Dialogue inter religieux
Relation
postmoderne
entre les religions
John B.
Cobb
29 juin 2001
On ne peut que se réjouir de
constater, à la fin du
XXe siècle, une amélioration de la
relation des chrétiens à l'égard des autres
religions et en effet, nous n'avons aucune raison de nous montrer
négatifs à leur égard.
On a pris conscience du mal que nous faisaient les rivalités
mutuelles et on a découvert le bonheur qu'il y avait à
collaborer fraternellement plutôt qu'à s'opposer. En
s'ouvrant les uns aux autres, certains d'entre nous se sont, de plus,
rendu compte, que ces nouveaux partenaires connaissaient souvent une
sagesse qui nous faisait défaut.
Il est vrai que
l'Évangile a
été trop souvent identifié à la culture
méditerranéenne dans laquelle il a pris naissance et il
convient désormais de le repenser au niveau de la
planète, sans nous laisser freiner par la crainte
sempiternelle du syncrétisme, c'est-à-dire de le voir
s'affadir par un mélange avec les autres religions.
Il ne s'agit pas d'unifier toutes les religions en un grand chaos
indifférencié, mais d'engager un dialogue qui nous
amène tout de même plus loin que la simple description
de nos traditions respectives. Le christianisme connaîtra une
nouvelle existence lorsqu'il aura appris à se détendre
face aux autres.
A l'égard du
bouddhisme, par exemple, nous
prendrons conscience que notre méfiance et notre
hostilité à son égard ne procède en rien
du message biblique. Il est bien évident que les auteurs de la
Bible ignoraient jusqu'à son existence et nous ne pouvons que
spéculer sur ce qu'ils auraient pensé de lui.
Notre opposition à son égard provient plutôt de
la conviction que, puisque c'est notre parole qui est la vraie, tout
autre enseignement ne peut être que faux. On ajoute de plus que
le salut vient de Jésus-Christ seul.
Ce type de raisonnement rend
aveugle à tout ce qui est
vrai et bon dans les autres traditions religieuses. On prend
conscience aujourd'hui de tout ce que les contenus de la foi et des
pratiques religieuses doivent au contexte historique, culturel,
ethnique, psychologique et sociologique dans lequel ils ont pris
naissance.
Un intégrisme fanatique n'est plus
de mise ; il n'est pas question
non plus de tomber dans un relativisme sans esprit critique. Il nous
faut découvrir maintenant une attitude ouverte et
raisonnable.
Un relativisme sans esprit
critique mine la ferveur de la
foi : Mettre sa foi en une vérité et constater
qu'une autre religion affirme une vérité
différente, peut avoir, il est vrai, l'effet débilitant
de penser que finalement aucune des deux n'est plus vraie que l'autre
et que, d'ailleurs, aucune vérité n'est connaissable.
Chacun demeure dès lors prisonnier de sa propre logique et
personne ne s'efforce d'améliorer son propre credo et de
l'approfondir. Si tout se vaut, pourquoi s'efforcer
d'améliorer sa pensée ?
Dans le dialogue avec les
bouddhiste, par exemple, les
bouddhistes qui disent que l'individu n'a pas d'existence
personnelle, semblent s'opposer à la foi chrétienne en
la réalité et l'importance de la personnalité
humaine.
Mais il ne faut pas en rester là, car cette opposition n'est
pas aussi irréductible qu'elle paraît. Ce que
récusent en réalité les bouddhistes est la
croyance en une personnalité substantielle. Il est vrai
qu'habituellement nous raisonnons en ces termes de substances, mais
si l'on y réfléchit, ce langage n'est pas indispensable
à notre foi en l'Évangile. Nous pourrions parfaitement
penser plutôt, à la manière bouddhiste, en termes
de relations ; nous y trouverions même un enrichissement de
notre pensée.
Nous ne récuserons plus
systématiquement les idées des autres, nous n'exprimerons plus notre foi en affirmations
passionnées péremptoires excluant toute autre forme de
pensée, mais notre recherche passionnée sera celle
d'une compréhension approfondie de la spiritualité de
notre partenaire ; et bien souvent nous découvrirons avec
intérêt que certains aspects de la foi que nous n'avions
jamais pensé à aborder, ont été
jugés importants et approfondi par d'autres qui nous les font
alors découvrir et nous en enrichir.
L'attachement à notre propre
religion y trouvera finalement son
compte et nous nous trouverons rapprochés du Christ dans la
mesure où notre foi en lui se trouvera libérée
des formulations dogmatiques traditionnelles et où nous
ouvrirons notre c�ur et notre pensée à cet autre que
nous recevrons désormais comme notre prochain.
La fidélité à
Jésus-Christ ne nous interdit
pas de découvrir et de pénétrer la sagesse des
autres religions. C'est elle, au contraire, qui nous rapproche de
ceux qui sont nos frères et nous apprend à les
écouter.
Il ne s'agit pas non plus d'abandonner
notre esprit critique, mais de
renoncer à un esprit prétentieux et enfermé sur
ses propres certitudes car celui-ci ne provient pas de la foi mais du
péché.
La religion ne doit plus être cause
de division mais source de paix et
d'harmonie entre les hommes. Et s'il doit y avoir compétition,
que ce soit celle du plus grand souci d'ouverture aux autres.
La théologie
postmoderne
La théologie
« postmoderne »
ne juge pas les autres cultures selon ses propres standards ;
elle s'efforce au contraire d'apprécier leur valeur pour s'en
enrichir dans la toute mesure du possible. Son horizon s'étend
à toute la communauté humaine et même à la
nature dans son ensemble.
La pensée dite
« moderne »
opposait de manière dualiste Dieu et le monde, l'esprit et la
matière, l'humanité et la nature, le corps et
l'âme, la science et la religion, toutes réalités
que la théologie postmoderne s'efforce de réunir
à nouveau en une seule entité, à la
manière d'ailleurs des sociétés
traditionnelles.
. Dieu et le monde. La
théologie moderne se représentait
généralement Dieu comme extérieur au monde qu'il
avait créé ex nihilo, c'est-à-dire à
partir du néant, dans lequel il intervenait exceptionnellement
de manière surnaturelle et sur lequel il prononcerait
finalement un jugement dernier.
Le développement des sciences de la nature rend cette
conception non crédible à nos yeux ; on a tendance
aujourd'hui à penser une présence de Dieu dans
l'univers plus infuse, plus englobante. Il est devenu classique de
dire que Dieu s'implique dans les souffrances du monde ; le
dualisme a fait place au l'unité.
. L'âme et le corps. La modernité souffrait d'une opposition
discutable qu'elle voyait entre l'âme et le corps, surtout dans
sa dimension sexuelle. Elle considérait qu'un volontarisme de
l'âme pouvait et devait diriger le corps et il en
résultait évidemment une conception de l'éthique
sexuelle parfaitement inhumaine. L'homosexualité, par exemple,
se trouvait condamnée par l'Église au nom d'une lecture
de la Bible si extravagante qu'on n'aurait pu l'employer de la
même manière pour aucun autre sujet.
La théologie postmoderne s'efforce de guérir cette peur
ancestrale de tout ce qui touche au corps pour replacer celui-ci en
paix sous le regard de Dieu et du prochain et en redécouvrir
la joie.
. Une théologie patriarcale. Bien que le Nouveau Testament contienne des
éléments importants en faveur de la libération
de la femme, la théologie chrétienne n'en a pas moins
maintenu les anciennes traditions patriarcales
méditerranéennes, au mépris bien souvent d'une
élémentaire justice. La théologie postmoderne
réfléchit à une nouvelle manière de
penser.
. Une théologie coupée de la
base. La théologie moderne
s'est développée au niveau universitaire et y a acquis
un haut niveau de réflexion dont on ne peut que se
réjouir.
Elle s'est, ce faisant, éloignée du peuple de
l'Église. Celui-ci livré à lui-même, a
tendance a se laisser trop souvent aller à une pensée
superficielle ou superstitieuse qui n'a plus la rigueur
souhaitable.
La théologie postmoderne doit bien évidemment
opérer un important virage à ce sujet.
Traduction Gilles
Castelnau
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