Amour et
Vérité se rencontrent
Justice et Paix
s'embrassent
Psaume 85. v.11
pasteur Jean Dumas
Dieulefit
24 juillet 2006
Prendre ces 4 mots forts séparément ouvre la porte sur
les bons sentiments.
En effet, l'Amour, qui est chanté par les poètes et les
amoureux, est pourtant malade dans le monde où nous vivons. Il
est fragile, il se fait même de plus en plus rare. Combien de
couples l'ont vu s'enfuir, combien de peuples ne connaissent que la
haine...
Ou bien la
Vérité : Dire la
vérité s'impose comme une attitude utile pour vivre en
harmonie. Les parents apprennent à leurs enfants qu'il ne faut
pas mentir. En justice, le témoin jure de dire la
vérité, toute la vérité. Mais nous savons
tous qu'un nom de la vérité, les hommes se sont
entredéchirés. En religion, ce fut l'inquisition, ou
l'excommunication. Les hérétiques furent
brûlés sur les bûchers, qu'ils aient
été catholiques, ou protestants comme Michel Servet
condamné à mort par Calvin. La Vérité
d'abord...
Et la Justice ? Est-elle dignement rendue, dans ces régions du
monde où s'entassent des prisonniers pour des raisons
politiques, religieuses, ou ethniques ? Des violences
guerrières bafouent toute justice, comme à Guantanamo.
En Irak, désormais des chiites sont sauvagement
assassinés sous prétexte de contrôle de police,
ou vice versa.
Quant à la Paix, elle se fait rare.
Le poète du Psaume 85 permet
d'éviter ces bavures, pour ne
pas dire ces injures faites à l'Amour, à la
Vérité, à la Justice ou à la Paix, en les
associant deux par deux.
Amour et Vérité se
rencontrent
Justice et Paix
s'embrassent
Pour que l'Amour vive, il doit
pouvoir affronter la Vérité.
Pour que la Justice se fasse, elle doit produire la Paix.
Ces quatre mots mis ensemble, quoique
contradictoires souvent, ont été mis en pratique ces
dernières années par Nelson Mandela dans la
République sud-africaine. Je veux évoquer comment
maintenant.
.
Je viens de lire la monumentale
autobiographie de Nelson Mandela : 758 pages denses, où un noir d'origine
modeste se raconte. Il est né l'année où la
1ère guerre mondiale prit fin, dans le Transkei, province
d'Afrique du sud. Il aimait la boxe, et le droit. Il aimait surtout
la campagne de son pays, ses paysages et ses paysans. Il souffrait de
la condition injuste subie par les noirs, qui n'avaient pas
accès aux mêmes études ni aux mêmes
métiers que les afrikaners blancs.
Aussi, il fait des études d'avocat. A 24 ans, il doit
emprunter un costume neuf pour recevoir son diplôme.
Puis il se décide à quitter son Transkei pour
être plus utile à son peuple : « Je sentais que tous les courants de ma
vie m'entraînaient lin du Transkei. Je commençais
à comprendre que mon devoir était envers mon peuple
dans son ensemble et pas simplement une partie de ce
peuple. »
Il fonde alors le mouvement des jeunes au
sein de l'ANC, le parti noir revendiquant la liberté, dont il
devint rapidement leader. Ce qui m'a frappé dans ce livre,
c'est la modestie du futur Président. Il est sûr de sa
valeur, mais jamais ne se met en avant. Il passe son temps à
solliciter l'avis et l'accord des membres de son parti.
La suite de l'histoire est
connue. Les actions de l'ANC
s'amplifiant, les afrikaners prennent peur ; ils créent
les lois de l'apartheid qu'ils ne cessent de renforcer d'une
année sur l'autre. Mandela finit par être
arrêté, après avoir passé une année
d'action clandestine, alors que les grèves non-violentes ne
cessent de se multiplier. Il sera incarcéré pendant
près de 27 années !
Il écrit à ce propos : « On dit qu'on ne connaît jamais un
pays tant qu'on n'est pas allé dans ses prisons. On ne devrait
pas juger une nation sur la façon dont elle traite ses
citoyens les plus riches mais sur son attitude vis-à-vis de
ses citoyens les plus pauvres - et l'Afrique du sud traitait ses
citoyens africains emprisonnés comme des
animaux » (p.244)
Les pressions internationales aidant et
l'impact grandissant de l'ANC sur la population noire, Mandela est
libéré, des élections libres sont
organisées, et il est élu Président de la
République sud-africaine.
L'évêque anglican Desmond
Tutu, noir lui aussi, et prix Nobel
de la paix également, raconte :
« Le moment que j
'attendais depuis si longtemps est enfin arrivé ; j'ai
plié mon bulletin de vote et je l'ai mis dans l'urne. J'ai
alors poussé un grand Yypee ! Je me sentais tout
étourdi. C'était comme tomber amoureux. Le ciel
paraissait plus bleu et plus beau. Je voyais les gens sous un jour
nouveau. Ils étaient beaux, transfigurés.
J'étais moi-même transfiguré. C'était
comme un rêve. »
Lorsque Nelson Mandela fut investi
Président de la République, le premier Président
élu démocratiquement par l'ensemble du peuple, Desmond
Tutu raconte à nouveau ce geste étonnant :
« Ce jour-là,
lorsque Nelson Mandela est arrivé, les chefs des services de
police se sont avancés vers sa voiture, l'ont salué, et
escorté. Alors Mandela a prié son geôlier
d'assister à la cérémonie d'investiture en tant
qu'invité d'honneur.
Ce geste spectaculaire, bien dans sa manière, a
été le premier d'une longue série qui devait
montrer sa stupéfiante magnanimité et sa faculté
à pardonner. Il ne tarderait pas à se
révéler un défenseur convainquant de la
réconciliation nationale. » (p.17)
C'est ainsi qu'il inventa et créa
la Commission « Vérité et
Réconciliation ».
Amour et Vérité se
rencontrent
Justice et Paix
s'embrassent
Cette Commission fonctionna plusieurs
années, sous la présidence de Desmond Tutu. Il ne
s'agissait pas de se contenter de se dire : « Je t'aime », mais de vivre un amour impossible, affrontant la
vérité des horreurs commises pour permettre le
pardon.
Une juridiction toute nouvelle fut
organisée, offrant aux victimes, noires, mais pas toutes, de
raconter les horreurs subies devant leurs tortionnaires, afrikaners
pour la plupart. Ceux qui acceptaient de comparaître se
voyaient amnistiés de leurs forfaits. Des milliers de
comparutions eurent lieu dans tout le pays, émouvantes,
pathétiques souvent. Desmond Tutu - je le cite une
dernière fois - explique :
« Dans ce
contexte-là, le but recherché n'est pas le
châtiment ; les préoccupations premières
sont la réparation des dégâts, le
rétablissement de l'équilibre, la restauration des
relations interrompues, la réhabilitation de la victime, mais
aussi celle du coupable. »
Les deux hommes qui ont, en Afrique du Sud,
été les artisans de la réconciliation
étaient et sont toujours des chrétiens. Ils n'ont fait
que suivre l'exemple de leur Maître, qui a su tout en
même temps faire se rencontrer l'Amour et la
Vérité.
.
Jésus, tout à la fin de ses
jours, rassemble les siens pour la dernière Pâque avec
eux. Il les connaît bien, ses
12 disciples. Il a annoncé à Pierre son reniement,
il laisse entendre à Judas qu'il sait sa trahison, il
prédit à tous qu'ils vont l'abandonner. Et pourtant, « il met le comble à
son amour pour eux », nous
dit l'Évangile de Jean. Il leur lave les pieds.
Amour et Vérité se
rencontrent
Je peux tout savoir de l'autre, mettre
à nu ses failles et reconnaître ses faiblesses - et
tout en même temps l'aimer. Non pas l'excuser, ou fermer les
yeux sur ses noirceurs, mais l'aimer, quand même.
Cela nous est impossible ?
Avec le Seigneur, tout devient
possible.
Et lorsque Jésus retrouve les
siens, près sa mort, et qu'il leur apparaît
ressuscité, il leur dit :
La Paix soit avec vous.
Je vous laisse la paix, je vous donne la paix.
Je ne vous la donne pas comme le monde la donne.
Ne soyez pas inquiets et n'ayez pas peur.
Jean, ch. 14
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