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Dieu

 

Gilles Castelnau

 

17 octobre 2004
Lorsqu'on vous demande : « Croyez-vous en Dieu ? »
, que répondez-vous ? Une auto-stoppeuse m'a posé cette questionà brûle-pourpoint. Je me suis demandé ce qu'elle entendait pas ce mot « Dieu ».
Imaginons que son père ait été alcoolique et violent, la réponse : « Dieu est un Père pour toi », représente précisément ce dont elle a horreur.
Si sa mère vient de mourir d'un cancer en laissant des enfants en bas âge, et qu'on lui que « Dieu fait mourir et fait vivre », elle refusera de croire en lui.
Mais il y a plusieurs manières de comprendre Dieu.

 

Le théisme

 

La première manière porte le nom théologique de « théisme ». Elle consiste à croire en un Dieu personnel qui dirige l'histoire et intervient directement dans la vie des hommes, justement celui « qui fait mourir et qui fait vivre ». Il conduit la nature et l'humanité.

On cite pour justifier cette option le texte :

Ne vend-on pas deux moineaux pour un sou ? Cependant, il n'en tombe pas un à terre sans (la volonté de) votre Père. Matthieu 10.29

Il faut tout de même remarquer que les mots « sans la volonté » ne figurent pas dans le texte biblique : ils ont été ajoutés par le traducteur. Le texte dit :

Cependant, il n'en tombe pas un à terre sans votre Père.

Ce qui ne signifie pas que Dieu aurait voulu ou aurait permis qu'il tombe, mais que Dieu était bien présent lorsqu'ils sont tombés. De même qu'un visiteur peut être présent lorsqu'un malade meurt.

On cite également :

L'Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien
Il me conduit dans les verts pâturages. Psaume 23

On pense alors que rien ni personne ne peut entraver les desseins d'un Dieu que l'on dira « tout-puissant ». Mais ce mot n'est pas dans la Bible. Lorsqu'on le traduit ainsi, dans l'Ancien Testament, on est bien hardi car le mot hébreu ainsi traduit , en général « El Shaddaï », n'est pas du tout clair et ne signifie en tout cas pas « tout-puissant ». Dans le Nouveau Testament le titre de « tout-puissant » ne figure nulle part sauf dans l'Apocalypse : « pantocrator ». Mais cela ne signifie pas que Dieu puisse faire tout ce qu'il veut et n'importe quand.

Dieu écoute la prière des hommes et modifie, s'il le veut, le cours des événements, dit la pensée théiste. Un télévangéliste américain disait qu'il était convaincu d'obtenir par la prière, que Dieu détourne un cyclone de son centre de télévision. Cette affirmation a suscité beaucoup d'émotion chez ses voisins qui remarquaient que le cyclone viendrait alors sur eux !

Ces prières de demandes existent. Sur les registres de prières qui sont parfois à disposition des gens à la porte des églises, on peut inscrire des demandes précises :
- « Rends-moi l'amour de Marcel »
- « Obtiens la mutation de mon mari à Nîmes »

L'idée est que l'on remet ainsi à la providence de Dieu les besoins et les soucis, dans la confiance qu'il les prendra en charge puisqu'il prend soin des hommes et écoute leurs demandes.

L'évêque John Spong, près de New York, s'est scandalisé lorsqu'à propos d'une rémission dont son épouse venait de bénéficier dans le cancer qui l'affectait, ses paroissiens lui ont dit :

- « Nous avons été tellement nombreux à faire une chaîne de prières en sa faveur, qu'il ne nous étonne pas que Dieu en ait tenu compte. »
L'évêque Spong a répondu :

- « Cela semble signifier que Dieu est plutôt sensible au fait que beaucoup de gens connaissent ma femme, qu'elle est femme d'évêque et cela la rend importante à ses yeux ! Alors qu'il aurait moins soin d'une pauvre femme solitaire ! Quel Dieu antipathique vous me présentez là ! »

Cette 1ère manière ne rend pas compte de la souffrance des innocents et des prières non exaucées.
Les journaux de Nashville (Tennessee) ont donné beaucoup d'ampleur à l'anecdote que voici.
Après l'accident d'auto dont la chanteuse Barbara Mandrell avait réchappé sans trop de dommages, le Président Reagan l'avait félicitée en ajoutant : « Dieu vous a protégée », en oubliant que l'autre automobiliste impliqué dans l'accident y avait perdu la vie ! Étrange conception de la providence divine qui suppose que Dieu n'aurait pas souhaité protéger aussi l'autre automobiliste ! Elle en a laissé plus d'un perplexe.

Bien des gens ne veulent plus, et à juste titre, d'une telle théologie.

La question est fréquemment soulevée lors de catastrophes qui ont fait des victimes innocentes par centaines, par milliers et même par millions : « où est donc la providence divine ? ». S'il est vrai que Dieu est bon et qu'il exauce les prières et intervient dans la vie du monde, comment permet-il cette souffrance, pourquoi n'a-t-il pas empêché ce malheur, s'il le peut ?

On comprend parfois ces malheurs comme des punitions méritées par l'inconduite des hommes. Des télévangélistes américains ont dit que l'attentat sauvage contre le World Trade Center et les tremblements de terre qui se produisent ici et là sont la punition que Dieu inflige aux hommes qui ne s'opposent pas suffisamment à l'homosexualité et à ce qu'ils appellent les autres « vices » sexuels. Ce qui implique aussi que Dieu s'intéresse particulièrement aux question sexuelles !

Or n'est-il pas écrit que

Dieu fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants et il fait tomber la pluie (bienfaisante) sur les justes et sur les injustes Matthieu 5.45.

Et il est vrai que Dieu ne modifie pas le cours des événements à notre demande. Nous lui sommes néanmoins attachés avec ferveur et bonheur, mais non parce que nous obtenons ses faveurs. Nous n'aimons pas Dieu à cause des exaucements qu'il nous donne comme on l'est à notre député s'il nous a fait obtenir un passe-droit !

La prière ne persuade pas Dieu d'intervenir dans les affaires des hommes. Elle nous persuade de considérer nos prochains avec les yeux du Christ et elle nous délivre ainsi de tout esprit de domination intégriste et dominatrice.
Elle nous ouvre les yeux afin de nous faire voir notre prochain comme un être en qui Dieu demeure déjà et qu'il aime.
Prenons garde que notre prière induit une certaine image de Dieu selon la manière dont nous la formulons.

Le théisme se trouve dans l'islam où l'on répète constamment « inch Allah », c'est-à-dire « s'il plaît à Dieu ». On dit : « mektoub », « c'était écrit ». Comme si Dieu avait écrit l'avenir du monde et que les hommes étaient totalement des marionnettes entre ses mains, prisonniers de leur Destin.

 

Le panthéisme

 

Une seconde manière se nomme le panthéisme : l'hindouisme, le bouddhisme occidentalisé qui réintroduit l'idée de Dieu, l'animisme des religions africaines et du shintoïsme japonais. Dieu (ou les dieux ) est l'Esprit de la Nature. Il est l'esprit du vent qui souffle, de l'eau qui coule. Il est l'esprit des hommes, des bêtes, des plantes. Dieu n'y fait rien de nouveau, tout est pleinement en lui.
Alors que dans le théisme Dieu est face au monde, à l'humanité, aux bêtes, aux plantes, comme un jardinier est face à son jardin et un général face à son armée. Il commande, intervient, modifie.

 

 

Le panenthéisme

 

La troisième manière est le pan-en-théisme dont le nom signifie « tout est en Dieu ». Dieu est à l'intérieur, dans nos âmes comme le Dieu du panthéisme plutôt que dans le ciel. Il est le sang qui circule dans nos veines, le souffle qui monte en nous, le dynamisme créateur, le saint Esprit. Mais il est plus que nos âmes, il est aussi à l'extérieur. Il nous entraîne à sortir de nous-mêmes, de nos sentiers battus et de nos habitudes. Comme les Hébreux ont quitté l'Égypte pour marcher à travers la mer Rouge vers la Terre promise.

Ceci est fort différent de la conception théiste selon laquelle Dieu fait ce qu'il veut, à sa guise, comme un despote oriental.

Dieu est en nous, il n'est pas sans nous, mais il est plus que nous.

Pas seulement en nous les hommes : nous ne sommes pas au centre de la création : Regardez autour de vous : tout bouge, grandit, se complexifie. Nous assistons sans cesse au renouveau des hommes, des animaux, des plantes, de la nature entière. Tout naît, se développe, puis disparaît et laisse la place à d'autres mouvements. Nous nous levons le matin, malgré tout ce qui nous attend dans la journée, (et je pense en particulier à ceux qui se réveillent le matin dans un lit de prison, d'hôpital, d'inquiétude... et nous puisons en nous le courage qui y est constamment renouvelé. D'où tout cela vient-il sinon de la source de la vie ?
Et si vous n'aimez pas utiliser le mot « Dieu » à cause de toutes les lourdeurs qu'il véhicule, Églises antipathiques, éducation rigide dans l'enfance, mauvais exemple de croyants dominateurs et prétention, ne dites pas « Dieu », le vocabulaire n'a aucune importance. Dites « Nature » si vous préférez, avec un N majuscule (bien qu'il soit plus que la Nature). Cela revient au même. Mais ne dites pas que vous n'êtes pas sensible à ce grand flot de la vie qui nous entoure et dans lequel nous baignons, auquel nous appartenons : élan vital à l'oeuvre en nous et dans le monde ! Bien sûr qu'il y a un dynamisme créateur, une force de vie apaisante et tonique pour nous, pour les animaux et pour les plantes !

Non pas un créateur siégeant à l'extérieur du monde, à l'extérieur de nous-mêmes. Il n'est pas un super empereur regardant toutes choses de là-haut et dont nous, misérables vermisseaux, essayerions d'obtenir parfois de lui quelque faveur ! Dieu n'est pas « ailleurs », il n'est pas « au ciel », il n'est pas « tout autre », il est le dynamisme intérieur aux hommes et au monde.

Dieu ne tombe pas sur nous du dehors, il monte en nous du dedans. Il est présent dans la vie de notre monde, il en est le moteur, l'âme, il en est l'élan. Et pas seulement de nous mais aussi des animaux, des plantes, et peut-être aussi des minéraux. Il est aussi indispensable à la vie du monde que le moteur à la vie d'une voiture. Il participe à tout ce qui se passe, à toutes les réalités auxquelles nous avons à faire et d'abord à nous-mêmes. Il agit en tout ce qui bouge : rien n'échappe à son action de même que rien n'échappe aux rayons du soleil ou à l'air qui nous baigne.

Il ne faut pas le chercher dans des « miracles », dans l'extraordinaires et le surnaturel, modifiant le cours des événements de l'extérieur. On le rencontre dans le quotidien, l'habituel, le normal. Tout vient de lui, toute vie est par lui. Rien n'est plus normal que de croire en lui.

Il est en nous, il n'est pas sans nous, il est plus que nous.

 

Dieu se trouve au coeur du monde, comme le levain qu'une femme a caché dans la pâte pour la faire lever Matthieu 13.33. Mais Dieu n'est pas la pâte. Il est dans le monde mais il est tout de même un peu distinct du monde, comme le moteur est un élément de la voiture mais n'est pas toute la voiture.

Plutôt qu'à un souverain, dit le professeur André Gounelle, il faut comparer Dieu à un chef d'orchestre qui propose la partition aux musiciens ; partition de vie et de joie. Il distribue des partitions plus simples ou plus riches selon les moyens de chacun. Il encourage, dynamise les musiciens et suivant leur jeu peut modifier leur partition.
Il souffre des fausses notes et de la mauvaise qualité de certains musiciens. L'orchestre n'atteint jamais la perfection.
Il y a un premier violon, Jésus-Christ, dont le rôle dans l'orchestre est primordial. Il ressent la joie de la réussite des musiciens : Dieu est un Dieu de joie.

Et je ne parle pas de la « joie » qu'il faudrait éprouver en se disant qu'il a manipulé la circulation dans Paris pour faire arriver l'autobus à temps pour qu'on ne soit pas en retard ou qu'il a fait arriver notre dossier avant celui de quelqu'un d'autre (qui ne sait pas si bien prier que nous) pour que nous obtenions un logement social ou un avancement professionnel !

Je parle de la « joie » qu'il y a effectivement à puiser en nous son dynamisme créateur, son Esprit de paix et de fraternité de sorte que nous avons été un peu plus semblable à Jésus, semblable aux prophètes d'Israël, à Martin Luther King et à Gandhi, à Vincent de Paul et à Mgr Romero, un homme digne de ce monde, un véritable enfant de Dieu dont la vie est réussie !

Dieu n'est pas « tout-puissant » dans la mesure où il est clair que d'autres puissances que la sienne sont à l'oeuvre dans le monde, à commencer par la nôtre : d'autres actions concurrencent sa volonté et s'y opposent.

Nous pouvons bien lui dire : « nourris ceux qui ont faim », mais si nous collaborons à un système économique où la Bourse de Paris ou de Tokyo fait baisser le cours des matières premières qui font vivre le Tiers-Monde, Dieu ne peut pas modifier lui-même les cours de la Bourse pour qu'ils arrivent au niveau nécessaire à ses enfants, nos frères africains ou d'Amérique latine.
Un étudiant peut bien prier pour trouver une chambre pas-trop-chère-mais-bien-quand-même : si les propriétaires de chambres préfèrent les conserver libres ou louent 9 m2 sans eau chaude à un prix insensé, Dieu ne multipliera pas les chambres d'étudiants dans Paris et je ne crois pas qu'il pistonnera celui qui appartient plutôt à telle Église qu'à telle autre.
Dieu souhaite toujours que les parents élèvent bien leurs enfants et contribuent à leur épanouissement, mais sa volonté peut être tragiquement contrecarrée par un automobiliste qui choisit de boire et de brûler les feux rouges.

 

Dieu est donc l'élan vital en nous, dynamisme créateur intérieur.

Il est en nous, il n'est pas sans nous, mais il est plus que nous

Il nous entraîne en dehors de nous-mêmes, vers les autres et nous fait nous dépasser nous-mêmes.

Il n'est pas seulement le Dieu des hommes ; les hommes, avec leurs péchés et leur bonnes actions, avec leurs défauts et leurs qualités ne sont pas sa seule préoccupation, loin de là. Il est le Dieu de la Création tout entière, avec les hommes, bien sûr, mais aussi les animaux, si nombreux et si divers, si beaux et si étonnants, des plantes, si magnifiques elles aussi et naturellement aussi des minéraux, des montagnes et des plaines, des planètes, des étoiles et des soleils. Dieu de l'infiniment petit et des immenses et lointaines galaxies avec peut-être tous les êtres pensants qui y vivent, y ont vécu, y vivront dans les millions de siècles du cosmos.

Notre prière nous fait participer au dynamisme créateur de Dieu ; elle nous enracine dans son éternelle activité créatrice.

Notre prière ne veut pas non plus changer le dessein de Dieu comme si Dieu avait de la mauvaise volonté, qu'il était distrait et qu'il fallait attirer son attention.

Il ne faut pas s'imaginer non plus que nous aimons les hommes plus que ne le fait Dieu et que sans notre demande il n'aurait pas pris la peine de s'en occuper !

Il est plus proche de nous que notre veine jugulaire. Ne demandez pas à quelqu'un d'autre de prier pour vous, priez vous-même. Ne demandez même pas à votre pasteur ou votre prêtre, à un saint, à la Vierge Marie ou à je ne sais qui : Dieu est plus que nous, il est en nous, il n'est pas sans nous. Ne vous imaginez pas qu'il y a d'un côté les hommes, solidaires entre eux face à Dieu, faisant bloc ensemble face à lui, se disant qu'à plusieurs on sera davantage efficace ou en faisant appel à des privilégiés (« Sainte Rosalie, libérez-nous de la Mafia » ! peut-on lire sur les murs de Palerme. Comme si une libération pouvait venir de manière surnaturelle de l'extérieur sans qu'on s'y implique avec courage et dynamisme)

Il est en nous, il est notre vie, il est le souffle qui monte en nous, il est la Vie qui fait circuler le sang dans nos veines, qui nous donne le dynamisme créateur, le courage de vivre, la paix dans nos cœurs, il est notre élan vital.

Il n'est pas là-bas au ciel il est ici en nous, il n'est pas sans nous mais il est plus que nous.

J'ai toujours pensé que, pour ne pas déraper dans la superstition et la magie, toute prière devrait commencer par les mots :

O Père, fais monter en moi ton saint Esprit, afin que, devenant davantage semblable à Jésus, je sois capable de...

.

 

Concernant le théisme et le panenthéisme voir

 

Gilles Castelnau Introduction à la théologie du process

Marcus Borg Comment concevoir Dieu

John Spong Définition théiste de Dieu

John Spong Peut-on être chrétien sans être théiste ?

John Spong Vous avez dit théisme ou athéisme ?

.

Jésus-Christ

 

Il faut toujours se référer Jésus-Christ pour éviter de dévier dans des conceptions qui ne sont pas celles du christianisme.

Et d'abord, soyons bien exacts : Jésus n'était pas Dieu qui serait venu se promener un temps sur la terre en faisant des merveilles pour faciliter la vie des hommes, comme les magiciens et les fées des contes ou comme on disait à l'époque Jupiter se métamorphosait pour venir séduire de jolies mortelles !

Dieu est notre Père, Jésus est fils du Père. Ce n'est pas pareil.

Nous sommes facilement séduits par de telles interventions surnaturelles qui nous protègent des conflits de l'existence. Nous aimons les histoires de miracles, les apparitions, les histoire des saints et les statues qui pleurent...

Mais si Jésus est si fondamentalement important pour nous, c'est parce qu'il nous a fait la démonstration de ce que peut être l'union parfaite de Dieu et de l'homme. Ce que peut être un homme tout entier baigné de la présence divine dont je parlais à l'instant.

Il n'était pas d'une nature différente de la nôtre, il n'appartient pas à une autre espèce que nous. Au contraire, saint Paul souligne son humanité :

En tant qu'homme il était descendant du roi David Romains 1.3
Il naquit d'une femme et fut soumis à la loi juive Galates 4.4

Et Jésus a dit lui-même dans le Sermon sur la Montagne :

Heureux ceux qui procurent la paix, ils seront appelés fils de Dieu Matthieu 5.9

 

Il est le Christ, car il nous révèle une certaine potentialité que la nature humaine porte en elle et dont nous avons toujours eu la nostalgie, il nous révèle la présence de Dieu parmi nous qui fait de nous des « fils de Dieu ». Il nous révèle que Dieu n'est pas lointain, là-bas dans le ciel mais sourdement présent au coeur de l'humanité, dans notre coeur aussi, si nous voulons bien en prendre conscience et lui laisser la place de sorte qu'il soit véritablement « notre Père ».

L'Ancien Testament nous a décrit beaucoup de fils de Dieu exemplaires : Abraham, Moïse, David , Job, Daniel, dont la vie était tout entière déterminée par Dieu, des hommes imprégnés de la présence de Dieu ; Jésus-Christ est, à nos yeux, le premier de tous ces Fils de Dieu, comme aucun autre ne l'a été, mais en qui tous se reconnaissent, l'unique, l'Homme véritable, le prototype de ce que peut être l'humanité.

Présence de Dieu impliqué dans la vie de notre monde. Je risquais l'autre jour la comparaison que Dieu est le chef d'orchestre du cosmos et que Jésus en est le premier violon. Que le dynamisme créateur de Dieu et sa conviction apaisante qui sont à l'�uvre en nous sont visible dans les actes et les paroles de Jésus.

Dieu qui ne peut pas faire n'importe quoi, nous le savons bien en constatant les blocages qui existent en nous, mais Dieu dont la force créatrice ne s'interrompt jamais et agit toujours...

Jésus prend donc place au coeur de la grande nuée des Fils de Dieu, des témoins en qui l'Esprit de Dieu s'est incarné au long des âges : Abraham, Moïse, David, Ésaïe, Amos, Jérémie et tous ceux qui se sont levés après lui : Pierre et André, Jacques et Jean, Marie de Magdala et Marie mère de Jésus, Paul et Barnabbas, Etienne, Athanase, Arius, Augustin et Jérôme, Pierre Valdo, François d'Assise, Luther, Zwingli, Calvin, l'amiral de Coligny, Blaise Pascal, Spinoza, Vincent de Paul, Albert Schweitzer, Martin Luther King, Bonhoeffer, Oscar Romero, Don Helder Camara, l'abbé Pierre, Hans Küng...

Nous reconnaissons aussi l'Esprit qui l'a suscité dans toute l'humanité, dans le Bouddha en sa recherche de se détacher du désespoir, dans Cyrus le libérateur perse des opprimés qu'Esaïe nommait Messie-Christ Esaïe 45.1, dans Socrate et Platon en leur réflexion sur la transcendance de l'homme, en Spartacus le libérateur des esclaves finalement vaincu et crucifié, Mohammed rénovateur de la foi des Arabes, Gandhi l'espoir des Indiens lui aussi assassiné, et tant à d'autres que Dieu reconnaît pour ses Fils.

Tous ces hommes se sont impliqués, chacun à sa manière et selon les conceptions de leur temps dans le grand combat de Dieu pour la vie et contre la mort, pour la liberté, le respect et la joie contre l'oppression, l'injustice et la méchanceté.

Nous croyons que la vie de tout ce qui respire sur la terre, puise son existence et sa vie dans le saint Esprit, dynamisme créateur de la secrète Présence divine.

 

Les Évangiles soulignent que, contrairement à l'enseignement des Pharisiens, Jésus affirme par ses paroles et par ses actes, que Dieu place l'épanouissement des hommes au-dessus des règles de pureté et qu'il place la compassion au-dessus du respect de la Loi (c'est ainsi que Jésus fait des guérisons le jour du sabbat, sacro-sainte loi de Dieu et qu'il participe à des repas avec les gens considérés comme infréquentables).

Il souligne que, contrairement à la tradition gréco-romaine, la piété ne consiste pas à se soumettre à un déterminisme, à un Destin divin, mais que l'espérance chrétienne nous ouvre à des lendemains libérés.

Par son attitude dans sa Passion, Jésus nous a enseigné à nous impliquer avec ferveur et courage dans la promotion sans transiger de cette nouvelle manière de vivre et de penser.

Un Dieu focalisé sur les questions de pureté, de règles alimentaires, de comportement sexuel, intransigeant sur le respect des commandements, voyant le péché à tout bout de champ, ne ressemble en rien à celui dont l'Esprit anime Jésus et l'oppose précisément aux intégristes Pharisiens auxquels il s'oppose toujours dans les Évangiles.

Un Dieu jupitérien tout-puissant et souverain maître du monde, organisant et dirigeant toutes choses à l'image de l'empereur de Rome que l'on devait supplier et flatter en l'enrobant de louanges infinies, ne ressemble en rien à celui dont l'Esprit anime Jésus et l'oppose précisément aux idées gréco-romaines tissées d'un Destin auquel on ne pouvait échapper et de conservatisme immobiliste.

Chaque fois que nos contemporains nous parlent de Dieu et quelle que soit leur foi, leur ferveur et leur force de conviction, nous comparons leurs affirmation avec le ministère de Jésus tel que les Évangiles nous le présentent. Nous n'y ajoutons rien, nous n'en retranchons rien.

Nous nous rendons d'ailleurs compte que c'est ainsi que peut s'ouvrir avec les fidèles des autres religions un dialogue ouvert et sympathique. Les affirmations absolues, les préceptes intransigeants, les traditions autoritaires, les dogmes définitifs ne peuvent qu'opposer les hommes de bonne volonté et les tenter de s'exprimer eux-mêmes dans le même registre raidi. Ce n'est pas ainsi que Jésus nous a fait connaître l'attitude de Dieu qu'il présentait comme le Père de tous les hommes sans tenir compte de nos distinctions.

Nous prendrons garde, notamment en parlant de la mort tragique de Jésus sur la croix, de ne pas laisser croire que c'est Dieu qui l'aurait exigée pour expier le péché des hommes. Nous comprenons bien que les premiers chrétiens aient été amenés à comparer l'exécution injuste et inacceptable de Jésus avec les sacrifices d'animaux innocents que l'on célébrait quotidiennement au temple juif de Jérusalem et dans tous les temples païens de l'Empire romain. Mais ce n'est en réalité qu'au Moyen Age que saint Anselme, alors archevêque de Cantorbéry, a compris cette mort, d'une manière d'ailleurs très féodale, comme une offrande destinée à apaisé l'honneur froissé de Dieu et à racheter sa bienveillance !

Comme l'écrit le professeur André Gounelle :

En quoi Dieu fait-il ici preuve de miséricorde ? Il se préoccupe beaucoup de ses intérêts et de sa gloire. Il envoie son Fils à une mort horrible pour satisfaire son honneur. Il pardonne seulement quand on l'a payé. On est très loin du salut gratuit.
En quoi le supplice d'un innocent à la place d'un coupable satisfait-il la justice ? N'est-ce pas une scandaleuse injustice ?.
Dieu n'exige rien, ni rançon, ni sacrifice expiatoire, ni punition substitutive. Tout cela ne l'intéresse pas. Il demande seulement qu'on s'ouvre à sa parole, qu'on se laisse inspirer, convertir, transformer, entraîner par elle. Dieu cherche à gagner les coeurs, les volontés, à convaincre. Patiemment, progressivement, Dieu agit dans l'humanité pour qu'elle avance, se rapproche de lui, et que le monde devienne meilleur.

La condamnation et le rejet de son Christ est un échec pour Dieu qui s'était impliqué dans son ministère. Son attente a été déçue. Jésus s'est heurté à une vive hostilité. Sa personne et son message ont été rejetés. Le soir du vendredi saint, Dieu est un vaincu, et non un souverain qui aurait obtenu les réparations qu'il demandait.

Mais son dynamisme créateur, qui toujours à nouveau ouvre les hommes à une nouvelle espérance agit encore à nouveau : c'est Pâques. Dieu ressuscite le Crucifié, fait briller la lumière à travers les ténèbres. La Résurrection que Dieu fait n'est pas une sorte de retour du cadavre à la vie. C'est spirituellement, comme le dit saint Paul, que Jésus est passé à un autre niveau d'existence, c'est spirituellement que les forces de mort sont défiées et vaincues.

Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible, il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel 1 Corinthiens 15.42

Pâques est le symbole central et fondamentale de l'action de Dieu dans le monde. C'est la vie qui l'emporte sur la mort.

La foi chrétienne n'est donc pas admettre l'existence d'un être céleste surnaturel demeurant dans un ciel très élevé et dont on pourrait obtenir des interventions spéciales par des prières appropriées !

La foi chrétienne consiste à s'enraciner dans cette force de vie, d'amour et d'espérance qui est en nous, qui n'est pas sans nous mais qui est plus que nous. Force de vie plus forte que la mort. Dieu de Pâques.

 

Saint Anselme, a élaboré son idée de sacrifice substitutif du Christ (« substitutif » signifie que Jésus se serait substitué à nous pour subir un châtiment que Dieu se devait d'infliger aux hommes à cause de leurs péchés) parce qu'il considérait que le but fondamental de la vie humaine était de parvenir à vivre avec Dieu dans le ciel. Et qu'on ne pouvait pas entrer chez Dieu sans être pur de toute faute, il fallait en quelque sorte une amnistie (chèrement payée par Jésus).

Mais quand on lit les Évangiles on voit bien que ce n'est pas ainsi que Jésus voyait la volonté de Dieu. Pour Jésus Dieu est l'élan vital animant chaque homme pour le faire vivre le plus heureusement possible dans le plus grand épanouissement possible dans le monde actuel, sur la terre « qui est quelquefois si jolie ».

Les évangélistes emploient souvent le mot « sauvé » ou « salut » et chaque fois il signifie « guéri », « renouvelé », « restauré », « tiré d'affaires ». Etre sauvé, aux yeux de Dieu, ce n'est pas demain et dans un autre monde, c'est aujourd'hui et dans ce monde-ci, que nous aurons rendu autre.

Le salut que Dieu nous donne consiste à vivre joyeusement notre vie d'homme, sans être particulièrement préoccupé de nos qualités ou de nos défauts, de nos bonnes ou mauvaises actions. Salut gratuit qui fait qu'on n'est plus obsédé par soi-même mais qu'on entre, avec le saint Esprit de Dieu au coeur, dans une vie nouvelle offerte et ouverte par Dieu, dans la joie de la justice humaine, de la paix et de l'amour. Comme Jésus nous l'a montré.

 

Dieu créateur de vie, ici et maintenant et jusque dans l'éternité.

 

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