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Nietzsche se voulait un médecin de la civilisation et son diagnostic sur l'état de santé de l'Occident était pour le moins réservé. Il a constaté que l'Occident était entré dans une phase accélérée de décadence devant l'entraîner dans de terribles catastrophes. Le XXe siècle avec ces deux guerres suicidaires en Europe et l'avènement du totalitarisme a donné amplement raison au pronostic pessimiste de Nietzsche. Ce dernier a vu dans les effets conjugués du christianisme et du rationalisme la cause principale de la maladie de l'Occident. Cette étrange maladie que les auteurs romantiques avaient déjà identifiée sous les mots d'ennui, de mélancolie, de vague à l'âme ou de spleen, se manifeste pour Nietzsche par une fatigue générale de vivre. Le fait est qu'à l'époque de Nietzsche tout se passe comme si l'Europe, au faîte de sa puissance, était en train de perdre le sen profond d'une telle quête de suprématie mondiale.
Ce phénomène de saturation du désir qui survient presque toujours chez l'individu qui pense avoir tout accompli semble également frapper le nations. Arrive ainsi le moment fatidique où l'organisme ne veut plus vivre, et c'est alors le début de la dégénérescence. C'est le temps du nihilisme et de sa question lancinante : À quoi bon ? À quoi bon vivre, si c'est pour mourir ? À quoi bon agir, si tout est destiné à la destruction ? À quoi bon désirer, si le désir nous fait souffrir ? Car pour Nietzsche, cette fatigue de vivre propre à « la vieille Europe » se manifeste aussi par la peur de la souffrance et le culte de la sécurité, alors que la santé d'un organisme s'exprime dans sa capacité à surmonter la douleur et à prendre des risques. Nietzsche reproche précisément à l'idéal démocratique de castrer les forces vives de l'individu au nom de l'idée obsessionnelle de la sécurité à tout prix. Pour Nietzsche, l'Occident est entré en décadence dès lors qu'il n'a plus su ou voulu assumer la dimension tragique de l'existence qui suppose l'héroïsme.
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La mort de Dieu, c'est la fin des idéaux moraux consistant à exalter un arrière monde spirituel au détriment de la réalité terrestre. C'est le moment où les anciennes valeurs de l'Occident périclitent parce qu'elles ne sont plus capables de stimuler l'instinct vital des populations et de donner un sens au destin collectif d'une nation. La mort de Dieu est donc un phénomène de péremption des valeurs en cours. Écoutons ce que nous en dit Nietzsche lui-même : « Le plus important des événements récents, - la « mort » de Dieu », le fait que la foi en le Dieu chrétien a été ébranlée - commence déjà à projeter sur l'Europe ses premières ombres. Du moins pour le petit nombre de ceux dont le regard, dont la méfiance du regard, sont assez aigus et assez fins pour percevoir ce spectacle; un soleil semble s'être couché, une vieille et profonde confiance s'être changée en doute : c'est à eux que notre vieux monde doit paraître tous les jours plus crépusculaire, plus suspect, plus étrange, plus « vieux ».
Pour Nietzsche, la mort de Dieu n'est pas forcément une bonne nouvelle. Cette mort de Dieu ne peut prendre un sens positif qu'à la condition de l'émergence de nouvelles forces créatrices capables d'engendrer de nouvelles valeurs pour remplacer les anciennes. En l'absence d'un processus de « transvaluation » des valeurs, le vide laissé par la perte de Dieu risque de s'avérer fatale pour la civilisation occidentale.
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Aujourd'hui, on ne peut plus séparer la catastrophe naturelle de la catastrophe humaine tant les deux domaines sont intimement intriqués l'un dans l'autre. On sait aujourd'hui que le réchauffement de la planète est accélérée par l'effet de serre du aux émissions excessives de dioxyde de carbone. Or, ce réchauffement crée d'importantes turbulences météorologiques' avec une recrudescence des inondations, des sécheresses et des cyclones un peu partout dans le monde. Et réciproquement, outre les victimes humaines, les catastrophes naturelles ont de plus en plus d'impact sur une économie mondiale d'autant plus fragilisée qu'elle repose sur des structures de plus en plus artificielles. Le meilleur exemple pour illustrer l'idée de la catastrophe intégrale a été donné en août 2005 avec le cyclone Katrina. La multiplication récente de ce type de cyclones tropicaux atteignant la côte sud des ÉtatsUnis est indiscutablement liée aux problèmes climatiques. Katrina, le plus violent jamais enregistré jusqu'à ce jour n'est certainement pas le dernier, et le pire reste probablement à venir. Il s'agit certainement de la plus grosse catastrophe naturelle de l'histoire des États-Unis avec près de 10000 morts et des destructions apocalyptiques. Mais l'ampleur de la catastrophe a été considérablement aggravée par l'incompétence du pouvoir américain dans l'organisation des secours. Le mal physique de la catastrophe naturel a été amplifié par le mal moral de l'égoïsme d'un pouvoir corrompu à son sommet...
Réciproquement, le cataclysme a des répercussions énormes sur l'économie américaine et même mondiale. Il a suffit que quelques puits de pétrole s'arrêtent pour que le cours du pétrole s'envole encore plus et que le monde entre dans sa troisième grande crise énergétique. Comme dans un jeu de dominos diabolique, cette situation va encore un peu plus aggraver les tensions internationales qui sont déjà à un niveau très élevé. La tentation américaine d'attaquer l'Iran qui défie la communauté internationale risque de devenir irrépressible si le pétrole vient à devenir hors de prix. Bref, « Catherine » est peut-être la Cinquième Cavalière de l'Apocalypse.
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Cette perspective nouvelle de la catastrophe intégrale et de son caractère quasi inéluctable semble transformer radicalement l'homme postmoderne des sociétés occidentales. Tout se passe comme si un nombre de plus en plus grand d'individus avait démissionné par rapport à l'avenir pour se réfugier dans une existence dans l'instant présent. Bref, on serait entré dans l'ère nouvelle d'un désespoir serein où l'on ne se pose même plus de question.La grande question nihiliste du « à quoi bon ? » aurait été remplacée par l'affirmation « ce n'est pas grave ! » C'est un peu comme si chacun se disait dans son for intérieur que la fin est peut-être proche, mais que ce n'est pas grave, l'important étant de vivre le mieux possible jusqu'au dernier moment. Cette attitude n'est d'ailleurs pas dénuée de noblesse philosophique et elle rappelle la morale stoïcienne. « Vis chaque jour comme si c'était le dernier » nous dit Marc-Aurèle. Il se trouve que le calendrier maya s'arrête en 2012 !
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« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » : ce magnifique commandement du Christ résume parfaitement le retour du souci éthique dans nos sociétés occidentales. Au-delà du phénomène de mode et de sa « récupération » dans le monde de l'entreprise avec la multiplication des comités d'éthique, la recherche du bien est une vraie tendance actuelle. Tout se passe comme si en ce début de XXIe siècle, la conscience humaine commençait à nouveau à se réveiller après l'incroyable assoupissement du XXe siècle qui a permis le déferlement du mal que l'on sait !
Le fait que la notion d’éthique se soit substituée à la notion de morale est d’ailleurs très révélateur de l’évolution de la conscience humaine au fil du temps. En réalité, éthique et morale sont deux termes pratiquement synonymes, leur différence relevant plus de l’état d’esprit que de la pure sémantique. Éthique vient du grec ethos qui signifie le vivre ensemble tandis que morale vient du latin mors qui signifie les mœurs. Le fait de privilégier la racine grecque au détriment de la racine latine est cependant très significatif. En effet, Athènes, c'est l'image de la belle totalité organique au sein de laquelle la pratique de la vertu est comme une seconde nature chez le citoyen, tandis que Rome c'est déjà le monde du Droit artificiel où la contrainte juridique est nécessaire pour inciter le citoyen à être vertueux.
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En dénigrant systématiquement l'amour de soi ainsi que sa manifestation la plus naturelle, à savoir la recherche du plaisir, le christianisme s'est exposé à une vengeance terrible d'un ego ainsi humilié. Loin du « fanatisme » d'un Pascal proclamant que « le moi est haïssable », un Rousseau a eu le grand mérite de réhabiliter l'amour de soi subtilement distingué de l'amour-propre. Et depuis la révolution psychanalytique, c'est devenu une évidence psychologique que l'être humain incapable de s'aimer ne peut aimer son prochain. Dans la mesure où la psychologie humaine fonctionne essentiellement d'après le modèle de la projection, l'individu qui se méprise projette son sentiment sur son prochain. Or, c'est une telle loi psychologique implacable qui explique en partie l'échec des religions dans leur volonté sincère au départ d'améliorer le sort de l'humanité. De nombreux religieux ont cru à tort que l'amour d'autrui n'était possible qu'en sacrifiant l'amour de soi. Certains « religieux » moins scrupuleux ont profité de cette erreur « altruiste » pour exploiter cette vocation au sacrifice des hommes les plus justes. Combien de missionnaires chrétiens emplis d'idéalisme n'ont-ils pas été sacrifié sur l'autel de l'avidité de dirigeants immoraux ? Le martyr de ces missionnaires a d'ailleurs été utilisé pour justifier l'extermination des indigènes peuplant les contrées convoitées.
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Il est vrai que la passion du Christ peut aussi expliquer la volonté chez un croyant d'imiter le chemin de souffrance de son modèle. Mais contrairement à un autre contre sens fréquent sur la mort de Jésus, ce dernier n'a jamais choisi de son propre chef d'aller sur la Croix. Jésus n'était ni masochiste, ni suicidaire et sa mort n'a pas amené le paradis sur Terre ! La doctrine médiévale de la Croix comme salaire payé par le Christ pour le pardon de l'humanité pécheresse est une doctrine profondément immorale. Pourquoi faudrait-il que le seul homme juste aux yeux de Dieu sacrifie sa vie pour sauver la multitude des méchants ? Et comment expliquer que le monde ne soit pas devenu meilleur après la crucifixion de Jésus si ce sacrifice était véritablement le prix à payer pour la victoire du bien sur le mal ?
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C’est précisément parce que la conscience humaine n'a jamais été aussi développée qu'aujourd'hui, que le monde nous semble être aussi mauvais. L'homme postmoderne a mauvaise conscience et c'est pourquoi il est exposé à toutes sortes de problème psychologiques. Comme l'ont vu de nombreux sociologues, la postmodernité, c'est l'ère du « psy » et du souci de soi. Mais ce serait une erreur de voir dans ce nouveau culte du moi uniquement une marque d'égoïsme, car la conscience postmoderne pose comme axiome de base que l'amour authentique du prochain passe nécessairement par l'amour de soi.
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En fait cette société postmoderne tant fustigée est peut-être le signe avant-coureur d'une future sociétéauthentiquement « évangélique ». En tout cas, l'éthique de la bienveillance réciproque gagne de plus en plus de terrain.Tout se passe un peu comme si notre société tendait maladroitement vers la réalisation « laïcisée » des idéaux du Christ. D'ailleurs, les ennemis islamistes de l'Occident qui nous identifient toujours aux croisées, l'ont certainement mieux compris que nous-mêmes. Le fait est que la société occidentale reste pétrie par les idéaux du Christ et que face à la barbarie terroriste, l'affirmation des valeurs authentiquement chrétiennes soitamenée à se manifester avec de plus en plus de force. Tout se passe un peu comme si libérée du carcan contraignant des institutions religieuses, l'éthique authentique de l'Évangile pouvait à nouveau s'épanouir dans nos sociétés. N'oublions jamais que le Christ n'était pas venu pour fonder une nouvelle religion, mais simplement insuffler à l'humanité un authentique message d'amour reposant sur l'éthique de la bienveillance réciproque !