Nouvelle
Religion aux États-Unis
23 mars 2012
Le président américain Barack Obama avait annoncé un projet de loi qui obligerait les employeurs, y compris les organisations religieuses telles que les paroisses, les hôpitaux ou les universités à fournir à leurs employés une assurance santé couvrant les frais de contraception et d’avortement. Le projet de loi devait protéger « la santé des femmes », selon le Président. En période électorale, tout est bon à prendre pour contrer l’ennemi et la fronde des républicains contre ce projet de loi le montre bien.
Il y avait aussi l’opposition frontale des évêques catholiques mais aussi de groupes religieux comme la Ligue catholique qui accusaient le gouvernement fédéral de violer les principes de leur foi. Un certain nombre d’outrances verbales ont semble-t-il changé l’atmosphère.
L’agence américaine de nouvelles religieuses Religion News Service, écrivait par exemple cette semaine :
« L’un des problèmes des évêques [catholiques], est le terrain politique mouvant et incertain. A cause, en grande partie, des commentaires épouvantables contre les femmes et la contraception faits par l’animateur de radio conservateurRush Limbaugh et d’autres [comme Rick Santorum, candidat à la présidence et catholique intégriste], l’opinion publique semble pencher en faveur du projet de la Maison-Blanche. Les députés républicains paraissent moins opposés à voter la loi et la Maison-Blanche exploite cette hésitation en réaffirmant le soutien du Président à défendre le droit à une assurance santé couvrant la contraception et l’avortement. »
Les médias ont largement couvert, il faut le rappeler, les insultes proférées à l’antenne par l’animateur-star de radio Rush Limbaugh contre Susan Fluke, l’étudiante qui avait témoigné devant une commission du Congrès en faveur du remboursement de la contraception, un point de la réforme annoncée par le Président. Elle avait été prise pour cible directement à l’antenne et traitée de « salope » et de « prostituée » : « Elle veut être payée pour ses ébats sexuels […] Elle veut que ce soit vous et moi et les contribuables qui la payent pour ses ébats sexuels. »
Et Limbaugh proposait en échange qu’elle poste des vidéos afin que tous puissent en profiter ! Le président Obama avait appelé la jeune femme pour la remercier d’avoir témoigné et une campagne anti-Limbaugh se développe pour que les radios boycottent ses émissions.
Enfin, l’amendement proposé par les sénateurs qui aurait permis à tout employeur de refuser de payer le remboursement des frais de contraception au nom de principes moraux n’est pas passé.
« Mais, relève l’article du Point, les conservateurs ont mal calculé leur coup. Car leur croisade anti-contraception s'est retournée contre eux. Même dans leur propre camp, il y a eu des protestations. “On se croirait revenue à une autre ère”, a déclaré la sénatrice Olympia Snowe. Une enseignante à la retraite confiait au New York Times : Si les candidats républicains “se mettent à décider des questions de sexualité féminine, je ne vais voter pour aucun d'entre eux. C'est un sujet qui ne concerne que nous”. Electoralement, l'attaque contre la pilule semble la dernière des idioties. D'abord parce que les sondages montrent que 99 % des femmes qui ont une vie sexuelle ont utilisé à un moment un produit contraceptif, ce qui fait passer les républicains pour une bande de vieux schnocks rétrogrades et puritains. Ensuite parce que cela a fait remonter la cote de popularité de Barack Obama auprès de l'électorat féminin. […] La vraie bataille, pourtant, se situe au niveau des Etats où de plus en plus de lois grignotent les droits de la femme […] Mais c'est surtout à l'égard de l'avortement que les lois se durcissent. »
Une fois encore on est bien dans une campagne électorale à l’américaine où l’on n’échappe pas à la question de l’avortement et cette fois-ci de la contraception.
« On croit rêver,commente Le Point. Que la contraception soit devenue l'enjeu des élections de 2012, alors que le pays traverse une très grave crise économique et que plus de 8 % de la population est au chômage, apparaît totalement ahurissant. C'est d'autant plus délirant que les républicains sont les premiers à crier contre l'Etat Big Brother qui, disent-ils, s'immisce constamment dans la vie privée par ses lois et ses réglementations contraignantes. »
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Dans un hors-série du « Point », Denis Lacorne, politologue et enseignant à Sciences-Po Paris rappelle que « les Pères fondateurs » des Etats-Unis étaient des laïcs, pour la plupart athées.
« La Constitution fédérale rédigée en 1787 et ratifiée en 1788 est laïque en ce sens qu'elle ne mentionne ni Dieu, ni la Bible, ni de quelconques origines chrétiennes. Elle interdit même tout serment d'allégeance de nature religieuse pour l'obtention d'un emploi ou la nomination à un poste électif, et elle exige du président un serment laïc de défense de la Constitution. C'est à partir de cette expérience politique que se développe un premier récit fondateur, marqué par la philosophie des Lumières. Pour les Pères fondateurs, la seule source d'autorité légitime résidait dans le peuple souverain, seul capable de donner son consentement pour une nouvelle Constitution. L'Etat fédéral est fondamentalement laïque. »
Et si le Président prête serment d’allègeance sur la Bible ? lui demande-t-on « Cela n'est pas prévu par la Constitution. C'est une coutume empruntée au parlementarisme anglais et inaugurée par George Washington, le premier président de la nouvelle République fédérale. John Quincy Adams, le sixième président des États-Unis, ne prêta pas serment sur la Bible, mais sur un recueil de lois. Un autre élu, le représentant démocrate du Minnesota, Keith Ellison, a prêté serment en 2007 sur un exemplaire du Coran. Chacun fait ce qui lui plaît, même si la tradition du serment sur la Bible prédomine. »
Jefferson, l’une des icônes de l’Amérique, « il était déiste, à la Voltaire, répond Denis Lacorne. Elu président, Jefferson réécrivait les Evangiles en les purgeant de tous les miracles. Cette “Bible de Jefferson” se termine sur Joseph d'Arimathie roulant une pierre devant l'entrée du tombeau de Jésus. Ni miracle ni résurrection. Jésus pour Jefferson n'est rien de plus qu'un sage, comme Socrate. »
Quant aux Pilgrim Fathers, récit fondateur qui remplace celui des Lumières au 19e siècle, il introduit l’importance de la religion et notamment du protestantisme puritain dans la fondation de l’Etat américain.
« Et c’est bien ce récit que revendiquent aujourd’hui la plupart des candidats républicains aux primaires présidentielles, dit Denis Lacorne. Romney et Gingrich accusent Obama de mener “une guerre contre la religion” en donnant trop de place aux droits à la contraception ou à l'avortement. »
Ces « abominations contre la religion »... Le politologue parle ainsi de « cabale des dévôts » et le droit de refuser une couverture complète à leurs employés se fera au nom de « la liberté religieuse ».
Et pourtant, le premier amendement à la Constitution interdit, relève Denis Lacorne, « toute Eglise officielle et donc toute manifestation privilégiant une religion particulière ou plus généralement la religion par rapport à l’irréligion. C'est pourquoi la grande ambition des candidats républicains, s'ils accèdent au pouvoir, est de changer la composition de la Cour suprême [vraie gardienne de la laïcité] et de nommer des juges conservateurs. [...]
Et contrairement à ce visage souvent bigot et intolérant de l’Amérique, il n’y a pas que des "born again Christians” les “sans religion” existent !
Ils représentent 26 % des 18-29 ans et votent massivement pour ObamaC'est la face cachée de l'Amérique moderne : la montée lente et inexorable des sans-religion dont le nombre a doublé en l'espace de vingt ans. »
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