nouvel idéalisme économico-religieux que prêchent les politiciens qui invoquent Dieu et clament qu’il faut moins de gouvernement », explique un sociologue qui a participé à l’enquête.
Et Dieu fait évidemment pencher la balance en faveur de ceux qui demeurent de vrais croyants industrieux. Cette « économie théologique » est revendiquée avec force par les candidats républicains Rick Perry, actuel gouverneur du Texas et Michele Bachman, représentante du Minnesota, égérie du Tea Party et tous deux de tendance évangélique.
Et elle fonctionne puisque « nombre d’électeurs pensent qu’un désengagement de l’Etat (il faut favoriser au maximum l’action individuelle et les initiatives privées) et un faible taux d’imposition font partie du plan de Dieu », commente le sociologue.

Cette approche fonctionne aussi sur le plan politique puisque, contre toute attente, ce sont les Américains aux revenus les plus modestes qui sont les plus enclins à penser que Dieu a un plan pour leur vie et que le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins comme le prône le programme du parti républicain. Seuls les Noirs américains croient que si Dieu gouverne leur vie cela s’accompagne d’un gouvernement fort.
L’hebdomadaire protestant italien Riforma qui rend compte de cette enquête ajoute que « malgré l’augmentation de la précarité économique, cet optimisme populaire est démontré par un récent sondage Associated Press/CNBC [une chaîne de télévision spécialisée dans l’économie] qui montre que « 2 Américains sur 10 pensent devenir millionnaires dans les 10 prochaines années. »
Stupidité, tonnent les opposants à ces idées : ce sont les personnes les plus vulnérables financièrement qui adhèrent à cette pensée magique délivrée par les prédicateurs de « l’évangile de la prospérité ». De leur chaire télévisuelle, ces télévangélistes sollicitent les dons qui en retour apporteront, disent-ils, des bénéfices économiques à leurs téléspectateurs. En attendant, c’est eux qui en tirent des bénéfices !

Mais la popularité de cet « évangile de la richesse » pourrait bien influer sur le projet de « justice économique » que le président Obama essaye de mettre en place ce qui signifie, entre autres, augmenter les impôts des plus riches. Les républicains accusent Obama de vouloir instaurer « la lutte des classes » avec son programme... Un message qui pourrait bien favoriser le vote républicain dans la classe moyenne et chez les ouvriers où un certain nombre d’électeurs croient qu’avec « l’aide de Dieu » ils pourrait bien accéder à la catégorie des nantis et que Washington (et les démocrates au pouvoir) veulent les en empêcher.

 

 

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Dans cette course aux primaires américaines
, les candidats les plus modérés ne font que de la figuration. « A droite toute. Pour gagner il faut séduire sa base électorale. [...] Et l’émergence du Tea Party force les candidats à faire campagne sur des thèmes ultra conservateurs. Ainsi lors d’un débat récent de ce mouvement, la question est posée d’un homme sans assurance maladie qui a besoin de soins intensifs. Si l’orateur hésite, la salle répond pour lui que la société devrait le laisser mourir. L’orateur tempère que « l’Eglise est là pour s’occuper des plus démunis »...

La salle applaudira aussi lorsque le gouverneur du Texas et candidat républicain à la présidence Rick Perry est crédité de 234 exécutions de condamnés à mort, plus que tout autre gouverneur des Etats-Unis. Il répond qu’il n’a pas de problème pour dormir la nuit...
Le même homme avait aussi remis en question l’origine humaine du réchauffement climatique et s’est comparé à Galilée, dans son combat contre l’opinion établie.
Il veut aussi, vieille rengaine de la droite religieuse fondamentaliste, que l’on enseigne les thèses créationnistes à l’école sur le même plan que celles de l’évolution.

Quant à son rival, le mormon Mitt Romney, il affirme que si « la science a du bon la seule chose en laquelle on peut croire, c’est Dieu ».

Enfin, il a fallu l’intervention de très nombreuses associations médicales américaines pour corriger l’affirmation péremptoire et fausse de la candidate républicaine Michele Bachman qui estimait que le projet au Texas de vaccination des adolescentes contre le papillomavirus humain responsable du cancer de l’utérus pouvait causer « un retard mental ». Elle aurait mieux fait de dire qu’elle était pour des raisons idéologiques et religieuses contre les relations sexuelles des adolescentes, ce qui après tout est son droit !

 

 

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Le quotidien américain The Miami Herald, dans un article paru le 8 août dernier, a listé la religion des 44 présidents des Etats-Unis : 11 épiscopaliens (anglicans), 8 presbytériens, 4 méthodistes et 4 baptistes plus quelques membres d’Eglises congrégationalistes, réformée hollandaise ou Disciples du Christ.
Le président Obama fréquentait une Eglise protestante traditionnelle à Chicago mais depuis son élection il a fréquenté des Eglises protestantes majoritairement noires. Le seul président clairement hors de cette tradition a été le catholique John Kennedy.

Actuellement, les candidats en lice pour le parti républicain ne sont membres d’aucune dénomination protestante traditionnelle qui a si longtemps dominé la culture politique américaine. Deux sont mormons, un appartient à une église évangélique, deux sont catholiques et Michele Bachman est membre d’une église luthérienne conservatrice.

La diversité d’appartenance religieuse dans le parti républicain marque, de fait, le déclin des grandes Eglises traditionnelles protestantes pour faire la place à des communautés évangéliques.
« Un changement structurel, remarque The Miami Herald : naguère, les oppositions religieuses se jouaient entre protestants, catholiques et juifs. Aujourd’hui, les divisions se font entre conservateurs et libéraux à l’intérieur de chaque dénomination. Le jour de l’élection, les protestants conservateurs ont plus en commun avec les catholiques conservateurs qu’avec des presbytériens libéraux. »

On note aussi un « God gap », dans la politique américaine entre un croyant pratiquant (plus porté à voter républicain) alors qu’un pratiquant irrégulier a tendance à voter démocrate, quelle que soit sa dénomination. Un politologue américain dit même : « Si je sais que vous dites tous les jours le bénédicité avant chaque repas, je peux prédire votre vote. » (La plupart des 44 % d’ Américains qui disent le bénédicité votent républicains ce qui expliquent que tant de candidats républicains viennent de milieux religieux conservateurs qui plaisent à leurs électeurs).

Un problème demeure, la plupart des évangéliques ne croient pas que les mormons soient réellement chrétiens. Alors voter pour un non-chrétien, même conservateur... Il demeure que la plupart des électeurs veulent des candidats qui professent ouvertement leur foi. Ce qui ne laisse aucune chance à un candidat athée de faire sa place dans la politique américaine !
« Vous savez qu’une élection se prépare quand les candidats fréquentent à nouveau l’église », dit un responsable du Centre d’éthique et de politique publique (Ethics and Public Policy Center, Washington), un groupe de réflexion.
De fait, c’est un test religieux que passent ceux qui prétendent accéder à la magistrature suprême... Cela rassure les électeurs.

 

 

 

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Le 10 octobre, la correspondante du « Monde » parlait de « luttes fratricides » à propos de la primaire républicaine. Ainsi le candidat mormon Mitt Romney a-t-il été victime d’une violente attaque par le camp du gouverneur du Texas, Rick Perry. Une attaque par pasteur interposé et qui portait non pas sur son programme mais sur sa religion !
Le pasteur Robert Jeffress, de l’église baptiste de Dallas dont le gouverneur du Texas Rick Perry est membre a appelé ses fidèles à voter pour lui au motif qu’il manifeste « un attachement sincère aux valeurs bibliques, un vrai disciple du Christ. »

Et dans les couloirs le pasteur s’est lancé dans une attaque en règle contre « le mormonisme qui ne fait pas partie de la chrétienté » selon lui.
Le Monde rappelle qu’en 2008, le mormon Mitt Romney avait déjà essuyé une défaite en Caroline du Sud, un fief des évangéliques et un Etat déterminant aujourd’hui encore pour lui. Le pasteur Jeffress a enfoncé le clou lors d’émissions de télévision : « Il n’est pas politiquement correct de le dire mais le mormonisme est une secte », en se retranchant derrière la position de la Convention baptiste du Sud ultra conservatrice et fondamentaliste, la dénomination protestante la plus importante aux Etats-Unis avec 16 millions de fidèles.

Quant à l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, l’appellation officielle de l’Eglise des mormons, elle est en expansion et compte 6 millions de fidèles aux Etats-Unis dont le chef des file des démocrates au Sénat, ou encore Stephenie Meyer l’auteur de Twilight (une histoire de vampire adolescent amoureux) ou Glenn Beck présentateur à Fox News, la chaîne ultra conservatrice de Rupert Murdoch.

 

 

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