Face à la
tentation
Alain
Houziaux
30 septembre 2007
La tentation, qu'est-ce que
c'est ? On pense souvent qu'être tenté, c'est
être séduit, c'est être détourné du
droit chemin.
Mais les choses ne sont pas toujours aussi
simples. Assez souvent, on ne sait pas quel est le bon chemin, quel
est le bon choix à faire. C'est le cas pour Jésus
lorsqu'il est tenté par Satan au désert. Ce que Satan
propose à Jésus, cela n'a rien de mauvais en soi.
Apparemment, il lui propose de mettre en pratique sa foi, son
espérance et son amour. En effet changer les pierres en pain,
cela paraît être un acte d'amour pour ceux qui ont faim.
Se jeter du haut du temple, cela paraît être un acte
d'espérance en la puissance de Dieu. Et instaurer le Royaume
de Dieu, cela paraît être un acte de foi et de
responsabilité vis-à-vis de ce monde.
Alors pourquoi Jésus
considère-t-il ces trois honnêtes propositions comme
trois diaboliques tentations ? Comment faire la
différence entre le bien d'une part et la tentation d'autre
part, lorsque cette tentation se présente comme la tentation
de faire le bien ? Le texte biblique propose trois
pistes.
Premier principe : si nous hésitons entre deux actions
possibles, choisissons celle dont nous tirons le moins de profit pour
nous-mêmes.
Satan propose à Jésus trois
actions qui, apparemment, sont pour la gloire de Dieu et le service
des hommes. Mais ces trois actions auraient aussi permis à
Jésus d'en retirer une certaine gloire personnelle. En effet,
s'il avait changé les pierres en pain, Jésus aurait
été pris pour un faiseur de miracles. S'il
s'était jeté du haut du Temple, il se serait fait
applaudir par tous les habitants de Jérusalem pour son
courage. S'il avait instauré le Royaume de Dieu sur cette
terre, on l'aurait pris pour Dieu le Père
lui-même.
La tentation, c'est toujours la tentation de
jouer sur deux tableaux à la fois, celui de sa propre
réussite (professionnelle ou politique par exemple) et celui
du service des autres. Si l'on hésite entre deux chemins, il
vaut mieux choisir celui où l'on s'efface le plus.
Deuxième principe. Au nom de quel principe Jésus choisit-il ce
qu'il doit faire ? Jésus s'en remet à une
règle, à la règle qu'il a choisie pour sa vie.
En l'occurrence, pour Jésus, cette règle, c'est celle
de la manière dont il comprend sa mission. Cette mission, ce
n'est pas d'être lui-même un sauveur et un thaumaturge,
mais de témoigner par sa faiblesse et par sa mort de la
puissance du Dieu des résurrections. Et cette règle,
Jésus décide de l'appliquer en tout état de
cause, sans se poser de questions, quelles que soient les
circonstances, sans tenir compte de son désir
personnel.
Lorsque nous hésitons entre deux
décisions possibles, le mieux est de rester fidèle aux
règles de vie que nous nous sommes données et ce,
même si apparemment, il nous paraît possible et
peut-être même souhaitable de les transgresser pour une
fois.
Ceci me rappelle une rencontre que j'ai eue,
il y a quelques années, avec une religieuse âgée.
Elle me disait :
- « Aujourd'hui, je ne
sais plus si je crois encore vraiment ce que j'ai cru toute ma vie.
Mais je reste fidèle à ce que j'ai décidé
de croire lorsque j'étais jeune. Aujourd'hui, c'est cette
fidélité qui me tient lieu de foi et
d'espérance. »
Et le troisième
principe c'est celui-ci : si
nous hésitons entre deux chemins, choisissons celui qui laisse
le plus de champ à l'imprévu et au hasard,
c'est-à-dire à la grâce et à la
liberté de Dieu.
Plus tard, les miracles que Satan avait
proposés à Jésus s'effectueront d'eux
mêmes, à l'improviste, lorsque la situation s'y
prêtera. Ils se feront sans être des coups de force
décidés par Jésus lui-même.
Un jour, Jésus suscitera une
multiplication des pains. Il se faisait tard, les gens avaient faim,
le village était loin, et il y avait là, par chance, un
jeune berger qui avait quelques pains et quelques poissons. Le
miracle s'est fait par hasard, par surprise, par grâce.
Un jour, plus tard encore, un Vendredi
saint, Jésus se jettera en chute libre dans la mort. Et alors
un miracle se fera sans avoir été
commandé : les anges de Dieu interviendront pour relever
Jésus, le jour de Pâques, à la surprise de
tous.
Un jour, plus tard encore, le Christ sera
roi et Seigneur sur cette terre. Mais, là aussi,
« Le Royaume de Dieu
viendra comme un voleur »
(1 Thess 5, 2), le jour où personne ne
l'attendra.
Ainsi, si nous avons un choix à
faire, il y a souvent deux sortes de décisions possibles. Il y
a celle qui bloque l'avenir, et celle qui ouvre l'avenir. Il y a la
décision qui fixe les choses définitivement et il y a
celle qui permet la grâce d'une surprise, l'occasion d'un
miracle.
Il vaut mieux agir (ou ne pas agir) de telle
sorte qu'un retournement de la situation soit toujours possible,
c'est-à-dire en laissant à Dieu sa place au
soleil.
Excursus : savoir
attendre
Si tu ne sais pas quel doit être ton
chemin, attends.
Attends que s'impose à toi le chemin
où tu supporteras d'être sous le regard de Dieu et de
tes frères sans avoir rien à dissimuler.
Attends qu'un chemin de justice et d'amour
s'impose à toi comme une évidence à laquelle tu
ne peux que consentir si tu ne veux pas trahir ce qu'il y a de plus
vrai en toi.
Attends qu'une émotion fasse la loi
en toi, et alors, si elle va dans le sens d'un sacrifice personnel,
ne résiste pas.
Citation : La semence pousse et
croît sans qu'on sache comment.
Extrait de
« L'épreuve, le courage et la foi »
(Bayard 1999)
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