Nouvelles
Les « indignés »
31 octobre 2011
« United for global change » (Unis pour un changement global ) appelait, le 15 octobre dernier via les réseaux sociaux et le site 15october.net à protester contre les inégalités sociales, le chômage, les désordres de la finance internationale, le manque de projets porteurs en politique.
La sociologue Monique Dagnaud dont l’interview est publiée sur le site du quotidien La Croix résume ces mouvements de protestation des « indignés » en Europe et aux Etats-Unis qui « s’opposent farouchement aux élites et au partage des richesses démesurément inégal des quinze dernières années ».
Mais ces indignés représentent aussi leurs familles. Celles-ci se sont sacrifiées pour aider les jeunes à avoir des diplômes et sont donc solidaires. [...]
C’est un fait important en Italie, ou en Espagne [d’où le mouvement des indignés est parti]. La sociologue analyse aussi « une forme nouvelle de protestation qui tient à des moyens de communication portables, réseaux sociaux qui permettent de rassembler un grand nombre de personnes de manière rapide, quasi spontanée. Ensuite, dit-elle encore, les protestataires se donnent rendez-vous dans des lieux symboliques, Wall Street (à Washington) ou la Puerta del Sol (à Madrid) et les occupent durablement. Cette démonstration visuelle est très différente d’un défilé qui, lui, disparaît. Enfin, il n’y a pas de leader, pas de porte-parole, ce qui s’explique, selon elle, par la culture internet, très égalitaire et partageuse… Cette absence de porte-parole est aussi le signe d’un rejet de la scène politique traditionnelle. Lors des précédents mouvements étudiants ou en Mai 68, il y avait des idéologies, un lien avec des partis ou des syndicats, une attente des institutions. Aujourd’hui, je constate que les jeunes espèrent influencer les politiques, mais ne souhaitent pas prendre leur place. »
Il reste que l’on peut être inquiet, remarque la sociologue : « Les problèmes de la jeunesse, absolument essentiels, ne font pas partie de l’actualité brûlante. N’étant pas habitués à ces formes d’expression, qui pourtant leur paraissent puissantes, les politiques sont démunis. »
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« Indignés » d’Espagne, « indignati » d’Italie, « décidés » de Grèce, « collectif 15 octobre » du Portugal, mouvements citoyens en Allemagne où le livre de Stéphane Hessel « Indignez-vous ! » a été un best-seller, « Occupy Wall Street » à New York. Enfin Londres. Un collectif « Occupy London » appelait à occuper, le 15 octobre, la City, le cœur financier de Londres.
Le 16 octobre, le chanoine de la cathédrale St Paul le révérend Giles Fraser demandait à la police de quitter le parvis de la cathédrale où les manifestants s’étaient installés sous des tentes après avoir été chassés des abords du Stock Exchange (la Bourse) de Londres. La police avait annoncé qu’elle comptait déloger les manifestants « pour maintenir l’intégrité de la cathédrale ». Et où étaient les membres du chapitre et le doyen durant les violences policières, alors que les manifestants, non-violents, ne présentaient aucun danger pour la cathédrale ? se demandait une journaliste sur le site du think tank chrétien britannique Ekklesia.
Réponse : Le chancelier de la cathédrale Giles Fraser déclarait qu’il partageait certaines des revendications des manifestants mais qu’il n’était pas contre le capitalisme en lui-même contrairement à la déclaration de l’association Christian Solidarity et d’autres mouvements chrétiens, qui dénonçait le système économique global comme contraire à l’amour et à la justice de Dieu.
Enfin, coup de théâtre, le chancelier Giles Fraser annonçait qu’il démissionnait de sa charge à la cathédrale St Paul. Désavoué par l’évêque anglican de Londres et le doyen de la cathédrale qui demandaient aux manifestants de quitter les abords de la cathédrale pour des raisons d’hygiène.
Mais aussi pour des raisons financières : les touristes s’étaient faits rares, puis la cathédrale avait fermé ses portes. Or, cette contribution est vitale pour l’entretien de la cathédrale, à la charge des fidèles, comme toutes les autres bâtiments ecclésiastiques au Royaume-Uni.
Giles Fraser est un prêtre anglican progressiste de l’Eglise d’Angleterre. En annonçant sa démission, il déclare que « le chapitre de la cathédrale a entrepris une action (demander à la police de déloger les manifestants) qui pourrait signifier qu’il y aurait de la violence au nom de l’Eglise. »
Le porte-parole du mouvement Occupy London Stock Exchange a exprimé son « émotion » et celle du groupe devant cette démission : « Giles Fraser est un homme d’une grande honnêteté et nous pensons à lui. Il a respecté notre droit à protester et l’a défendu. Nous lui sommes très reconnaissants d’avoir assuré que St Paul pouvait être un refuge pour nous et qu’aucune violence ne s’exercerait contre des manifestants pacifiques et dont la cause est légitime. »
La porte-parole du mouvement a ajouté que « un pareil courage est très stimulant. Il nous donne l’assurance que ce que nous faisons est important [...] J’espère que nous réussirons suffisamment bien pour que cela justifie les sacrifices [de ceux qui nous soutiennent] »
Commentant l’attitude de l’évêque anglican de Londres envers ceux qui manifestent contre l’injustice économique de quitter l’enceinte de la cathédrale St Paul, Jonathan Bartley, directeur-adjoint du think tank chrétien Ekklesia déclarait au quotidien anglais The Independent : « Nombre de chrétiens se sentent gênés par l’attitude de l’évêque Chartres. C’est une occasion manquée pour l’Eglise [anglicane] de montrer qu’elle est du côté du peuple plutôt que du côté du système économique dominant. »
Ce même Johan Bartley qui après le crash financier appelait l’Eglise « à redéfinir ses investissements financiers et à repenser ses contributions financières à la fois dans les communautés locales et pour un peu plus de justice dans le monde. Pour une nouvelle économie qui mette les humains et la planète en première ligne. L’Eglise anglicane ne sera pas seule : il y a le travail du Conseil œcuménique des Eglises, la réflexion sur l’économie qui se mènent dans la famille réformée et d’autres. A l’époque des fonds écologiques, des banques coopératives, du micro-crédit, du troc etc, devenus plus attractifs depuis les turbulences financières des deux dernières années, il y a aujourd’hui plus que jamais des possibilités de choisir et peu d’excuses pour l’inaction. »
Dans un monde injuste, l’économie doit être revue à la lumière subversive de l’Evangile.
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Un chapelain de la cathédrale St Paul chargé de la pastorale des visiteurs a aussi démissionné en regrettant publiquement que le clergé de la cathédrale, doyen en tête, ne soit pas capable d’entrer en dialogue avec les manifestants et qu’il ne sache que demander à la justice l’éviction des manifestants. D’autres voix s’élèvent accusant fermement l’establishment de l’Eglise d’être déconnecté de la réalité dans sa manière de gérer cette crise, « ridicule et incapable de montrer qu’elle a encore un rôle : celui d’être la voix des sans-voix dans une société fracturée. »
L’Eglise anglicane elle-même se révèle fracturée de l’intérieur à lumière de ces événements. Ainsi l’évêque anglican de Buckingham qui accuse la gouvernance de la cathédrale, évêque de Londres en tête, d’être incapable de s’engager dans le monde réel et de se conduire comme de vieux écoliers élitistes jouant à l’intérieur de leur Disneyland (la cathédrale).
Enfin, c’est le doyen de la cathédrale lui-même, le Rev. Graeme Knowles, qui vient de démissionner à son tour en déclarant : « Il est devenu tout à fait clair que les critiques de la cathédrale est devenue si impmortantes dans la presse, les média eet l’opinion publique, que ma position en tant que doyen était devenue intenable ».
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