Libre opinion
Dieu
Gilles
Castelnau
17 octobre 2004
Lorsqu'on vous demande :
« Croyez-vous en Dieu ? », que répondez-vous ? Une auto-stoppeuse
m'a posé cette questionà brûle-pourpoint. Je me
suis demandé ce qu'elle entendait pas ce mot « Dieu ».
Imaginons que son père ait été alcoolique et
violent, la réponse : « Dieu est un Père pour
toi », représente
précisément ce dont elle a horreur.
Si sa mère vient de mourir d'un cancer en laissant des enfants
en bas âge, et qu'on lui que « Dieu fait mourir et fait
vivre », elle refusera de
croire en lui.
Mais il y a plusieurs manières de comprendre Dieu.
Le
théisme
La première manière porte
le nom théologique de
« théisme ». Elle consiste à croire en un Dieu personnel
qui dirige l'histoire et intervient directement dans la vie des
hommes, justement celui « qui fait mourir et qui fait
vivre ». Il conduit la
nature et l'humanité.
On cite pour justifier cette option le texte :
Ne vend-on pas deux moineaux
pour un sou ? Cependant, il n'en tombe pas un à terre
sans (la volonté de) votre Père. Matthieu 10.29
Il faut tout de même remarquer que les
mots « sans la
volonté » ne
figurent pas dans le texte biblique : ils ont été
ajoutés par le traducteur. Le texte dit :
Cependant, il n'en tombe pas un
à terre sans votre Père.
Ce qui ne signifie pas que Dieu aurait voulu
ou aurait permis qu'il tombe, mais que Dieu était bien
présent lorsqu'ils sont tombés. De même qu'un
visiteur peut être présent lorsqu'un malade
meurt.
On cite également :
L'Éternel est mon
berger : je ne manquerai de rien
Il me conduit dans les verts pâturages. Psaume 23
On pense alors que rien ni personne ne peut
entraver les desseins d'un Dieu que l'on dira « tout-puissant ». Mais ce mot n'est pas dans la Bible. Lorsqu'on le
traduit ainsi, dans l'Ancien Testament, on est bien hardi car le mot
hébreu ainsi traduit , en général « El
Shaddaï », n'est pas
du tout clair et ne signifie en tout cas pas « tout-puissant ». Dans le Nouveau Testament le titre de
« tout-puissant » ne figure nulle part sauf dans l'Apocalypse : « pantocrator ». Mais cela ne signifie pas que Dieu puisse faire
tout ce qu'il veut et n'importe quand.
Dieu écoute la prière des
hommes et modifie, s'il le veut, le
cours des événements, dit la pensée
théiste. Un télévangéliste
américain disait qu'il était convaincu d'obtenir par la
prière, que Dieu détourne un cyclone de son centre de
télévision. Cette affirmation a suscité beaucoup
d'émotion chez ses voisins qui remarquaient que le cyclone
viendrait alors sur eux !
Ces prières de demandes existent. Sur
les registres de prières qui sont parfois à disposition
des gens à la porte des églises, on peut inscrire des
demandes précises :
- « Rends-moi l'amour de
Marcel »
-
« Obtiens la mutation de
mon mari à Nîmes »
L'idée est que l'on remet ainsi
à la providence de Dieu les besoins et les soucis, dans la
confiance qu'il les prendra en charge puisqu'il prend soin des hommes
et écoute leurs demandes.
L'évêque John
Spong, près de New York,
s'est scandalisé lorsqu'à propos d'une rémission
dont son épouse venait de bénéficier dans le
cancer qui l'affectait, ses paroissiens lui ont dit :
-
« Nous avons
été tellement nombreux à faire une chaîne
de prières en sa faveur, qu'il ne nous étonne pas que
Dieu en ait tenu compte. »
L'évêque Spong a
répondu :
- « Cela semble signifier que Dieu est
plutôt sensible au fait que beaucoup de gens connaissent ma
femme, qu'elle est femme d'évêque et cela la rend
importante à ses yeux ! Alors qu'il aurait moins soin
d'une pauvre femme solitaire ! Quel Dieu antipathique vous me
présentez là ! »
Cette 1ère manière ne rend pas compte de
la souffrance des innocents et des prières non
exaucées.
Les journaux de Nashville (Tennessee) ont donné beaucoup
d'ampleur à l'anecdote que voici.
Après l'accident d'auto dont la chanteuse Barbara Mandrell
avait réchappé sans trop de dommages, le
Président Reagan l'avait félicitée en
ajoutant : « Dieu vous
a protégée », en oubliant que l'autre automobiliste
impliqué dans l'accident y avait perdu la vie !
Étrange conception de la providence divine qui suppose que
Dieu n'aurait pas souhaité protéger aussi l'autre
automobiliste ! Elle en a laissé plus d'un perplexe.
Bien des gens ne veulent plus, et à
juste titre, d'une telle théologie.
La question est fréquemment
soulevée lors de catastrophes
qui ont fait des victimes innocentes par centaines, par milliers et
même par millions : « où est donc la providence
divine ? ». S'il est
vrai que Dieu est bon et qu'il exauce les prières et
intervient dans la vie du monde, comment permet-il cette souffrance,
pourquoi n'a-t-il pas empêché ce malheur, s'il le
peut ?
On comprend parfois ces malheurs comme des
punitions méritées par l'inconduite des hommes. Des
télévangélistes américains ont dit que
l'attentat sauvage contre le World Trade Center et les tremblements
de terre qui se produisent ici et là sont la punition que Dieu
inflige aux hommes qui ne s'opposent pas suffisamment à
l'homosexualité et à ce qu'ils appellent les autres « vices » sexuels. Ce qui implique aussi que Dieu
s'intéresse particulièrement aux question
sexuelles !
Or n'est-il pas écrit que
Dieu fait lever son soleil sur
les bons comme sur les méchants et il fait tomber la pluie
(bienfaisante) sur les justes et sur les injustes Matthieu 5.45.
Et il est vrai que Dieu ne modifie pas le
cours des événements à notre demande. Nous lui
sommes néanmoins attachés avec ferveur et bonheur, mais
non parce que nous obtenons ses faveurs. Nous n'aimons pas Dieu
à cause des exaucements qu'il nous donne comme on l'est
à notre député s'il nous a fait obtenir un
passe-droit !
La prière ne persuade pas
Dieu d'intervenir dans les affaires
des hommes. Elle nous persuade de considérer nos prochains
avec les yeux du Christ et elle nous délivre ainsi de tout
esprit de domination intégriste et dominatrice.
Elle nous ouvre les yeux afin de nous faire voir notre prochain comme
un être en qui Dieu demeure déjà et qu'il
aime.
Prenons garde que notre prière induit une certaine image de
Dieu selon la manière dont nous la formulons.
Le théisme se trouve dans
l'islam où l'on
répète constamment « inch Allah », c'est-à-dire « s'il plaît à
Dieu ». On dit : « mektoub », « c'était
écrit ». Comme si
Dieu avait écrit l'avenir du monde et que les hommes
étaient totalement des marionnettes entre ses mains,
prisonniers de leur Destin.
Le
panthéisme
Une seconde manière se nomme le
panthéisme :
l'hindouisme, le bouddhisme occidentalisé qui
réintroduit l'idée de Dieu, l'animisme des religions
africaines et du shintoïsme japonais. Dieu (ou les dieux ) est
l'Esprit de la Nature. Il est l'esprit du vent qui souffle, de l'eau
qui coule. Il est l'esprit des hommes, des bêtes, des plantes.
Dieu n'y fait rien de nouveau, tout est pleinement en lui.
Alors que dans le théisme Dieu est face au monde, à
l'humanité, aux bêtes, aux plantes, comme un jardinier
est face à son jardin et un général face
à son armée. Il commande, intervient, modifie.
Le
panenthéisme
La troisième
manière est le
pan-en-théisme dont le nom signifie « tout est en
Dieu ». Dieu est à
l'intérieur, dans nos âmes comme le Dieu du
panthéisme plutôt que dans le ciel. Il est le sang qui
circule dans nos veines, le souffle qui monte en nous, le dynamisme
créateur, le saint Esprit. Mais il est plus que nos
âmes, il est aussi à l'extérieur. Il nous
entraîne à sortir de nous-mêmes, de nos sentiers
battus et de nos habitudes. Comme les Hébreux ont
quitté l'Égypte pour marcher à travers la mer
Rouge vers la Terre promise.
Ceci est fort différent de la
conception théiste selon laquelle Dieu fait ce qu'il veut,
à sa guise, comme un despote oriental.
Dieu est en nous, il n'est pas
sans nous, mais il est plus que nous.
Pas seulement en nous les
hommes : nous ne sommes pas au
centre de la création : Regardez autour de vous :
tout bouge, grandit, se complexifie. Nous assistons sans cesse au
renouveau des hommes, des animaux, des plantes, de la nature
entière. Tout naît, se développe, puis
disparaît et laisse la place à d'autres mouvements. Nous
nous levons le matin, malgré tout ce qui nous attend dans la
journée, (et je pense en particulier à ceux qui se
réveillent le matin dans un lit de prison, d'hôpital,
d'inquiétude... et nous puisons en nous le courage qui y est
constamment renouvelé. D'où tout cela vient-il sinon de
la source de la vie ?
Et si vous n'aimez pas utiliser le mot « Dieu » à cause de toutes les lourdeurs qu'il
véhicule, Églises antipathiques, éducation
rigide dans l'enfance, mauvais exemple de croyants dominateurs et
prétention, ne dites pas « Dieu », le vocabulaire n'a aucune importance. Dites
« Nature » si vous préférez, avec un N majuscule
(bien qu'il soit plus que la Nature). Cela revient au même.
Mais ne dites pas que vous n'êtes pas sensible à ce
grand flot de la vie qui nous entoure et dans lequel nous baignons,
auquel nous appartenons : élan vital à l'oeuvre en
nous et dans le monde ! Bien sûr qu'il y a un dynamisme
créateur, une force de vie apaisante et tonique pour nous,
pour les animaux et pour les plantes !
Non pas un créateur siégeant
à l'extérieur du monde, à l'extérieur de
nous-mêmes. Il n'est pas un super empereur regardant toutes
choses de là-haut et dont nous, misérables vermisseaux,
essayerions d'obtenir parfois de lui quelque faveur ! Dieu n'est
pas « ailleurs », il n'est pas « au ciel », il
n'est pas « tout
autre », il est le
dynamisme intérieur aux hommes et au monde.
Dieu ne tombe pas sur nous du dehors, il
monte en nous du dedans. Il est
présent dans la vie de notre monde, il en est le moteur,
l'âme, il en est l'élan. Et pas seulement de nous mais
aussi des animaux, des plantes, et peut-être aussi des
minéraux. Il est aussi indispensable à la vie du monde
que le moteur à la vie d'une voiture. Il participe à
tout ce qui se passe, à toutes les réalités
auxquelles nous avons à faire et d'abord à
nous-mêmes. Il agit en tout ce qui bouge : rien
n'échappe à son action de même que rien
n'échappe aux rayons du soleil ou à l'air qui nous
baigne.
Il ne faut pas le chercher dans des
« miracles », dans l'extraordinaires et le surnaturel, modifiant
le cours des événements de l'extérieur. On le
rencontre dans le quotidien, l'habituel, le normal. Tout vient de
lui, toute vie est par lui. Rien n'est plus normal que de croire en
lui.
Il est en nous, il n'est pas sans
nous, il est plus que nous.
Dieu se trouve au coeur du
monde, comme le levain qu'une femme
a caché dans la pâte pour la faire lever Matthieu 13.33. Mais Dieu n'est pas la pâte. Il est dans le
monde mais il est tout de même un peu distinct du monde, comme
le moteur est un élément de la voiture mais n'est pas
toute la voiture.
Plutôt qu'à un souverain, dit
le professeur André Gounelle, il faut comparer Dieu à
un chef d'orchestre qui propose la partition aux musiciens ;
partition de vie et de joie. Il distribue des partitions plus simples
ou plus riches selon les moyens de chacun. Il encourage, dynamise les
musiciens et suivant leur jeu peut modifier leur partition.
Il souffre des fausses notes et de la mauvaise qualité de
certains musiciens. L'orchestre n'atteint jamais la perfection.
Il y a un premier violon, Jésus-Christ, dont le rôle
dans l'orchestre est primordial. Il ressent la joie de la
réussite des musiciens : Dieu est un Dieu de joie.
Et je ne parle pas de la
« joie » qu'il
faudrait éprouver en se disant qu'il a manipulé la
circulation dans Paris pour faire arriver l'autobus à temps
pour qu'on ne soit pas en retard ou qu'il a fait arriver notre
dossier avant celui de quelqu'un d'autre (qui ne sait pas si bien
prier que nous) pour que nous obtenions un logement social ou un
avancement professionnel !
Je parle de la « joie » qu'il y a effectivement à puiser en nous son
dynamisme créateur, son Esprit de paix et de fraternité
de sorte que nous avons été un peu plus semblable
à Jésus, semblable aux prophètes d'Israël,
à Martin Luther King et à Gandhi, à Vincent de
Paul et à Mgr Romero, un homme digne de ce monde, un
véritable enfant de Dieu dont la vie est
réussie !
Dieu n'est pas
« tout-puissant » dans la mesure où il est clair que d'autres
puissances que la sienne sont à l'oeuvre dans le monde,
à commencer par la nôtre : d'autres actions
concurrencent sa volonté et s'y opposent.
- Nous pouvons bien lui dire : « nourris ceux qui ont
faim », mais si nous
collaborons à un système économique où la
Bourse de Paris ou de Tokyo fait baisser le cours des matières
premières qui font vivre le Tiers-Monde, Dieu ne peut pas
modifier lui-même les cours de la Bourse pour qu'ils arrivent
au niveau nécessaire à ses enfants, nos frères
africains ou d'Amérique latine.
- Un étudiant peut bien prier pour trouver une
chambre pas-trop-chère-mais-bien-quand-même : si
les propriétaires de chambres préfèrent les
conserver libres ou louent 9 m2 sans eau chaude à un prix
insensé, Dieu ne multipliera pas les chambres
d'étudiants dans Paris et je ne crois pas qu'il pistonnera
celui qui appartient plutôt à telle Église
qu'à telle autre.
- Dieu souhaite toujours que les parents
élèvent bien leurs enfants et contribuent à leur
épanouissement, mais sa volonté peut être
tragiquement contrecarrée par un automobiliste qui choisit de
boire et de brûler les feux rouges.
Dieu est donc l'élan vital en
nous, dynamisme créateur intérieur.
Il est en nous, il n'est pas sans
nous, mais il est plus que nous
Il nous entraîne en dehors de
nous-mêmes, vers les autres et
nous fait nous dépasser nous-mêmes.
Il n'est pas seulement le Dieu des
hommes ; les hommes, avec leurs péchés et leur
bonnes actions, avec leurs défauts et leurs qualités ne
sont pas sa seule préoccupation, loin de là. Il est le
Dieu de la Création tout entière, avec les hommes, bien
sûr, mais aussi les animaux, si nombreux et si divers, si beaux
et si étonnants, des plantes, si magnifiques elles aussi et
naturellement aussi des minéraux, des montagnes et des
plaines, des planètes, des étoiles et des soleils. Dieu
de l'infiniment petit et des immenses et lointaines galaxies avec
peut-être tous les êtres pensants qui y vivent, y ont
vécu, y vivront dans les millions de siècles du
cosmos.
Notre prière nous fait participer au
dynamisme créateur de Dieu ; elle nous enracine dans son
éternelle activité créatrice.
Notre prière ne veut pas non plus
changer le dessein de Dieu comme si Dieu avait de la mauvaise
volonté, qu'il était distrait et qu'il fallait attirer
son attention.
Il ne faut pas s'imaginer non plus que nous
aimons les hommes plus que ne le fait Dieu et que sans notre demande
il n'aurait pas pris la peine de s'en occuper !
Il est plus proche de nous que notre veine
jugulaire. Ne demandez pas à quelqu'un d'autre de prier pour
vous, priez vous-même. Ne demandez même pas à
votre pasteur ou votre prêtre, à un saint, à la
Vierge Marie ou à je ne sais qui : Dieu est plus que
nous, il est en nous, il n'est pas sans nous. Ne vous imaginez pas
qu'il y a d'un côté les hommes, solidaires entre eux
face à Dieu, faisant bloc ensemble face à lui, se
disant qu'à plusieurs on sera davantage efficace ou en faisant
appel à des privilégiés (« Sainte Rosalie, libérez-nous de la
Mafia » ! peut-on
lire sur les murs de Palerme. Comme si une libération pouvait
venir de manière surnaturelle de l'extérieur sans qu'on
s'y implique avec courage et dynamisme)
Il est en nous, il est notre vie, il est le
souffle qui monte en nous, il est la Vie qui fait circuler le sang
dans nos veines, qui nous donne le dynamisme créateur, le
courage de vivre, la paix dans nos cœurs, il est notre élan
vital.
Il n'est pas là-bas au ciel il est
ici en nous, il n'est pas sans nous mais il est plus que nous.
J'ai toujours pensé que, pour ne pas
déraper dans la superstition et la magie, toute prière
devrait commencer par les mots :
O Père, fais monter en
moi ton saint Esprit, afin que, devenant davantage semblable à
Jésus, je sois capable de...
.
Concernant le
théisme et le panenthéisme voir
Gilles Castelnau Introduction à la
théologie du process
Marcus Borg Comment concevoir
Dieu
John Spong Définition théiste
de Dieu
John Spong Peut-on être chrétien
sans être théiste ?
John Spong Vous avez dit théisme ou
athéisme ?
.
Jésus-Christ
Il faut toujours se référer
Jésus-Christ pour
éviter de dévier dans des conceptions qui ne sont pas
celles du christianisme.
Et d'abord, soyons bien exacts :
Jésus n'était pas Dieu qui serait venu se promener un
temps sur la terre en faisant des merveilles pour faciliter la vie
des hommes, comme les magiciens et les fées des contes ou
comme on disait à l'époque Jupiter se
métamorphosait pour venir séduire de jolies
mortelles !
Dieu est notre Père, Jésus
est fils du Père. Ce n'est pas pareil.
Nous sommes facilement séduits par de
telles interventions surnaturelles qui nous protègent des
conflits de l'existence. Nous aimons les histoires de miracles, les
apparitions, les histoire des saints et les statues qui
pleurent...
Mais si Jésus est si fondamentalement
important pour nous, c'est parce qu'il nous a fait la
démonstration de ce que peut être l'union parfaite de
Dieu et de l'homme. Ce que peut être un homme tout entier
baigné de la présence divine dont je parlais à
l'instant.
Il n'était pas d'une nature
différente de la nôtre,
il n'appartient pas à une autre espèce que nous. Au
contraire, saint Paul souligne son humanité :
En tant qu'homme il était
descendant du roi David Romains 1.3
Il naquit d'une femme et fut soumis
à la loi juive Galates 4.4
Et Jésus a dit lui-même dans le
Sermon sur la Montagne :
Heureux ceux qui procurent la
paix, ils seront appelés fils de Dieu Matthieu 5.9
Il est le Christ, car il nous
révèle une certaine
potentialité que la nature humaine porte en elle et dont nous
avons toujours eu la nostalgie, il nous révèle la
présence de Dieu parmi nous qui fait de nous des « fils de
Dieu ». Il nous
révèle que Dieu n'est pas lointain, là-bas dans
le ciel mais sourdement présent au coeur de l'humanité,
dans notre coeur aussi, si nous voulons bien en prendre conscience et
lui laisser la place de sorte qu'il soit véritablement « notre
Père ».
L'Ancien Testament nous a décrit
beaucoup de fils de Dieu exemplaires : Abraham, Moïse,
David , Job, Daniel, dont la vie était tout entière
déterminée par Dieu, des hommes imprégnés
de la présence de Dieu ; Jésus-Christ est,
à nos yeux, le premier de tous ces Fils de Dieu, comme aucun
autre ne l'a été, mais en qui tous se reconnaissent,
l'unique, l'Homme véritable, le prototype de ce que peut
être l'humanité.
Présence de Dieu impliqué dans
la vie de notre monde. Je risquais l'autre jour la comparaison que
Dieu est le chef d'orchestre du cosmos et que Jésus en est le
premier violon. Que le dynamisme créateur de Dieu et sa
conviction apaisante qui sont à l'�uvre en nous sont visible
dans les actes et les paroles de Jésus.
Dieu qui ne peut pas faire n'importe quoi,
nous le savons bien en constatant les blocages qui existent en nous,
mais Dieu dont la force créatrice ne s'interrompt jamais et
agit toujours...
Jésus prend donc place au coeur de
la grande nuée des Fils de Dieu, des témoins en qui l'Esprit de Dieu s'est
incarné au long des âges : Abraham, Moïse,
David, Ésaïe, Amos, Jérémie et tous ceux
qui se sont levés après lui : Pierre et André,
Jacques et Jean, Marie de Magdala et Marie mère de
Jésus, Paul et Barnabbas, Etienne, Athanase, Arius, Augustin
et Jérôme, Pierre Valdo, François d'Assise,
Luther, Zwingli, Calvin, l'amiral de Coligny, Blaise Pascal, Spinoza,
Vincent de Paul, Albert Schweitzer, Martin Luther King, Bonhoeffer,
Oscar Romero, Don Helder Camara, l'abbé Pierre, Hans
Küng...
Nous reconnaissons aussi l'Esprit qui l'a
suscité dans toute l'humanité, dans le Bouddha en sa
recherche de se détacher du désespoir, dans Cyrus le libérateur perse des opprimés
qu'Esaïe nommait Messie-Christ Esaïe 45.1,
dans Socrate et Platon en leur
réflexion sur la transcendance de l'homme, en Spartacus le
libérateur des esclaves finalement vaincu et crucifié, Mohammed rénovateur de la foi des Arabes, Gandhi l'espoir des Indiens lui aussi assassiné, et
tant à d'autres que Dieu reconnaît pour ses Fils.
Tous ces hommes se sont impliqués,
chacun à sa manière et selon les conceptions de leur
temps dans le grand combat de Dieu pour la vie et contre la mort,
pour la liberté, le respect et la joie contre l'oppression,
l'injustice et la méchanceté.
Nous croyons que la vie de tout ce qui
respire sur la terre, puise son existence et sa vie dans le saint
Esprit, dynamisme créateur de la secrète
Présence divine.
Les Évangiles soulignent
que, contrairement à
l'enseignement des Pharisiens, Jésus affirme par ses paroles
et par ses actes, que Dieu place l'épanouissement des hommes
au-dessus des règles de pureté et qu'il place la
compassion au-dessus du respect de la Loi (c'est ainsi que
Jésus fait des guérisons le jour du sabbat,
sacro-sainte loi de Dieu et qu'il participe à des repas avec
les gens considérés comme infréquentables).
Il souligne que, contrairement à la
tradition gréco-romaine, la piété ne consiste
pas à se soumettre à un déterminisme, à
un Destin divin, mais que l'espérance chrétienne nous
ouvre à des lendemains libérés.
Par son attitude dans sa Passion,
Jésus nous a enseigné à nous impliquer avec
ferveur et courage dans la promotion sans transiger de cette nouvelle
manière de vivre et de penser.
Un Dieu focalisé sur les questions
de pureté, de règles
alimentaires, de comportement sexuel, intransigeant sur le respect
des commandements, voyant le péché à tout bout
de champ, ne ressemble en rien à celui dont l'Esprit anime
Jésus et l'oppose précisément aux
intégristes Pharisiens auxquels il s'oppose toujours dans les
Évangiles.
Un Dieu jupitérien tout-puissant et
souverain maître du monde, organisant et dirigeant toutes
choses à l'image de l'empereur de Rome que l'on devait
supplier et flatter en l'enrobant de louanges infinies, ne ressemble
en rien à celui dont l'Esprit anime Jésus et l'oppose
précisément aux idées gréco-romaines
tissées d'un Destin auquel on ne pouvait échapper et de
conservatisme immobiliste.
Chaque fois que nos contemporains nous
parlent de Dieu et quelle que soit leur foi, leur ferveur et leur
force de conviction, nous comparons leurs affirmation avec le
ministère de Jésus tel que les Évangiles nous le
présentent. Nous n'y ajoutons rien, nous n'en retranchons
rien.
Nous nous rendons d'ailleurs compte que
c'est ainsi que peut s'ouvrir avec les fidèles des autres
religions un dialogue ouvert et sympathique. Les affirmations
absolues, les préceptes intransigeants, les traditions
autoritaires, les dogmes définitifs ne peuvent qu'opposer les
hommes de bonne volonté et les tenter de s'exprimer
eux-mêmes dans le même registre raidi. Ce n'est pas ainsi
que Jésus nous a fait connaître l'attitude de Dieu qu'il
présentait comme le Père de tous les hommes sans tenir
compte de nos distinctions.
Nous prendrons garde, notamment
en parlant de la mort tragique de
Jésus sur la croix, de ne pas laisser croire que c'est Dieu
qui l'aurait exigée pour expier le péché des
hommes. Nous comprenons bien que les premiers chrétiens aient
été amenés à comparer l'exécution
injuste et inacceptable de Jésus avec les sacrifices d'animaux
innocents que l'on célébrait quotidiennement au temple
juif de Jérusalem et dans tous les temples païens de
l'Empire romain. Mais ce n'est en réalité qu'au Moyen
Age que saint Anselme, alors archevêque de Cantorbéry, a
compris cette mort, d'une manière d'ailleurs très
féodale, comme une offrande destinée à
apaisé l'honneur froissé de Dieu et à racheter
sa bienveillance !
Comme l'écrit le professeur
André Gounelle :
En quoi Dieu fait-il ici preuve
de miséricorde ? Il se préoccupe beaucoup de ses
intérêts et de sa gloire. Il envoie son Fils à
une mort horrible pour satisfaire son honneur. Il pardonne seulement
quand on l'a payé. On est très loin du salut
gratuit.
En quoi le supplice d'un innocent à la place d'un coupable
satisfait-il la justice ? N'est-ce pas une scandaleuse
injustice ?.
Dieu n'exige rien, ni rançon, ni sacrifice expiatoire, ni
punition substitutive. Tout cela ne l'intéresse pas. Il
demande seulement qu'on s'ouvre à sa parole, qu'on se laisse
inspirer, convertir, transformer, entraîner par elle. Dieu
cherche à gagner les coeurs, les volontés, à
convaincre. Patiemment, progressivement, Dieu agit dans
l'humanité pour qu'elle avance, se rapproche de lui, et que le
monde devienne meilleur.
La condamnation et le rejet de son Christ
est un échec pour Dieu qui s'était impliqué dans
son ministère. Son attente a été
déçue. Jésus s'est heurté à une
vive hostilité. Sa personne et son message ont
été rejetés. Le soir du vendredi saint, Dieu est
un vaincu, et non un souverain qui aurait obtenu les
réparations qu'il demandait.
Mais son dynamisme créateur, qui
toujours à nouveau ouvre les hommes à une nouvelle
espérance agit encore à nouveau : c'est Pâques.
Dieu ressuscite le Crucifié, fait briller la lumière
à travers les ténèbres. La Résurrection
que Dieu fait n'est pas une sorte de retour du cadavre à la
vie. C'est spirituellement,
comme le dit saint Paul, que Jésus est passé à
un autre niveau d'existence, c'est spirituellement que les forces de
mort sont défiées et vaincues.
Le corps est semé
corruptible; il ressuscite incorruptible, il est semé corps
animal, il ressuscite corps spirituel 1 Corinthiens 15.42
Pâques est le symbole central et
fondamentale de l'action de Dieu dans le monde. C'est la vie qui
l'emporte sur la mort.
La foi chrétienne n'est donc pas
admettre l'existence d'un être céleste surnaturel
demeurant dans un ciel très élevé et dont on
pourrait obtenir des interventions spéciales par des
prières appropriées !
La foi chrétienne consiste à
s'enraciner dans cette force de vie, d'amour et d'espérance
qui est en nous, qui n'est pas sans nous mais qui est plus que nous.
Force de vie plus forte que la mort. Dieu de Pâques.
Saint Anselme, a élaboré
son idée de sacrifice substitutif du Christ (« substitutif » signifie que Jésus se serait substitué
à nous pour subir un châtiment que Dieu se devait
d'infliger aux hommes à cause de leurs péchés)
parce qu'il considérait que le but fondamental de la vie
humaine était de parvenir à vivre avec Dieu dans le
ciel. Et qu'on ne pouvait pas entrer chez Dieu sans être pur de
toute faute, il fallait en quelque sorte une amnistie
(chèrement payée par Jésus).
Mais quand on lit les Évangiles on
voit bien que ce n'est pas ainsi que Jésus voyait la
volonté de Dieu. Pour Jésus Dieu est l'élan
vital animant chaque homme pour le faire vivre le plus heureusement
possible dans le plus grand épanouissement possible dans le
monde actuel, sur la terre « qui est quelquefois si
jolie ».
Les évangélistes emploient
souvent le mot « sauvé » ou « salut » et chaque fois il signifie « guéri », « renouvelé », « restauré », « tiré
d'affaires ». Etre
sauvé, aux yeux de Dieu, ce n'est pas demain et dans un autre
monde, c'est aujourd'hui et dans ce monde-ci, que nous aurons rendu
autre.
Le salut que Dieu nous
donne consiste à vivre
joyeusement notre vie d'homme, sans être
particulièrement préoccupé de nos
qualités ou de nos défauts, de nos bonnes ou mauvaises
actions. Salut gratuit qui fait qu'on n'est plus obsédé
par soi-même mais qu'on entre, avec le saint Esprit de Dieu au
coeur, dans une vie nouvelle offerte et ouverte par Dieu, dans la
joie de la justice humaine, de la paix et de l'amour. Comme
Jésus nous l'a montré.
Dieu créateur de
vie, ici et maintenant et jusque dans
l'éternité.
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