Libres opinions
La culpabilité et la pardon
Considérations impertinentes
Ed. Theolib
120 pages. 15 €
pasteur Pierre-Jean
Ruff
Recension
Voici quelques passages de ce livre
Introduction
Avec la culpabilité et le pardon, nous sommes au cœur de la doctrine chrétienne habituelle. Sommes-nous pour autant au cœur de l'Évangile ? Bien évidemment, nous sommes responsables et coupables de nos fautes et de nos manquements. Mais le sommes-nous d'être imparfaits ou inachevés ? Nous avons le droit et même le devoir de refuser d'endosser la responsabilité d'un état déficient ou d'une nature pécheresse.
S'il y a réellement une nature mauvaise de l'homme, ce que pour ma part je conteste, que celui qui en a été l'auteur, quel qu'il soit, en assume la responsabilité ! De surcroît, la théologie traditionnelle ne confond-elle pas l'angoisse existentielle qui découle du sentiment de notre finitude avec la culpabilité ? On dit habituellement qu'à la faute peut répondre le pardon. Qu'est-ce que pardonner ? Qu'est-ce qu'être pardonné ? Sommes-nous aptes à tout pardonner ? Lorsque je pardonne, suis-je certain d'avoir réellement pardonné ? Si je suis pardonné, suis-je totalement libre à l'égard de celui qui me pardonne ?
Vous l'avez compris, le pardon induit un certain nombre d'ambiguïtés. Est-ce le pardon - la grâce - ou l'amour qui est au centre du message chrétien ?
Page 43
Le second récit de la Genèse à propos de la création (Genèse II 4 à III 24), va tenir lieu de fondement et de référence à toute la théologie chrétienne classique. Symboliquement, ce texte nous dit que l'homme est tiré de la poussière - dans Pinocchio, c'est d'un morceau de bois -. Il est placé dans un jardin de rêve. Mais hélas! ce jardin a une clôture. C'est une sorte de prison dorée. De plus, en son centre, il y a un interdit, donc une menace de sanction. Bref, le rêve n'est pas si beau que cela !
Il convient d'ajouter que l'interdit s'appelle l'arbre de la connaissance du bien et du mal. On se rappelle le Nom de la Rose. On sait que beaucoup de clergés ont été et sont parfois encore hostiles à la connaissance - sauf celle qu'ils dispensent -, alors que les chrétiens gnostiques considéraient au contraire qu'Ève avait été remarquablement inspirée en considérant important d'accéder à la science et à la connaissance.
Pour moi, la fin de cette histoire est triste pour l’homme et lamentable pour Dieu.
Il est vrai - et heureusement - ce n'est qu’un mythe.. L'homme, chassé du jardin sera condamné à trimer toute sa vie. Quant à Dieu, il sanctionne et punit l'homme par crainte qu'il ne lui prenne son pouvoir. Décidément, cela ne vole pas haut !
Dans ce récit, très clairement, l'homme est créé pour rester sous la coupe de son créateur. S'il acquiert la liberté, c'est de haute lutte. Mais, selon les scribes du temple de Jérusalem, rédacteurs de ce récit, la liberté de l'homme est synonyme de malédiction.
A l’inverse, dans le récit cosmologique, théologique et anthropologique de Genèse 1, il n'y a ni jardin clos, ni interdit, ni menace de sanction ou de malédiction. Contrairement au récit suivant, Dieu ne défend pas son pouvoir ou son hégémonie. Au contraire, de son plein gré, il renonce à une part non négligeable de son pouvoir pour le confier à l'homme. Dans ce contexte, la liberté volontairement donnée par Dieu à l'homme est une bénédiction.
Page 59
Si nous sommes naturellement pécheurs, la confession des péchés est un non-sens
[…]
S’il y a une nature pécheresse ou un péché originel, hypothèse à laquelle je ne me rallie pas, on ne peut en tout cas pas nous en imputer la responsabilité, exigeant que nous nous considérions de pauvres pécheurs, demandant pardon à Dieu de notre incapacité à honorer notre condition d'homme et de croyant, comme maintes liturgies chrétiennes y invitent.
En effet, dans cette hypothèse peu probable à laquelle je ne me rallie pas, il y a trois cas de figures.
Soit j’abonde dans le sens des littéralistes ou des créationnistes. Je prends alors les textes mythiques de la Genèse pour des révélations de Dieu qu'il importe de reconnaître au premier degré. Dans ce cas, c'est l'imbécillité d'Adam et d'Ève qui sont cause de ma nature pécheresse. À eux d'en porter le chapeau.
Soit je m’inscris dans la mouvance dualiste. Alors le monde créé est l’œuvre d'un démiurge. Si je corrobore la pensée de Marcion, ce démiurge est mauvais et mal intentionné.
Au contraire, si je suis l'orientation de Valentin, ce démiurge est seulement naïf et abusé, ayant raté sa copie. Mais, de toute façon, benêt ou malfaisant, c'est ce démiurge ou ce Créateur qui a à répondre de notre nature déficiente.
Enfin, troisième cas de figure, Dieu serait vraiment le créateur originel. C'est lui qui nous aurait fait tels que nous sommes. Alors, nos carences et nos défaillances lui incombent.
Ce ne serait donc pas à nous de lui demander pardon d' être des êtres inachevés, mais à lui de nous demander pardon de nous avoir si mal réussis ! Dans ces trois cas de figure, nous sommes des victimes et non des protagonistes.
Page 89
À qui faut-il demander pardon ? Je ne comprends pas la théologie qui consiste à demander pardon à Dieu pour tout et pour rien. Qu’est-ce qu'il vient toujours faire au milieu ? Si je l’ai offensé réellement, lui, je dois lui en présenter mes regrets et mes excuses. Mais si j'ai offensé l'un de mes frères, c'est. Auprès de lui et de lui seul que je dois m'excuser. Quelle manie triste et déplaisante que celle qui consiste constamment à solliciter le pardon de Dieu ! Quelle représentation regrettable de Dieu cela n'implique-t-il pas ?
Mais aussi, quelle relation ambiguë cela n'instaure-t-il pas de lui à nous ! Cet enracinement dans la pénitence auprès de celui qui n'est pas la vraie victime de mes manquements me sort des yeux ! Cela va contre le sens commun ! Mais surtout cela cantonne tristement Dieu dans un rôle de marchand de tapis toujours sourcilleux de bien faire le décompte de toutes les fois où nous aurions pu lui faire de la peine ou lui manquer de révérence !
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