Nouvelle
Sarah Palin et
l'élection américaine
9 septembre 2008
Depuis l'annonce fin août du choix
de Sarah Palin comme vice-présidente, si John McCain gagne
l'élection présidentielle américaine, les
révélations sur la dame n'ont pas manqué.
Petites ou grandes révélations à nos yeux, mais
aux États-Unis le public aime tout savoir sur ses élus,
même ce qui relève de la vie privée. Au point que
les médias se demandent si les républicains, à
commencer par McCain, connaissaient vraiment l'élue,
gouverneur de l'Alaska depuis deux ans seulement et illustre inconnue
dans le monde politique.
Pourquoi avoir choisi cette
femme ? Il y a l'effet de
surprise et l'arrière pensée probable de tenter de
capter une partie de l'électorat féminin
d'Hillary Clinton déçu qu'elle n'ait pas
été choisie par Obama comme
vice-présidente. McCain répond qu'après avoir
envisagé de choisir Joe
Lieberman, un vieux routier de la
politique, il aurait été trop difficile de convaincre
la Convention républicaine que cet homme passé chez les
républicains après avoir été candidat
démocrate et, surtout, partisan du « pro-choice », en clair de l'avortement, une hérésie
notoire chez les républicains, était la personne ad
hoc. Alors que Sarah Palin est en phase avec les conservateurs
républicains.
Elle est contre
l'avortement, un sujet hautement
brûlant aux États-Unis et sur lequel les politiques
s'affrontent à chaque élection. Elle a elle-même
refusé d'avorter lors de sa dernière grossesse, alors
que les tests avaient décelé un enfant à
naître trisomique et sa fille de 17 ans enceinte d'un
jeune de 18 ans a été louée publiquement
par elle pour avoir voulu garder l'enfant. Ce qui ne cache pas
d'ailleurs la gêne que l'annonce a provoqué chez
certains républicains partisans, comme Sarah Palin
elle-même le proclame, d'arriver vierge au mariage.
Il n'en reste pas moins que la gouverneur
de l'Alaska, « chrétienne tendance
dure », a le soutien des
évangéliques (fondamentalistes protestants et droite
religieuse, style Bush) dont elle partage les vues, alors que nombre
d'entre eux n'ont pas oublié un discours de McCain
en 2000 qui traitait certains leaders évangéliques
d' « agents de
l'intolérance ».
Sarah Palin, elle, ravit ces évangéliques : elle
n'est pas seulement contre l'avortement et elle a participé
à des commandos anti-avortement, mais elle a cinq
enfants ; elle soutient non seulement le lobby des armes (elle
est membre à vie de la National Rifle Association qui défend le droit pour chaque citoyen
américain d'être armé) mais elle a à son
palmarès de tueuse plusieurs ours grizzly, caribous et autres
bêtes sauvages du grand Nord et elle est aussi pour la
peine de mort. Enfin elle milite pour que le créationnisme
soit enseigné au même titre que la théorie de
l'évolution dans les écoles publiques.
Comme le déclarait un membre la
délégation républicaine du Texas à la convention qui voulait exprimer son
adhésion à la personne de Sarah Palin :
« Comme Texans nous croyons
au droit d'avoir des armes, à la Bible et nous sommes contre
l'avortement et les mariages homosexuels. Ce qu'elle croit, nous le
croyons aussi ».
Ou, comme le résumait un journaliste conservateur
américain influent : « Palin = Armes, Bébés,
Jésus ». Ce que le
quotidien britannique The
Guardian nomme « la sainte Trinité des politiciens
les plus à droite du parti
républicain ». Le
slogan « Babies+Guns+Jesus+warhero » qui caractérise maintenant le ticket
McCain/Palin est repris dans un dessin caricatural du Guardian où
l'on voit un Jésus couronné d'épines levant les
yeux au ciel l'air totalement exaspéré par le couple
Palin-McCain ! On peut être effectivement
exaspéré par la dame, mais les médias rappellent
que la victoire de Bush en 2004, malgré une
remontée des démocrates, fut due à la
mobilisation de la droite évangélique. Si Palin
réussit à mobiliser cette clientèle
républicaine le 4 novembre, McCain peut gagner.
La religion aussi est un sujet important
dans les campagnes électorales. Bien que les proclamations enflammées et
assaut de religieusement correct n'aient pas vraiment eu lieu cette
fois-ci. On a tout de même vu une curiosité
américaine : l'invitation le 21 août, des deux
candidats, Barak
Obama et John McCain dans une
« megachurch » évangélique de Californie pour y
répondre à un questionnement sur leur foi personnelle,
la pauvreté, l'avortement ou le mariage homosexuel.
Le pasteur baptiste qui les avait conviés est
considéré par l'hebdomadaire américain
Newsweek comme l'une des
« 15 personnes les plus géniales et inventives
des États-Unis ».
Et l'hebdomadaire protestant Réforme
rapporte que récemment on l'a entendu déclarer sur une
chaîne de télévision américaine
importante : « Je
crois en la séparation de l'Église et de la politique.
Il s'agit d'un des grands acquis de notre démocratie mais,
dans notre pays, nous ne séparons jamais religion et
politique. L'éthique, les valeurs des candidats sont des
questions éminemment politiques ».
Certes, mais on pourrait très bien
se réclamer de valeurs universelles et d'humanisme sans adhérer pour autant
à une religion ! Apparemment pas en Amérique.
Parmi les questions posées, les candidats devaient expliquer
ce que cela veut dire de « mettre sa confiance dans le
Christ ». Et les
réponses bien traditionnelles n'ont sûrement pas pu les
départager.
Pour Obama cela signifie que « Jésus est mort pour mes
péchés et que je connais la rédemption à
travers lui ». Pour
McCain, « cela veut dire
que je suis sauvé et
pardonné ».
Avec dans une langue de bois remarquable, l'idée que Dieu pour
apaiser sa colère contre les hommes pécheurs a
sacrifié son Fils Jésus et ceux qui croient en cette
drôle de
« justice »
divine sont assurés de leur salut. éternel. Langue de
bois mais surtout théologie scandaleuse qui fait qu'un
innocent paye pour des coupables !
Sinon, il semble que McCain ait rassuré une partie des
électeurs évangéliques en se déclarant
favorable à une interdiction immédiate de l'avortement
tandis qu'Obama défendait ce droit, se montrait
modéré sur le mariage homosexuel dont il n'est pas
partisan mais ne veut pas d'une interdiction inscrite dans la
Constitution.
Bref, « Obama sait qu'il ne
peut épouser totalement certaines des positions des
évangéliques [sous
peine] de perdre une partie de
l'électorat traditionnel démocrate et il tente
désormais de toucher les évangéliques avec un
discours fort sur les questions de pauvreté et
d'éducation. » Car,
comme le New York
Times, cité par
Réforme, s'est chargé de le lui rappeler :
« Nous comprenons que dans
sa lutte pour le pouvoir tout candidat doit recentrer certaines de
ses positions mais nous n'accepterons pas de nouvelles concessions
faites notamment aux
évangéliques. »
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