Dialogue inter religieux
Dieu est-il
présent
dans les autres religions ?
Diana L. Eck
professeur de religions
comparées et d'hindouisme
université de Harvard
On
Seeking and Finding in the World's Religions
7 janvier 2002
Toutes les religions recherchent la
transcendance divine ; mais en
existe-t-il une dans laquelle nous pourrions dire avec assurance
qu'effectivement on y rencontre Dieu ? Une religion qui
ouvrirait, par conséquent, une nouvelle voie vers le Dieu de
Jésus-Christ ?
Cette question a été proposée à
l'Assemblée générale du Conseil
œcuménique des Églises à Vancouver
en 1983 ; les délégués étaient
tous d'accord pour reconnaître le sérieux et
l'authenticité de la recherche spirituelle des autres
religions. Mais quant à reconnaître en elles et en
dehors de Jésus-Christ, la véritable présence de
Dieu, ils étaient loin d'être tous d'accord.
Dieu déplore-t-il la
pluralité des religions du monde, ou au contraire cette diversité fait-elle
partie de la richesse de sa révélation ? Les
grandes traditions non-chrétiennes qui, il faut bien le
reconnaître, ont été à l'origine de
grandes civilisations et soutiennent la vie de millions d'hommes
sont-elles fondamentalement générées par
l'Esprit Saint, en accord foncier avec le ministère de
Jésus-Christ ?
Les publications se multiplient
depuis une dizaine d'années
sur ce sujet. L'« exclusivisme » de Karl Barth et de Hendrik Kraemer,
l'« inclusivisme » de Karl Rahner et le « pluralisme » de John Hick répondent, chacun à sa
manière à la même interrogation
fondamentale : « Que
penser de la foi d'un musulman ou d'un bouddhiste
sincère ? »
(Voir sur ce site : les autres
religions)
.
Un colloque a été
organisé
précisément sur ce sujet par le Conseil
œcuménique des Églises à Barr, en Suisse ;
il rassemblait 25 théologiens orthodoxes, catholiques et
protestants.
- Les orthodoxes ont
rappelé l'importance de la théologie du Saint Esprit,
particulièrement présente chez les Pères de
l'Église qui sont toujours à la recherche de traces de
Dieu chez les autres peuples, chrétiens ou non
chrétiens.
- Les catholiques ont
fait état des recherches poursuivies depuis le concile de
Vatican II par le Secrétariat pour les Religions
non-chrétiennes, sur l'inculturation des autres religions,
notamment en Inde avec le Père Jacques Dupuis.
- Les protestants ont
parlé de leurs expériences missionnaires en Asie, en
Afrique et en Amérique, et de la fameuse conférence
d'Edimbourg en 1910 qui fut à l'origine du Conseil
œcuménique des Églises.
Les diverses interventions à ce
colloque soulevaient en particulier les questions suivantes :
Devons-nous souhaiter que les
fidèles des autres religions fassent des progrès dans
une connaissance plus complète de la présence divine en
eux ou devons-nous considérer que Dieu est déjà
pleinement présent en eux ?
La vie que Dieu donne au monde en permanence
contient-elle en elle-même le salut que donne
Jésus-Christ ?
Que lisons-nous dans la Bible concernant
l'action du Saint-Esprit dans le monde ? Agit-il aussi en dehors
de l'Église ?
Les débats de Vancouver (COE 1983)
butaient sur la question de savoir
si les hindous et les bouddhistes, dans leur piété et
leur prière avaient déjà « trouvé » la vérité ou en étaient-ils encore
à la « chercher ».
A Barr, tous les participants
sont tombés d'accord que,
dans ces religions, Dieu a trouvé les hommes et que les hommes
ont trouvé Dieu. Le consensus était fait que nier cette
vérité reviendrait à récuser le
témoignage biblique, qui affirme clairement que Dieu est
créateur du monde entier, qu'il y est partout présent
et actif et qu'il est le Dieu de tous les peuples.
La question qui se posait
était de savoir si, non
seulement Dieu est présent auprès des hommes
individuels, mais s'il l'est également dans les religions
elles-mêmes où les hommes vivent leur foi. Autrement dit
si les hommes trouvent Dieu en dépit de leur religion ou par
leur intermédiaire.
Certains membres du colloque pensaient que
Dieu ne tient pas compte des religions, même pas de la religion
chrétienne, car celles-ci ne sont que des réponses
humaines à sa présence et à son amour.
D'autres admettaient bien la présence de Dieu auprès de
tous les hommes mais pas dans les structures, les dogmes et les
Écritures des autres religions.
Le théologien catholique Jacques Dupuis rappelait que
Vatican II avait clairement affirmé la présence
d'éléments positifs, non seulement dans la foi des
croyants d'autres religions mais dans leur religion elle-même,
et que c'était dans une pratique sincère de leur propre
foi que ces croyants rencontraient Dieu et non en dépit leur
foi.
.
Le Document final du
colloque stipule que toutes les
religions ont une valeur ambiguë dans la mesure où leurs
fidèles sont pleins de « vice et
d'iniquité » et en
même temps hautement respectables en tant qu'êtres
humains.
Le colloque affirme aussi le fait que les
fidèles trouvent effectivement Dieu lorsqu'ils le cherchent
dans leur religion ; que partout où se rencontrent un
enseignement de sagesse et de vérité, d'amour et de
sainteté, il provient, comme dans le christianisme, d'un don
du Saint-Esprit.
Un accord général s'est
également dégagé pour dire que la confession
personnelle explicite du nom de Jésus-Christ n'est pas
nécessaire pour le salut de Dieu.
Le colloque s'est donc
interrogé sur l'importance de
l'œuvre de Jésus-Christ pour autres religions.
Les « inclusivistes » et notamment les catholiques, pensaient que le salut
du Christ s'étend aux fidèles des autres religions, aux
hindouistes par exemple, par l'intermédiaire de leur propre
religion, comme il parvient aux chrétiens par
l'intermédiaire de l'Église.
Les autres estimaient difficile d'admettre que la présence de
Dieu auprès des hindouistes, par exemple, était due, en
fait, à l'intervention secrète du Christ.
.
En ce qui concerne l'action de l'Esprit
Saint, le Document final
déclare : « Nous avons pris davantage conscience de
ce que l'action de l'Esprit Saint est toujours au-delà de
toutes nos définitions doctrinales ; "le vent souffle
où il veut" »
Jean 3.8.
Nous sommes impressionnés et
reconnaissants de l'action créatrice du Saint-Esprit dans le
monde ; toujours à nouveau il ordonne le chaos, restaure
la face de la terre et renouvelle au coeur des hommes la foi en la
vérité, la paix et la justice.
C'est à lui que nous sommes redevables de tout « amour, joie, paix, patience,
bonté, compassion, fidélité »
Galates 5.22
Nous reconnaissons tout à fait
l'œuvre du Saint-Esprit en dehors de l'Église, dans les vies
et les traditions des différents peuples du
monde ».
.
Le Document se termine en invitant
par conséquent les lecteurs
à repenser leurs conceptions théologiques, à
entrer pleinement dans le dialogue interreligieux et, bien entendu,
à écouter les théologiens des autres religions
lorsqu'ils interpréterons à leur tour le christianisme
selon les critères de leur propre tradition.
« Une nouvelle ère
théologique s'ouvre devant nous ».
Traduction Gilles
Castelnau
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