Réflexion
Petit traité de
savoir-vivre
Pour bien vivre sa
vie
ces trois choses demeurent :
la confiance, l'insouciance
et le sens de la gratuité
20 août 2003
On reconnaît bien sûr, dans cet
énoncé, une forme de
plagiat de la formule de saint Paul (I Cor 13,14) :
« ces trois choses
demeurent : la foi, l'espérance et
l'amour ».
La foi, l'espérance et l'amour, sont
ce que l'on appelle les trois vertus « théologales ». Et la confiance, l'insouciance et le sens de la
gratuité, ce serait, pour moi, les trois vertus
« anthropologales ». Et ces vertus « laïques » et « profanes » sont en fait une sorte d'analogue, dans le registre
de la psychologie et peut-être de l'éthique, des trois
vertus théologales de saint Paul. Mais on peut très
bien faire l'expérience de la confiance, de l'insouciance et
du sens de la gratuité sans pour autant connaître la foi
en Dieu, l'espérance du Royaume et l'amour pour le
Christ.
Nous voudrions offrir, en quelques lignes,
une sorte de « petit
traité du savoir-vivre ». Mais, pour nous, le « savoir-vivre » n'a rien à voir avec les convenances et les
politesses. D'ailleurs, le « savoir-vivre », à l'origine, est l'art de bien diriger sa
vie.
La confiance
D'abord, pour
« savoir-vivre », il faut prendre la vie avec confiance. Il faut
être « en
confiance ».
Etre en confiance, c'est être en
sécurité, c'est se savoir en sécurité. Et
je considère que ce sentiment d'être « en confiance » est l'analogue profane de la première vertu
théologale : la foi en Dieu.
D'ailleurs, le philosophe Wittgenstein
définissait la foi en Dieu comme le sentiment
d'« être en
confiance ».
On peut s'étonner de cette
définition de la foi. En fait, il y a au moins trois
manières de concevoir la foi religieuse. Et elles sont
très différentes les unes des autres. Nous les
présenterons en quelques mots.
- Première manière. En général on pense que la foi, c'est
croire que ceci ou cela est vrai. Ainsi, la foi, c'est dire : "je
crois que Dieu existe, j'ai la foi que Dieu existe". Et dans ce cas,
la foi s'oppose au doute et à l'incrédulité. La
foi, c'est la conviction. "Je crois que Dieu existe" signifie "j'ai
la conviction que Dieu existe".
- Deuxième manière de définir la foi. Elle est
déjà moins courante. La foi, c'est la confiance en
Dieu. Ainsi on peut dire « je crois en
Dieu » un peu comme,
en 1941, on pouvait dire « je crois en de
Gaulle »,
c'est-à-dire « j'ai
confiance en lui, je crois en son avenir, je crois en sa
possibilité de sauver la France ». Et dans ce cas, la foi, ce n'est pas une forme de
conviction (la conviction que Dieu existe), c'est le fait d'avoir
confiance en Dieu, c'est-à-dire d'avoir confiance que son
projet est un bon projet et qu'il pourra parvenir à le mettre
en �uvre. La foi, c'est alors, « faire confiance à
Dieu ».
Notons-le, dire « je crois en
Dieu » ou « j'ai confiance en
Dieu »
(c'est-à-dire notre deuxième manière de
définir la foi), ce n'est pas la même chose que de dire
« je crois que Dieu
existe » (notre
première manière de définir la foi). On peut
très bien croire que Dieu existe sans avoir confiance en lui
et sans lui faire confiance. De même, on peut croire que le
diable existe, mais sans pour autant lui faire confiance. Et c'est
pourquoi on dit : « je
crois au diable », mais on
ne dit pas, du moins en général, « je crois en le
diable ». Dans cette
deuxième définition de la foi, la foi (en tant que
confiance en Dieu) ne s'oppose pas au doute et à
l'incrédulité, elle s'oppose à la
méfiance, c'est-à-dire au fait de ne pas faire
confiance.
Cette deuxième définition de
la foi, c'est celle du Credo. En effet, le Credo ne dit pas
« je crois que Dieu
existe »
mais « je crois en
Dieu »,
c'est-à-dire « j'ai
confiance en Dieu, je fait confiance à
Dieu ».
- La troisième manière de concevoir la foi, c'est celle de Wittengstein, et
c'est aussi la nôtre. Et c'est celle qui a pour analogue notre
première vertu anthropologale : le fait d'être en
confiance.
Dans ce troisième sens, la foi, en
tant que vertu théologale, ce n'est pas tant le fait
d'« avoir confiance en
Dieu », c'est d'abord le
fait de se sentir en confiance, parce que tout est entre les mains de
Dieu.
Dans cette forme de foi, Dieu n'est pas tant
celui à qui on fait confiance. Il est plutôt celui qui
vous donne confiance. Il est celui grâce à qui on est en
confiance. Il n'est pas l'objet de la foi. Il est la cause du fait
que l'on est en confiance.
Dans l'expression « je crois
en Dieu » (qui
caractérise la foi
« deuxième
manière »),
« Dieu » est un
complément d'objet, il est l'« objet » de la foi. Et, au contraire, dans l'expression
« grâce à Dieu
puisque tout est entre les mains de Dieu, je me sens en
confiance », Dieu n'est
pas un complément d'objet, il est un complément
d'agent. Il est l'agent grâce auquel je suis en
confiance.
Précisons un peu plus cette
troisième définition de notre foi, puisque notre
première vertu de savoir-vivre (le fait d'être en
confiance) sera présentée comme son analogue profane et
« anthropologal » de cette troisième définition de la
foi.
En fait, pour Wittengstein, et
peut-être aussi pour tous ceux qui conçoivent la foi
comme le sentiment d'être en confiance, le monde est
conçu comme une sorte de berceau. Dans son berceau, l'enfant
se sent en sécurité. Il peut s'agiter, il peut
rêver et même avoir des cauchemars. Il se sent
néanmoins en sécurité et en confiance.
D'ailleurs, le récit du
début du livre de la Genèse présente le monde un peu comme un berceau
dans lequel les hommes peuvent se sentir en sécurité.
Dès le premier jour, Dieu
« attend » l'homme, comme un père attend la naissance de
son enfant. Et, en six jours, il crée progressivement le monde
de telle sorte qu'il puisse permettre l'apparition de l'homme et de
telle sorte que l'homme puisse y vivre et aussi s'y épanouir.
Et lorsque l'homme naît, il peut se sentir en
sécurité et en confiance.
Ce que j'aime bien dans cette
définition de la foi en tant que sentiment d'être en
confiance « parce que tout
est entre les mains de Dieu », c'est qu'elle ne présuppose pas
l'idée d'un Dieu personnel. Dieu est conçu comme une
sorte de protection générale sur le monde sans
être conçu à proprement parler comme
une
« personne » qui
aurait une volonté et un dessein à propos du monde. Au
contraire, la deuxième définition de la foi
(« je crois en
Dieu », « je fais confiance à
Dieu ») présuppose,
elle, un Dieu personnel. Le Dieu de la foi « troisième
manière » est un
Dieu mystique. C'est un Dieu ressenti par un sentiment
intérieur et non un Dieu extérieur auquel on
s'adresse.
Ainsi, la foi, ce serait donc un sentiment
de sécurité et de confiance que nous
éprouverions parce que nous savons que « tout est entre les mains de
Dieu ». Toute notre vie se
déroule dans une sorte de berceau qui est celui
des « mains de
Dieu ». C'est cela qui
nous donne cette sécurité, cette assurance, cette
confiance, cette foi.
De même, un enfant peut recevoir de
son père cette forme de
confiance naturelle et « chevillée au
corps ». Et elle
l'accompagnera toute sa vie même si son père n'est plus
là. Même si le père s'absente, même s'il
meurt, l'enfant devenu adulte garde néanmoins en lui ce
sentiment d'être « en
sécurité ».
De même, dans la parabole des talents (Mat 25), le
Maître s'absente, mais les premier et deuxième
serviteurs, ceux qui sont présentés comme des
modèles de la foi, gardent en eux ce sentiment de confiance
qui leur permet de prendre des risques en lançant dans le
commerce les talents qu'ils ont reçus de Dieu. Le
troisième serviteur, en revanche, n'a pas ce sentiment de
confiance et il préfère enfuir son talent dans une
cachette.
Je suis frappé par le fait que
Jésus incite beaucoup plus ses disciples à
« avoir la
foi » dans le sens de
« être en
confiance » plus que dans
le sens de « croire que
Dieu existe ». Dans sa
prédication, Jésus emploie souvent le mot
« foi » sans complément d'objet direct. C'est en
particulier tout à fait clair dans le récit de la
tempête apaisée (cf. Mat 8,23-27) et dans
celui où il appelle Pierre à marcher sur les eaux
(Mat 14,24-36) .
C'est ce sentiment d'« être en
confiance » qu'exprime
très bien le mot hébreu « H M N » dont on connaît la forme
optative
« amen » qui est
prononcé à la fin d'une prière. Ce mot
« H M N » exprime l'idée de stabilité, de
garantie, de support sur lequel on peut s'appuyer (cf « Dieu est mon
roc »). Et la foi
(« emunah » en hébreu), c'est le sentiment d'être
en confiance, dans une situation stable et sûre.
- Et cette troisième définition de la
foi (le sentiment d'être en
confiance grâce à Dieu) a un analogue profane et
anthropologal tout à fait évident : le sentiment
d'être en confiance, même si on ne l'attribue pas au fait
que « tout est entre les
mains de Dieu ».
Et ce sentiment d'être « en confiance » me paraît fondamental et fondateur dans
l'existence. Et c'est pourquoi je le considère comme une
première forme de « savoir-vivre ».
J'ai dit qu'on pouvait le considérer
comme une sorte de transposition laïque de la foi en tant que
vertu théologale. Mais, au fond, c'est peut-être
l'inverse qui est vrai.
Peut-être a-t-on d'abord, en soi, ce
sentiment d'être en confiance, en tant que vertu profane. Et on
l'explique, après coup, en disant que c'est parce que l'on
croit que « tout est entre
les mains de Dieu » que
l'on est « en
confiance ».
Oui, il se pourrait bien que les vertus
théologales ne soient que des transpositions de vertus
profanes.
Ainsi,
« avoir la foi », au sens profane, cela veut dire que l'on est en
confiance, mais sans préciser en qui ou en quoi on a
confiance. On a confiance, voilà tout. On a la confiance
chevillée au corps. On est rassuré. On est tranquille,
on n'est pas anxieux. Et dans ce cas, la foi ne s'oppose ni à
l'incrédulité ni à la méfiance mais
à la peur.
Celui qui croit en Dieu justifiera ce
sentiment de confiance en disant par exemple « j'ai confiance car tout est entre les
mains de Dieu ».
Mais celui qui ne croit pas en Dieu dira
seulement « je me sens en
confiance ; en moi-même, je me sens ferme, je me sens
sûr ».
- Et c'est ici qu'il faut introduire une nouvelle
distinction. On peut se sentir en
confiance pour deux raisons différentes. On peut se sentir en
confiance parce que l'on est « en
sécurité ».
Et on peut se sentir en confiance parce que l'on est « en
sûreté ».
Quelle est la différence entre la
« sécurité » et la « sûreté » ?
Le sentiment de « sécurité » nous vient par un facteur extérieur à
soi. Ainsi par exemple, on se sent en sécurité parce
que l'on est protégé par des vêtements, une
maison, des lois, des institutions etc...
En revanche, lorsque l'on est en
« sûreté », cela tient à soi-même. Ce sentiment
est intérieur. Il est dû à une force interne,
chevillée au corps.
Ce sentiment de sûreté, ce
n'est pas le fait d'être sûr de soi, et ce n'est pas non
plus le sentiment d'être sûr de quelque chose. C'est le
fait d'être ferme à l'intérieur de soi. C'est le
fait d'avoir un bon équilibre en soi et même une forme
d'invulnérabilité.
La confiance en quelqu'un
(c'est-à-dire le fait d'« avoir confiance en
quelqu'un »), elle est
encore peut-être de l'ordre de la« sécurité » , alors que le fait d'« être en
confiance » est de l'ordre
de la « sûreté », de l'assurance. C'est pourquoi la définition
« deuxième
manière » que je
donnais de la foi (à savoir le fait de « croire en
Dieu ») procure de la
sécurité alors que la définition « troisième
manière » (le fait
d'« être en
confiance ») procure de la
sûreté.
Le sentiment de « sécurité » est de l'ordre de « avoir ». Le sentiment de « sûreté », lui, est de l'ordre de l'« être ». Le sentiment d'« avoir confiance
en » est de l'ordre de
l'« avoir » (même si c'est en Dieu que l'on a confiance).
Mais le sentiment d'« être en
confiance », ou
d'« être en
sûreté », est
de l'ordre de l'« être ».
La Bible se méfie beaucoup des
sécurités extérieures. Elles sont
considérées comme passagères, illusoires et
précaires. Les sécurités extérieures sont
un peu comme les idoles. Elles sonnent creux. Se confier à des
sécurités extérieures est souvent
assimilé à une forme de magie illusoire.
- Mais, si ce sentiment d'« être en
confiance » est l'une des
conditions du « savoir-vivre », une question se pose : ce sentiment peut-il
s'apprendre ? Peut-on le favoriser et le susciter chez ses
enfants, par exemple ?
Ce sentiment, c'est sûr, il est
dû, pour une part importante à ce que l'on a reçu
dès son berceau, de la part de ses parents.
Les parents ont pour fonction de donner
à leurs enfants « la
sécurité ».
Mais ils ont encore plus pour rôle de leur la « sûreté ». Et cela se fait non pas en multipliant les
interdits et les précautions mais en favorisant chez les
enfants, dès le plus jeune âge, l'indépendance et
l'auto-contrôle. Cela se fait en faisant confiance et en
promettant à l'enfant :
« j'en suis sûr, je te le promets, tu t'en sortiras
tout seul ».
Mais ce sentiment, il peut être aussi
affermi, développé et conforté à
l'âge adulte.
Il est conforté par le fait d'avoir
confiance dans les autres, dans la vie et, pourquoi pas, en Dieu.
Cela paraît un pléonasme, mais cela n'en est pas un. On
est « en
confiance »,
c'est-à-dire « en
sûreté »
lorsque l'on fait confiance. C'est le fait, dans une certaine mesure,
d'être fondé en soi qui permet de faire confiance
à l'autre.
Mais on peut aussi dire la
réciproque. C'est le fait de
vivre avec des personnes dignes de confiance qui vous apprend petit
à petit à faire confiance aux autres, et à
être en confiance en soi-même.
Et le fait d'« être en
confiance » est
conforté aussi par le fait que les autres vous font confiance.
On se sent « en
confiance »,
c'est-à-dire en sûreté, si l'on sent que les
autres vous font confiance.
J'ai été témoin d'une
expérience pédagogique qui le montre clairement.
Dans une école, on divise une classe
d'élèves en trois groupes de niveau scolaire
équivalent. Et pendant vingt jours, on donne à ces
élèves les mêmes devoirs. A la fin de chaque
journée, un professeur ramasse les devoirs et les parcourt
rapidement en présence des élèves. Il fait
systématiquement des reproches aux élèves du
premier groupe. Il fait systématiquement des compliments aux
élèves du second groupe. Et il ramasse sans commentaire
les copies des élèves du troisième groupe.
Et on constate que le niveau des devoirs des
élèves du deuxième groupe (ceux des
élèves que l'on encourage) s'améliore
régulièrement. Au contraire, le niveau des devoirs des
élèves du premier groupe (ceux que l'on
réprimande), après quelques progrès les
deuxième et troisième jours, décroît
rapidement ensuite. Et le niveau des devoirs des élèves
du troisième groupe (ceux vis-à-vis desquels on est
indifférent) décline lentement.
Dans le même sens, on peut noter que
la rédaction du Décalogue est tout à fait
exemplaire. Elle présente Dieu comme un vrai père qui
encourage ses enfants. Le Décalogue, ce n'est pas une suite de
dix commandements, c'est une suite de dix promesses
rédigées non pas à l'impératif mais au
futur. « Je te le promets,
tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne feras pas de faux
témoignages, tu ne commettras pas
l'adultère... »
Dieu fait confiance à l'homme pour
que l'homme puisse se sentir « en confiance ».
L'insouciance
Ensuite, pour savoir
vivre, il importe, me semble-t-il,
de prendre la vie avec insouciance.
Et je rattache cette deuxième
« vertu
anthropologale » à
la deuxième vertu théologale, à savoir
l'espérance.
Prôner l'insouciance, cela peut
surprendre. Car l'insouciance, apparemment, ce n'est pas une vertu.
Certes, l'insouciance, c'est la dé-préoccupation de soi
(et ça c'est plutôt bien). Mais c'est aussi
l'indifférence et même la désinvolture (et cela,
paraît-il, c'est plutôt mal !).
Pour comprendre comment et pourquoi
l'espérance (la deuxième vertu théologale) va de
pair avec une certaine forme de d'insouciance (notre deuxième
vertu anthropologale), il faut d'abord donner quelques
éclaircissements sur ce qu'est l'espérance.
On confond souvent l'« espérance » et l'« espoir ». Et pourtant ce n'est pas du tout la même
chose.
L'espoir, c'est l'espoir de quelque chose
que l'on désire. Et ce désir porte sur quelque chose de
précis. Ainsi, par exemple, je peux dire « j'espère gagner aux
courses ».
En revanche l'espérance, elle, elle
ne porte pas sur quelque chose de précis. Elle n'est pas
liée au désir de quelque chose de précis ou de
particulier.
Je disais tout à l'heure que le fait
d'être en confiance, ce n'est pas la même chose que le
fait de croire à ceci ou à cela. Et de même
l'espérance, ce n'est pas la même chose que l'espoir que
ceci ou cela arrive. L'espérance, c'est une attitude d'esprit
positive et confiante vis-à-vis de l'avenir quel qu'il soit.
C'est une forme d'ouverture à demain.
Au fond, entre l'espoir et
l'espérance, il y a la
même différence qu'entre le fait de « croire en » et le fait d'« être en
confiance ». L'espoir
(tout comme le fait de « croire en ») suppose un objet précis. Et
l'espérance (tout comme le fait d'être « en confiance ») ne porte pas sur un objet précis.
L'espérance, c'est une forme de
disponibilité à ce qui vient.
Cette disponibilité, c'est par
exemple l'attitude de Marie lorsqu'on lui annonce qu'elle sera
enceinte alors qu'elle ne s'y attendait pas. La disponibilité,
c'est la capacité d'accueil à ce qui advient même
si on ne l'a ni voulu ni désiré.
Pendant longtemps, l'espérance a
été considérée comme une école de
résignation. Les bons prêtres et les bons pasteurs du
XIX° siècle prêchaient l'espérance aux
pauvres, aux ouvriers et aux déshérités :
ne vous préoccupez pas de ce monde-ci, seul le monde de
l'au-delà compte. Contentez-vous de ce que vous avez et prenez
votre mal en patience car, demain, vous serez au Paradis.
Il est bien clair que c'est là une
manière tout à fait dévoyée de concevoir
l'espérance. Mais elle peut néanmoins nous aider
à comprendre pourquoi l'espérance, c'est une forme de
dé-préoccupation vis-à-vis de ce monde-ci. C'est
bien une forme d'insouciance. Celui qui met son espérance dans
la vie future du Royaume apprend à être insouciant et
même un peu indifférent par rapport aux aléas de
la vie ici-bas.
Et c'est pourquoi je considère
l'insouciance (le fait de ne pas se faire de souci) comme l'analogue
profane de l'espérance.
Mais cette dé-préoccupation
est loin d'être une forme de résignation. Elle est plutôt une forme d'optimisme.
Jadis un vieux pasteur que j'avais
été voir à un moment où je
m'inquiétais de mon avenir m'avait dit, à la fin de
notre entretien : « il
faut bien qu'un bouchon flotte ». Ces mots me sont toujours restés, et ils
caractérisent pour moi l'espérance en tant que forme de
disponibilité et même d'insouciance vis-à-vis de
l'avenir et même du présent. Peu importe les courants,
les contre-courants, les sauts et les soubresauts, le bouchon
continuera à flotter. Savoir que « de toute manière, il faut bien
qu'un bouchon flotte »,
c'est donc une forme d'optimisme, mais aussi d'insouciance. C'est une
parole de confiance, mais aussi de consentement et même de
désinvolture.
L'espérance, en tant que vertu
théologale, c'est l'espérance que Dieu est le
maître de notre destin et que « toutes choses concourent au bien de ceux
qui aiment Dieu »
(Rom ,28). Ainsi l'espérance, c'est l'espérance en
Dieu et en sa Providence comme l'on disait dans le passé. On
ne sait pas ce que l'avenir vous réserve, mais on ne s'en
inquiète pas, on n'a pas peur. Ainsi l'espérance, c'est
une forme de dé-préoccupation des itinéraires
que nous aurons à suivre, parce que, espère-t-on, tous
les chemins mènent au Christ et au Royaume. Tout converge vers
le « Royaume de
Dieu ». C'est une
manière de croire à une forme de prédestination
de l'univers et de l'histoire en général vers un
« Souverain
bien ». Quoi qu'il
advienne, le dessein bienveillant de Dieu s'accomplira, et, tôt
ou tard, tout ce qui est dans les cieux et sur la terre sera
réuni sous un seul chef, le Christ (Eph 1,9-10). Tout
converge vers le Christ parce qu'il aspire à lui toutes
choses.
« Dieu écrit droit avec
des lignes courbes » et
même avec des lignes torves.
Ainsi nous pouvons être disponible
à tout ce qui arrive. A Dieu
seul j'abandonne ma vie et ma personne. Je consens à mon
avenir, quel qu'il soit.
Ainsi, on voit bien la différence
entre l'espoir et l'espérance. L'espoir a toujours peur, car
il a peur que ce qu'il désire ne se réalise pas.
L'espoir est une forme de peur contre laquelle on résiste. En
revanche l'espérance, c'est le contraire de la peur. Quand on
a en soi de l'espérance, on se dit : « Normalement, il faudrait bien que j'ai
peur, et pourtant, malgré tout, et je ne sais pas trop
pourquoi, je n'ai pas peur. On verra bien ce qui
arrivera ».
L'espérance, c'est être
porté. On est porté par l'espérance, comme on
dit. Un de nos vieux cantiques le chante : « Porté par une nacelle, je vais
où le vent le veut, je vais en silence au-dessus des flots
tumultueux. Je vais où Tu veux que j'aille, ô mon
Dieu ».
Ainsi l'espérance est très
proche de la disponibilité, et même du
détachement, de l'insouciance et de l'indifférence. Et
c'est pourquoi ce sont là les vertus profanes que je
préconise.
Le mot « indifférence » peut bien sûr surprendre et même
scandaliser peut-être encore plus que celui d'« insouciance ». Mais il faut noter que Descartes considère
l'indifférence comme l'une des formes de la liberté
.
Je ne parle pas d'indifférence
vis-à-vis des autres. Je
parle seulement d'une sorte d'indifférence vis-à-vis de
soi-même et vis-à-vis du chemin dans lequel on est
entraîné.
L'indifférence vis-à-vis de
nous-mêmes, cela nous détache de la
susceptibilité, de l'orgueil et du souci de nous-mêmes.
Cela permet l'humilité. Et cette indifférence
vis-à-vis de nous-mêmes nous conduit aussi à une
forme de sérénité et à une acceptation de
notre inutilité. Et notons aussi qu'une certaine dose
d'indifférence nous permet aussi d'oublier les reproches que
l'on a pu nous faire et les blessures que l'on a pu nous infliger.
Ainsi elle rend possible un renouveau des sentiments positifs
vis-à-vis d'autrui.
Mais, soit ! Si le terme
d'« indifférence » sonne désagréablement, je veux bien
reprendre celui d'insouciance. Et là, j'ai la Bible de mon
côté !
« Ne vous souciez pas de ce que sera votre
vie » dit
Mat 6,24-27. « Ne vous
souciez pas des pluies, des torrents et des tornades qui
ébranlent votre maison » dit Matthieu 7,24-27. En effet, si votre maison
est fondée sur le roc (Mat 7,24), si vous avez
trouvé la perle d'un grand prix (Mat 13,45-46), vous
n'attacherez pas d'importance à tout le reste.
Mais, me direz-vous : « si l'on n'a pas trouvé ce roc dont
parle l'Evangile, peut-on cependant connaître cette
insouciance ? » Je
répondrai : certes oui !
Car ce que l'on peut attribuer à
l'espérance en la Providence et à la foi en Dieu, on
peut tout autant l'attribuer à cette vertu laïque,
certaine et souveraine : la liberté, ou plus
précisément l'« esprit de
liberté ».
Je prends ici le mot
« liberté » dans un sens un peu particulier. Etre libre, c'est
être libre vis-à-vis de ce qui vous arrive. Etre libre,
c'est être libéré du souci. Etre libre, c'est ne
pas être esclave d'inquiétudes, de
préoccupations, ni même de désirs et de projets.
Etre libre, c'est prendre la vie avec une certaine
désinvolture.
Je le sais bien, ce mot de
« désinvolture », tout comme celui d'« indifférence », a quelque chose d'inquiétant et même
de péjoratif. Etre désinvolte, cela veut souvent dire
« ne pas être
sérieux ».
D'ailleurs, le mot
« désinvolture » vient de l'italien, c'est tout dire ! Ces gens
ne sont pas sérieux ! Et pourtant, la
désinvolture, c'est bien une forme de liberté. Le mot
vient du latin « volvere » qui signifie « faire rouler,
dérouler ». La
désinvolture, c'est faire rouler (ou dérouler) sous ses
pieds, les convenances, les obligations et aussi les soucis et les
préoccupations du sérieux de la vie,
c'est-à-dire tout ce qui est lourd à porter et à
supporter. La désinvolture, c'est faire rouler à ses
pieds et sous ses pieds tous les « qu'en
dira-t-on », toutes les
appréhensions et tout ce qui est « grave » (c'est-à-dire
« lourd »).
Mais, rappelons-le, la
« gravité », c'est le « bonheur des
imbéciles » et
peut-être aussi le
« bouclier des sots ».
La liberté, la désinvolture,
et même l'espérance, c'est dire « ce n'est pas si grave que cela, on s'en
remettra, qui vivra verra, à Dieu
vat ».
C'est donc bien une attitude de
détachement et c'est aussi une forme d'humour. L'humour, c'est
une sorte de sursaut de défense devant les agressions du monde
extérieur. On voit que l'on n'est pas loin de
l'espérance, qui consiste, au sens banal, à
s'évader du monde et à mettre son point d'ancrage hors
de la situation dans laquelle on est piégé.
L'humour, c'est une forme de
liberté qui vous fait dominer
l'embarras (mais sans d'ailleurs pour autant vous tirer d'affaire
réellement !). Mais l'humour, par rapport au
détachement, ajoute un élément qui est celui
d'une forme de jouissance. L'humour triomphe de la banalité,
du tragique et même du traumatisme de la vie par une forme de
dégustation qui est celle du plaisir, ce plaisir étant
celui de la lucidité et de la liberté. « L'humour est la politesse du
désespoir ». Et
c'est en quoi, sans être une forme d'espérance, il est
néanmoins, à tout le moins, une domination du
désespoir.
L'humour, tout comme l'espérance, a
une dimension métaphysique. L'espérance, c'est
relativiser les aléas du présent et de l'histoire
d'aujourd'hui en les replaçant sous les auspices de
l'espérance du Royaume. Et l'humour, de la même
manière, c'est regarder le réel de haut, par une sorte
de survol, comme si on le voyait par le gros bout d'une lorgnette.
Ainsi, c'est minimiser le réel en le considérant
à l'aune du sourire de l'éternité.
Ainsi, les deux vertus laïques que nous
considérons comme les traductions profanes de
l'espérance, ce sont la disponibilité et l'humour. Mais
elles sont assez différentes l'une de l'autre. La
disponibilité
« colle »
à ce qui advient, elle est une forme de consentement au
réel. En revanche, l'humour implique une forme de
détachement, de hauteur, par rapport à l'histoire que
l'on vit et que l'on est appelé à vivre.
Le sens de la
gratuité
La troisième vertu de mon petit
traité de savoir-vivre, c'est
le sens de la gratuité. Et je voudrais considérer ce
sens de la gratuité et du désintéressement comme
l'analogue laïque et profane de la troisième vertu
théologale : l'amour, c'est-à-dire la
charité.
Il serait pourtant tentant de dire que
l'amour peut être considéré à la fois
comme une vertu théologale et comme une vertu profane et
laïque.
Mais l'amour en tant que vertu
théologale et l'amour profane n'ont en fait de commun que le
nom. Et encore, ce n'est pas sûr puisque l'amour, en tant que
vertu théologale, c'est en fait l'« agape » que l'on traduisait par la « charité », terme qui signifie « don », « aumône », et ce depuis le troisième siècle. La
charité, c'est un don gratuit. Et l'amour, en
général, au sens habituel du terme, ce n'est pas
vraiment un sentiment gratuit. En général, on n'aime
pas « pour
rien ». L'amour a ses
raisons, même s'il a des raisons que la raison ne connaît
pas.
Ce sur quoi il faut insister, c'est sur le
fait que cette charité est bien une vertu « théologale ». Car, pour la théologie traditionnelle,
donner aux autres, et en particulier aux pauvres, c'est, en fait,
donner au Christ et à Dieu.
C'est d'ailleurs ce qu'énonce
clairement le Christ lui-même : « ce que vous avez fait à l'un des
plus petits de mes frères, c'est à moi, le Christ, que
vous l'avez fait »
(Mat 25,40).
Pour comprendre en quoi l'amour,
c'est-à-dire la charité envers le prochain doit bien
être compris comme une vertu théologale, il faut se
rappeler que le fait de pratiquer la charité envers le
prochain (en habillant ceux qui sont nus, en donnant du pain à
ceux qui ont faim, en visitant les prisonniers
incarcérés) a très longtemps été
compris comme une manière pour le chrétien de
s'acquitter de sa dette envers Dieu.
Cette notion de dette envers Dieu
a été longtemps le
coeur de la relation du croyant envers son Dieu. Dieu est celui
vis-à-vis duquel le croyant est en dette. Dieu, en donnant la
vie à l'homme et en lui donnant sa grâce et son pardon,
le met dans une situation de débiteur. Et c'est ce sentiment
d'être en dette vis-à-vis de Dieu et du Christ qui
crée en l'homme un
« devoir » (au
sens où l'on parle du fait de
« devoir »
quelque chose à quelqu'un c'est-à-dire d'être en
dette à son égard). Et l'homme s'acquitte de ce
« devoir »,
c'est-à-dire (de cette dette) en exerçant la
charité vis-à-vis du prochain. Puisque ce qu'il fait
à l'égard de son prochain, c'est au Christ qu'il le
fait, le chrétien qui pratique la charité s'acquitte
ainsi de son « dû » et de sa dette vis-à-vis du Christ et de
Dieu.
Présentés de la sorte, la
charité semble à l'opposé d'un acte gratuit et
désintéressé.
Et, pourtant, c'est la notion de don gratuit
que je voudrais retenir pour caractériser l'analogue
laïque et profane de l'amour-charité en tant que vertu
théologale.
Pourquoi donc ? Pour trois
raisons.
Première raison : la contrepartie d'une grâce (celle de
Dieu qui dispense par pure grâce la vie et le pardon aux
hommes), c'est également une grâce c'est-à-dire
un acte gratuit. « Puisque
vous avez reçu gratuitement, donnez
gratuitement »
(Mat 10,8).
Deuxième
raison : la notion d'acte
gratuit est bien l'analogue de l'amour-charité parce que
l'amour-charité, au sens du Nouveau Testament, est
fondamentalement un acte gratuit et
désintéressé. C'est là en effet la
spécificité de l'« amour - agape » du Nouveau Testament par rapport à
l'« amour - éros » et même de l'« amour - philia ». L'amour tel que l'enseigne Jésus-Christ,
c'est toujours une forme de sacrifice de son intérêt
propre. Et l'exemple de cet amour-charité, c'est
Jésus-Christ qui sacrifie sa vie pour ceux qu'il aime.
Troisième
raison : ce que l'on fait
« pour
Dieu », « pour l'amour de
Dieu », « pour la gloire de
Dieu » et même pour
remercier Dieu, on le fait en fait « pour rien », c'est-à-dire sans aucun profit pour
soi-même.
Ce que l'on fait « pour Dieu », « pour
l'amour de Dieu », en
fait, on le fait « pour
rien », sans espoir d'une
contre-partie ni d'un bénéfice personnel.
Et c'est en ceci que je m'oppose à
cette idée, très fréquente aujourd'hui, qu'il
faut que ce que l'on fait pour les autres, à titre
bénévole, vous rapporte quelque plaisir et quelque
satisfaction.
Et cette vertu de la gratuité et du
désintéressement, je voudrais la caractériser
par un verset du livre de l'Ecclésiaste
(11,1) : « Jette ton
pain à la face des eaux ».
Il y a là, dans ce seul verset, tout
ce qu'implique l'idée de gratuité et celle de don.
« Jette ton pain à la
face des eaux ». Apparemment, ce verset
évoque le geste du semeur. Il semble dire « dès le matin, sème ta
semence ». Mais, en fait,
il n'en est rien. Parce que, lorsque l'on sème une semence, on
ne la sème pas pour rien, on la sème pour pouvoir
récolter. Et, au contraire, jeter son pain à la face
des eaux, cela paraît plutôt un gaspillage. C'est un acte
gratuit, de générosité fastueuse, c'est une
forme de don libre et désintéressé.
Oui, « Jette ton pain à la face des
eaux ». Donne-toi la
grâce de vivre, tout comme le font les oiseaux du ciel qui ne
sèment ni ne moissonnent et qui se donnent au ciel et à
la lumière par amour de la vie, gratuitement, pour rien, sans
réserve ni retenue. Oui, offre-toi à la vie, à
la grâce de vivre et de t'épanouir, tout comme le font
les lys des champs qui ne peinent ni ne filent et qui s'offrent et se
donnent pour rien, par beauté pure, sans savoir pourquoi, sans
demander pourquoi.
Oui, lance ta vie au vent et à la
lumière. Fais-en une offrande et un hymne en l'honneur de la
Vie qui te donne cette vie. Oui, c'est cela la vie. La vie c'est du
pain qui, sans que nous sachions pourquoi, nous est lancé
à la volée. Et il nous faut le saisir à la
volée et le lancer ensuite, nous-mêmes, à la
volée.
Il nous faut aimer la vie sans savoir
pourquoi, oublier l'offense de l'ingrat sans savoir pourquoi, mettre
au monde des enfants sans savoir pourquoi, retrouver sa lune de miel
à cinquante ans passés sans savoir pourquoi, raconter
sa part de rêve à ses petits-enfants endormis sans
savoir pourquoi, et enfin quitter ce monde sans savoir pourquoi en
disant seulement comme l'Ecclésiaste « la lumière est douce et il est
agréable à mes yeux de voir le
soleil ».
Il nous faut vivre pour
rien, aimer pour rien et
dépenser notre vie pour rien. La vie est faite pour être
lancée, dépensée, donnée comme une
offrande et un geste gratuit. La vie est faite pour être
vécue pour rien, pour la seule gloire de la grâce qui
nous la donne.
Nous avons le droit de jouir de la vie sans
avoir besoin de trouver une justification ou une raison de vivre. La
vie est une grâce à laquelle nous avons droit,
gratuitement, sans raison, sans que nous ayons à produire des
justificatifs, des diplômes de vertus ou des brevets prouvant
que nous sommes d'utilité publique et indispensables aux
autres.
A mon sens, le premier et le dernier mot du
savoir-vivre, c'est ce sens de la gratuité et même de
l'inutilité. Et si nous n'arrivons pas à nous en
convaincre, il nous suffit de regarder le ciel, le soleil et les
autres étoiles. Les astres et les soleils sont comme des
émaux et des rubis jetés à la face de la nuit.
Et ils sont semés pour rien, lancés pour rien, et ils
brillent pour rien. Ils naissent et ils meurent pour rien. L'Etoile
du berger se demande-t-elle pourquoi elle se lève au
crépuscule et Vénus se demande-t-elle pourquoi elle
resplendit encore à l'aube ? Certes non ! Elles sont
là par grâce et elles se donnent par grâce,
gratuitement. Pourquoi aurions-nous plus de
prétention !
Ainsi, au-dessus de toute chose et de toute
vie, au-dessus des astres et des merveilles, au-dessus de chacun de
nous, il y a le ciel d'une générosité gratuite,
jetée à la volée, il y a le ciel qui lance le
pain de la vie à la face des eaux du monde et de la
vanité de toute chose.
Pour moi, le propre de
l'homme, sa dignité propre,
c'est son aptitude à la gratuité, au geste inutile, au
« pour
rien », au « même si c'est
absurde ». Il me semble
indispensable que notre attitude devant la vie, devant les autres et
devant nous-mêmes reste une attitude
désintéressée, une attitude de don et de
gratuité.
J'ai peur que ce sens de la gratuité,
du « pour
rien » et du
« pour
l'absurde » ne soit en
train de se perdre dans un monde fondé sur le profit, la
concurrence, le marchandage, la réussite et la promotion
personnelle.
A mon sens, s'il doit rester une seule chose
du christianisme, c'est le sens de la gratuité
désintéressée. Vivre, donner, recevoir et
même renoncer « pour
rien », même si
c'est absurde. Et j'ajoute même : parce c'est absurde,
parce que cela ne sert à rien.
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