|
La foi qui
sauve
Alain
Houziaux
15 juillet 2004
Pour dire ce qu'est la foi, je
voudrais utiliser trois images. Toutes les trois sont relatives
à ce qu'est une « arche ». D'abord l'arche d'un pont. Ensuite l'Arche de
l'alliance. Et enfin l'arche de Noé qui le sauve du
déluge.
Première image : l'arche du
pont. Avancer sur un pont, c'est
avoir confiance que l'arche tiendra. Le pont, quand on y pense, n'a
rien pour « tenir » au-dessus du précipice. Il devrait
s'écrouler par la force de son poids. Il ne tient que par le
miracle de l'arche, c'est-à-dire grâce à la
solidarité des moellons entre eux.
Avancer sur le pont, c'est un acte de foi et de confiance. La foi,
c'est la ferme assurance d'être porté et soutenu par
l'arche du pont. La foi, c'est une forme de confiance. D'ailleurs foi
et confiance ont la même racinne.
Je pense aussi au funambule, cet équilibriste qui progresse
sur un fil ténu au-dessus du vide, devant les badauds. Il
avance en se tenant à un balancier. Le balancier, à
cause de son poids, devrait plutôt faire chuter
l'équilibriste. Et bien non, au contraire, le balancier le
retient et le porte. La foi dans le balancier, la foi en Dieu est une
sorte d'assurance incompréhensible, quasiment absurde. Mais
elle vous porte.
Le romancier Giono a utilisé cette
image du funambule sur un fil. Mais il ajoute que c'est Dieu
lui-même qui, à l'autre bout du fil, tient le fil sur
lequel avance le funambule. C'est encore plus frappant. Tel ce
funambule, nous avançons vers Dieu sur un fil soutenu
au-dessus du néant par la main invisible de Dieu. Oui, la vie
est une marche en équilibre sur un fil, soutenue par le
miracle de Dieu, et qui aboutit au mystère de Dieu. Dieu c'est
l'« autre
rive ».
Ainsi, la foi est une sorte de confiance
sans raison. On ne sait pas trop en quoi on a confiance. On a
confiance dans le mystère du pont qui tient, dans le miracle
du fil qui tient.
Et voici ma deuxième image. C'est
celle de l'Arche de l'alliance.
Cette Arche de l'alliance, c'est un coffre qui représente la
présence de Dieu. Lorsque les Hébreux sont sortis
d'Egypte et ont traversé le désert vers la Terre
promise, l'Arche de l'alliance était sous une tente, en
tête de la cohorte. Puis on l'a placée dans le Temple de
Jérusalem lorsque celui-ci a été construit. Puis
elle a disparu.
Ce qui est mystérieux, c'est qu'on ne
sait pas ce qu'il y avait dans cette Arche. Une pierre, les Tables de
la Loi, un peu de manne, on n'en sait rien. Et beaucoup même
pensent que, à l'intérieur de cette Arche, il n'y avait
rien du tout. Et de même, dans le Temple de Jérusalem,
lorsque l'Arche de l'alliance n'y était plus, il n'y avait
plus qu'une pièce entièrement vide, et tout à
fait obscure. Et cette pièce entièrement vide,
c'était le « Saint
des saints », le lieu
même de la présence de Dieu.
Ainsi la foi, c'est l'aimantation par
l'énigme, le silence, la nuit de Dieu. La foi n'est pas une
manière de décliner des certitudes. Au contraire, c'est
l'obsession de l'énigme, c'est l'écoute aux portes du
silence de Dieu. Je ne dis pas que le « rien » est Dieu, mais que le « rien » est la meilleure représentation du Dieu qui
est tout autre que ce que nous pensons à son sujet.
L'image de la chouette chez Platon va dans
le même sens. Les chouettes ne voient que la nuit. Quand il y a
de la lumière, la chouette devient aveugle. La chouette est
aveugle parce qu'il y a de la lumière. C'est la
cécité de la chouette qui est la preuve, la
démonstration de ce qu'elle est dans la lumière. Comme
le dit l'Epître aux Hébreux, la foi est la
démonstration de ce que l'on ne voit pas. La foi ne voit pas
Dieu. Elle dit que Dieu est là où on ne le voit
pas.
J'en viens à ma dernière
image de la foi : celle de l'arche de Noé. Cette arche, c'est un bateau en forme de coffre.
C'est l'arche qui a sauvé Noé et sa descendance. Nous
qui sommes tous des descendants de Noé, nous avons
été sauvés de l'inexistence et du néant
grâce à cette arche.
La foi, c'est la ferme assurance
d'être porté, gardé, protégé,
sauvé au-dessus des dangers et de la mort dans une sorte
d'arche de Noé. C'est le sentiment d'être sauvé
qui nous donne la foi, qui est notre foi.
A chaque instant nous sommes sauvés
de la mort. A chaque respiration, nous reprenons souffle, et ce
souffle nous rend la vie, nous maintient en vie, nous fait passer
à travers l'inanition et la mort. A chaque seconde, notre
coeur se remet à battre et irrigue à nouveau d'un sang
neuf notre corps vieilli. Il nous rend la vie. Notre vie est toujours
une vie en sursis, une vie sauvée des eaux, sauvée du
déluge, sauvée de la mort. A chaque instant, notre vie
est sauvée par miracle.
Nous sommes maintenus en vie par une sorte
de grâce et de miracle incompréhensible.
Excursus
ce bon monsieur de la
Fontaine
Vous connaissez la fable intitulée
« Le laboureur et ses enfants ». Lorsque le laboureur sent qu'il va mourir, il
appelle ses enfants et leur dit. Un trésor est caché
dans le champ que je vous laisse en héritage. Et après
sa mort, les enfants bêchent, sarclent, binent, travaillent le
champ. Et ce pendant des années. Les semailles et les moissons
se succèdent. Mais ils ne trouvent pas de trésor. Rien.
Rien du tout. Jusqu'au jour où ils comprennent qu'il n'y a
peut-être pas de trésor dans le champ. Mais, au fond,
peu importe s'il y a ou non un trésor. Car le véritable
trésor, c'est le travail et ce qu'il produit. Le trésor
qu'a laissé le père à ses enfants, c'est celui
du travail, de la recherche, de la foi dans le trésor.
C'est donc la foi qui est le
véritable trésor. Le vrai trésor et
peut-être le seul trésor. Le véritable
trésor, c'est la quête de Dieu, la fascination de
l'énigme ultime, la lecture infinie de la Bible, le travail
dans le champ du monde. Et ce trésor suffit, même s'il y
a quand même un autre trésor effectivement caché
dans le champ.
Citation
André
Dumas
Je préfère les pratiquants non croyants aux croyants non
pratiquants
Extrait de « L'épreuve, le courage et la
foi »
Bayard 1999
Retour vers Alain
Houziaux
"Vos
commentaires et réactions
haut de la page
|