Voici trois passages de ce livre qui donneront peut-être envie aux internautes de l’acheter.
p. 39
La jeunesse d’Idelette. On ne connaît pas la date de naissance d’Idelette, aussi plusieurs dates ont-elles été proposées : Charles Rahlenbeck suggère vers 1500, mais elle aurait eu quarante ans lors de son mariage avec jean Calvin, ce qui semble bien âgé pour une « jeune veuve » surtout au 16e siècle. [C’est du moins ce qu’écrit Florimond de Raemond à propos du mariage de Calvin : « ce furent des noces condamnées à perpétuelle stérilité, encore qu’Idelette fût jeune et belle » (La naissance, progrès et décadence de l’hérésie de ce siècle, Paris, 1605, p. 926].
Frenay-Cid écrit vers 1510, ce qui est déjà plus probable, mais ni l'un ni l'autre n'apportent de preuves.
Paul Henry a noté que sur un tableau d'Idelette, qui daterait de 1540, une inscription porte « Aetatis 26 », ce qui signifierait qu'elle serait née en 1514.
Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, peut-on invoquer des éléments qui permettraient de cerner au plus près une date probable ? Lors de son mariage avec Jean Calvin, Idelette a deux enfants, un garçon et une fille. Celle-ci se marie en 1554 et elle aurait alors eu environ vingt ans, ce qui fait penser qu'elle serait née en 1534. Quant au garçon, qui semble être l'aîné, il est laissé en apprentissage à Strasbourg en 1541. Il est donc adolescent et Jean Calvin, qui l'avait baptisé un an auparavant, notait qu'il était « déjà fort avancé en âge ». Il serait donc né vers 1533. De ces indications, on peut conclure qu'Idelette est née vingt ans plus tôt, soit vers 1510.
p. 90
Idelette à Genève. Le Conseil fixa le traitement du Réformateur : « Salaire de maître Jehan Calvin ministre évangélique. Lequel est homme de grand savoir et propice à la restauration des Églises chrétiennes, et supporte grandes charges des passants ; sur quoi résolu que il ait de gage par an cinq cens florins, douze coupes de froment [= mille deux cents livres de pain] et deux bossots de vin [= environ huit cents litres] ; et qu'il doit faire le serment céans ? » [Registre du Conseil de Genève, vol.35, f. 352] Jean Calvin remarque que c'est une rémunération modérée. « Ni la table sur laquelle nous mangeons, ni le lit dans lequel nous dormons, ne sont à moi. [...] Je suis abondamment satisfait de ma médiocrité »
Ainsi, une certaine aisance était procurée à Idelette pour couvrir les frais du ménage, mais elle était insuffisante pour soutenir le train de vie de la maison, parce que Jean Calvin recevait de nombreux hôtes de passage. Ces dépenses imprévues obéraient le budget familial et obligeaient le Réformateur à s'endetter. En janvier 1545, il confiait à un ami : « Je n'ai point d'argent. Même quand les temps ne sont pas incommodes, je ne puis suffire aux charges qui m'incombent ; j'en suis tout épuisé. Mais par ce temps de disette, qui nous tourmente depuis deux ans, j’ai été obligé d’emprunter. Bien que je ne dise pas cela pour me plaindre. Dieu a usé de bénignité à mon égard, car j’en ai assez pour mes désirs ; Mais je voulais t’expliquer qu’il ne m’est pas facile de trouver à qui emprunter de l’argent. »
p. 106
La mort d’Idelette. Calvin relata à Guillaume Farel les dernières heures d'Idelette le vendredi 29 mars 1549 : « Sa grandeur d'âme était telle qu'elle paraissait sortie du monde. Le jour où elle rendit son esprit au Seigneur, notre .frère Bourgoing [François, dit d'Agnion] environ vers six heures, lui adressa de pieuses exhortations, pendant lesquelles elle poussait des exclamations, de façon que tous pussent comprendre que son cœur était bien élevé au-dessus de la terre. Car ces mots étaient : « 0 résurrection glorieuse ! Dieu d'Abraham et de tous nos pères, depuis tant de siècles que les fidèles ont espéré en toi, aucun n'a été trompé. Moi aussi j'espérerai. »
Ces paroles brèves, elle les laissait échapper plutôt qu'elle ne les prononçait. Et elle n'empruntait pas les paroles des autres, mais elle agitait ses pensées dans son esprit, et elle attestait par quelques mots ce qui avait fait l'objet de ses méditations.
À six heures, j'ai été forcé de sortir. Après sept heures, comme elle avait été transportée dans une autre pièce, elle commença à tomber en défaillance. Sentant subitement que la voix lui manquait : « Prions, dit-elle, prions, vous tous priez pour moi ».
À cette heure-là je suis rentré dans la maison. Ne pouvant plus parler, elle montrait l'émotion de son esprit par des signes. Je dis quelques mots de la grâce de Christ, de l'espoir de la vie éternelle, de la cohabitation de cette vie, du départ, et je m'écartai pour prier. Avec une intelligence intacte elle écouta les prières et fut attentive à l'enseignement.
Avant huit heures, elle expira paisiblement, si bien que ceux qui étaient présents ne pouvaient discerner si elle vivait ou si elle était morte. »
Idelette de Bure fut probablement enterré dans le cimetière de Plainpalais, sans pompe particulière, selon les Ordonnances ecclésiastiques de 1541 : « Qu’on ensevelisse honnêtement les morts au lieu ordonné. De la suite et compagnie, nous laissons à la discrétion de chacun. » Comme pour Jean Calvin, quinze ans plus tard, il n’y eut pas de monument funéraire et l’endroit de son lieu d’inhumation est inconnu.