Libre opinion
Jésus
célèbre et méconnu
The
fantasy world of history's most famous and most misunderstood
person
Andrew
Furlong
14 août 2008
Avez-vous déjà
été mal compris ? Evidemment cela vous est arrivé comme à tout le monde
et vous savez bien aussi ce que c'est que d'être
embarrassé. Eh bien ces deux choses me sont arrivées.
Mes amis et moi vivions dans un monde de
fantasmes et de rêves et cela explique pourquoi mes amis m'ont
mal compris, se sont trompés à mon sujet et ont
donné de moi une mauvaise interprétation. J'ai
trouvé cela extrêmement embarrassant.
Ne vous méprenez pas lorsque je dis
que nous vivions dans un monde de fantasmes. Nous vivions aussi dans
le monde réel. Il est vrai que ces deux mondes se
recoupaient.
Voici cinq de nos fantasmes, qui
étaient d'ailleurs liés les uns aux autres.
. 1 . Voici le
premier. Il faut comprendre son
arrière-plan. Mes amis et moi sommes nés il y
très longtemps, au temps de l'Empire romain. Avant
c'était la domination grecque. Notre pays était petit
et toujours soumis à une grande puissance et nous repensions
sans cesse au lointain passé où nous étions
indépendants. Nous étions convaincus, comme d'ailleurs
toutes les petites nations, que nous avions un Dieu protecteur. A
l'époque on pensait que le monde était plein de
puissances surnaturelles et chacun prétendait
évidemment que son Dieu était le plus fort. Chaque
bataille gagnée par l'un était présentée
comme une victoire du Dieu de ce pays.
Je comprends bien aujourd'hui que
c'était le fruit de notre imagination. C'était notre
premier fantasme. Je n'y ai jamais vraiment cru.
. 2 . Deuxième
fantasme. Nos leaders intellectuels
ont fini par penser qu'il était absurde de croire que le monde
était peuplé d'autant de Dieux qu'il y avait de nations
et qu'il était plus crédible de penser qu'il n'existait
qu'une seule Superpuissance créatrice de toute vie. Mais il
ont commis l'erreur catastrophique de s'imaginer que cette
Superpuissance avait, à l'égard de notre nation, la
même attitude de préférence que notre ancien Dieu
tribal dont on disait qu'il nous aimait fidèlement. Ils ne
pouvaient abandonner l'ancienne idée de peuple, alors
même que cela n'avait plus de sens : comment le Dieu
créateur du monde pourrait-il avoir des favoris ? En
identifiant notre ancien Dieu tribal avec le créateur du monde
entier et en pensant que nous étions toujours ses favoris, ils
avaient créé le deuxième fantasme qui a eu de si
sérieuses conséquences.
. 3. Troisième
fantasme. On s'est alors mis
à attendre que Dieu intervienne dans l'histoire du monde et
fasse enfin quelque chose de miraculeux pour vaincre les puissances
qui nous dominaient et nous exploitaient, restaurer notre
intégrité et nous rendre paix et indépendance.
C'était un fantasme sensationnel et
nos prophètes en ont eu des visions étonnantes. L'un
d'eux - c'était deux siècles avant ma
naissance - a imaginé une scène qui se
déroulait dans le ciel (on la trouve à la fin du livre
de Daniel dans la Bible hébraïque). La ruine des empires
terrestres s'y préparait et nous - qui étions le
peuple de Dieu - entrions dans un nouveau royaume et notre
capitale devenait le centre du monde. Les morts ressuscitaient et
sortaient de leurs tombes, dans lesquelles on pensait qu'ils
dormaient. Seuls ceux qui en étaient dignes pouvaient entrer
dans le nouveau royaume, les autres étaient condamnés
à une vie éternelle de souffrances et de tourments. Ce
prophète décrivait une vision qu'il avait eue, dans
laquelle un être se tenait debout dans le ciel face à un
Dieu grand, majestueux et paraissant plutôt âgé.
Cet être était-il humain ou divin ? Était-il
comme un ange ou non ? Quel rôle devait-il jouer ? De
mon temps certains disaient qu'il devait s'occuper du transfert de
pouvoir du gouvernement humain à la Loi divine. On disait
aussi qu'il jugerait les vivants et les morts. On l'appelait « Fils de
l'Homme ».
Certains de nos prophètes avaient
aussi des fantasmes concernant une autre figure qui devait
également nous libérer et qu'ils appelaient le Messie,
un titre qui signifie « oint par Dieu ». Mais on disait aussi qu'un Messie viendrait qui
serait descendant du roi David, sans doute parce qu'Israël
était politiquement indépendant du temps de ce roi et
qu'il symbolisait la paix et la liberté. Si le Messie
était un descendant de David, il serait sans doute né
à Bethléem, la ville de David.
Le premier fantasme était donc de s'imaginer que chaque nation
avait son propre Dieu qui avait fait une alliance spéciale
avec elle et s'était engagé à la soutenir et
à la protéger fidèlement.
Le deuxième
fantasme était que le Dieu
créateur unique auquel on s'était mis à croire
se conduirait à notre égard comme son peuple
élu, avec la même faveur que l'ancien Dieu
tribal.
Le troisième fantasme était que ce Dieu nous
restaurerait un jour dans un nouveau royaume indépendant de
paix et de prospérité.
Tout ceci était illusoire mais avait
au moins l'avantage de nous donner l'espoir qu'un jour notre vie
serait meilleure et non pas pire !
Je reconnais que je partageais moi aussi
comme tout le monde, les idées du temps. Je me rends compte
aujourd'hui qu'elles étaient stupides. Mais j'étais
évidemment un homme de mon époque.
Ce qui n'arrangeait rien était que
j'étais de plus sous l'influence d'un homme appelé
Jean. Il faisait partie d'un groupe qui se tenait à
l'écart de la société globale et habitait dans
les grottes de la mer Morte. Nous disions que le grand rêve du
renouveau de notre peuple allait se produire prochainement par
l'intervention de l'invisible Superpuissance.
Je reconnais que c'était un quatrième
fantasme.
Nous en avons eu de plus un cinquième
mais il faut d'abord que je me présente un peu.
Mon nom de Josh est un diminutif de
l'hébreu Joshua. Je suis
né et j'ai grandi près d'un grand lac où il y
avait de nombreux villages de pêcheurs. Nous étions une
famille nombreuse. Mes parents, Joseph et Miriam, n'ont jamais
pensé que j'étais un enfant roi mais ils me regardaient
sans doute comme un peu différent des autres. Les histoires de
ma naissance à Bethléem n'ont été
élaborées que longtemps après ma mort.
A un moment j'ai commencé à
parler de mes idées. Il s'est trouvé des gens pour
m'écouter. Et ils parlaient de cette intervention surnaturelle
qui allait restaurer notre nation. Ils entraient dans le
quatrième fantasme. D'autres n'y croyaient pas du tout et
disaient qu'il n'y avait rien du tout à espérer, que
les Romains ne s'en iraient jamais. Les uns m'approuvaient de ne pas
m'engager dans une politique de violence et de ne compter que sur la
Puissance surnaturelle. Je n'étais pas radical comme Jean.
J'avais toujours été sensible aux opprimés, aux
marginalisés. J'étais un homme de compassion. Je disais
que le nouveau royaume serait ouvert aux pauvres et aux exclus.
J'essayais d'être bon, d'être plein d'amour et de
tendresse.
Peut-être finalement plusieurs
milliers de personnes m'ont entendu parler. D'autres ont entendu
parler de moi. Mais à l'époque il n'y avait ni journaux
ni télévision. J'étais basé dans le nord
du pays, dans la région de Nazareth où je suis
né.
J'ai visité la capitale plusieurs
fois, avec mes amis. Au cours d'un
de ces séjours, où nous étions venus pour une de
nos fêtes nationales, la ville était pleine d'un monde
survolté par l'émotion. On célébrait la
libération que Dieu nous avait donnée il y a des
siècles et bien avant le temps du roi David. En tout cas c'est
ce que l'on nous avait dit, à l'époque
- aujourd'hui je ne crois plus que l'on peut discerner
l'intervention d'un Dieu caché et invisible comme nos rabbis
nous le disent.
Bref, les gens discutaient de la
manière dont on pourrait se passer cette libération de
l'occupant romain. Et moi j'ai causé un peu de trouble dans le
Temple car je n'aimais pas la manière dont les choses s'y
passaient.
Je dirais que c'est cette histoire,
ajoutée aux rumeurs qui disaient que j'étais
peut-être un leader potentiel de rébellion et que
j'avais des partisans qui a fait qu'on a décidé de me
liquider. Et tous mes espoirs de voir le nouveau royaume arriver de
mon vivant ont été balayés. Même si, je
m'en rends compte maintenant, l'idée même de ce royaume
n'était qu'un fantasme.
La manière dont ils se sont
débarrassés de moi n'avait rien
d'agréable. Mes amis
étaient naturellement très déstabilisés.
Ils avaient peur qu'on les ramasse eux aussi. Ils étaient
dévariés et ne savaient plus que penser.
Et puis certains d'entre eux ont fait
d'étranges expériences. Des choses inattendues se sont
produites. Et ce que je trouve vraiment gênant et difficile
à accepter, c'est qu'ils en sont arrivés à
croire que le quatrième fantasme que nous avions effectivement
partagé ensemble, était en train de se
réaliser.
Il pensaient que nous avions eu raison de
croire à l'imminence de son accomplissement.
Quelque chose de surnaturel se produisait.
Ils étaient convaincus que je n'étais plus mort. Ils
affirmaient que j'étais vivant d'une manière nouvelle
et unique. Les récits qu'on en a fait des années plus
tard, rapportaient qu'ils m'avaient vu vivant de leurs propres
yeux.
Ceci est bien
étrange. Seul Dieu pouvait
m'avoir ramené à la vie. S'ils m'avaient vraiment vu,
c'était alors une preuve de l'existence de Dieu. Mais il ne
peut pas y avoir de preuve de l'existence de Dieu. Je regrette de
dire que leur conviction de m'avoir vu vivant était encore un
fantasme. Le cinquième
fantasme. Mais pour eux
c'était un signe clair que la Superpuissance intervenait pour
restaurer notre peuple. Ils en étaient convaincus. Des fois
ils en étaient heureux et vraiment très excités,
mais d'autres fois cela les angoissait. Ils m'identifiaient avec
cette figure debout dans le ciel dont je parlais tout à
l'heure. Ils disaient aux gens qu'on pouvait s'attendre à tout
instant à d'autres interventions cosmiques surnaturelles. Ils
disaient que j'allais revenir dans le monde pour juger qui pourrait,
ou ne pourrait pas, entrer dans le nouveau royaume. Ils
étaient très impressionnés de vivre tout cela.
Et pendant ce temps, comme ils l'expliquaient aux gens,
j'étais au ciel. A leur idée j'étais devenu une
sorte d'être céleste. Ils disaient que je reviendrais
sur la terre avec de grands pouvoirs. En fait, ils créaient
une nouvelle identité de moi. C'était bien le
cinquième fantasme. Et les gens ont commencé à
dire que j'étais mystérieusement à la fois un
être divin et humain.
Ils ont aussi trouvé dans les
Écritures des arguments pour dire n'importe quoi sur ma mort,
qui était en rapport avec une idée punitive de Dieu.
Bref je devenais une sorte de Sauveur du
monde.
Je dois reconnaître que j'avais
partagé, moi aussi, ces idées de Dieu. J'avais cru en
un Dieu du jugement qui récompense et punit.
Mais personne n'a été
tellement mal représenté et tellement incompris que
moi !
Tout avait commencé avec le vieux
fantasme de Dieu favorisant le peuple. C'est absurde, aucun peuple
n'est spécial aux yeux de Dieu !
Tout le monde connaît la suite : mes
amis et les nouveaux convertis qu'ils ont attirés ont
provoqué des tensions. D'abord la plupart de nos compagnons
juifs pensaient mes amis et leurs successeurs disaient n'importe quoi
et cela a provoqué une rupture où tout le monde se
situait pour ou contre moi.
Il y avait aussi cette vision du
prophète Daniel dont j'aurais
préféré qu'il n'utilise pas son imagination
comme il l'a fait car les gens n'auraient pas eu tous ces fantasmes
à propos d'un nouveau royaume instauré directement par
Dieu, à propos de cet être céleste debout devant
Dieu que l'on identifiait avec moi, ou à propos des morts
sortant de leurs tombes pour le Jugement dernier. On disait aussi que
j'allais revenir...
J'ai dû supporter tout un culte que
l'on faisait sur moi - et sur ma mère aussi
d'ailleurs.
On m'a adressé des millions de
prières, des centaines de
peintres m'ont représenté. On m'a mis sous toutes les
formes dans les vitraux. On m'a sculpté en pierre, en marbre,
en bronze. Des milliers de théologiens ont écrit sur
moi. On m'a mis dans des romans, des pièces de
théâtre, des films. Et chaque fois on disait n'importe
quoi. Mais le pire est le nombre de malheurs et de drames qui sont
arrivés à cause de toutes ces idées qu'on a
émises à mon sujet. Comment leur faire comprendre
à tous que les cinq fantasmes n'ont rien à voir avec la
réalité ?
Jamais on ne pourra dire le mal que tout
cela m'a fait.
D'ailleurs d'autres fondateurs de religions
- pour ainsi dire - ont aussi été mal
compris. Mon ami Mohammed a cru à un moment qu'il avait
été divinement choisi et la plupart de ses disciples
croient toujours qu'il l'a été. Mais Dieu ne dit pas
miraculeusement sa volonté à ses représentants
humains. C'est à nous de trouver la bonne manière de
vivre.
Ce qui est libératoire est de
pouvoir dire à propos des
traditions des grandes religions : « Voici ce qu'il y a des milliers
d'années on disait être bien, ou être la
volonté de Dieu, mais on est libre aujourd'hui de penser
autrement. »
C'est la dignité et la
responsabilité humaine d'élaborer soi-même sa
conduite éthique et ses convictions théologiques,
provisoires bien entendu. L'important est l'éducation des
hommes. Là est la liberté.
Traduction Gilles
Castelnau
____________________________________
Remarque de Gilles
Castelnau.
Il faudrait mentionner la réforme que
Jésus a apportée en faisant comprendre que l'important
n'est pas de respecter les prescriptions de la Loi juive mais
d'imaginer, en collaboration avec les autres hommes, comment
construire un monde plus fraternel et plus heureux.
Et mentionner aussi que le dynamisme qu'il
vivait à l'égard des hommes qu'il croisait s'enracinait
dans la puissance créatrice de la Présence divine
agissant en nous.
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