13 janvier 2003
Pourquoi avons nous des credo et des dogmes ? Nous aident-ils à croire et à
comprendre ou sont-ils au contraire une gêne ? Ne
pourrait-on pas exprimer de façon plus moderne les
vérités éternelles ?
Le Credo de
Nicée
Nous croyons en un seul
Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles
et invisibles.
Nous croyons en un seul
Seigneur, Jésus-Christ, le
Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les
siècles, Dieu venu de Dieu, lumière issue de la
lumière, vrai Dieu issu du vrai Dieu, engendré et non
créé, d'une même substance que le Père et
par qui tout a été fait. Pour nous les hommes et pour
notre salut, il est descendu des cieux et s'est incarné par le
Saint-esprit dans la vierge Marie ; il a été fait
homme. Il a été crucifié pour nous sous Ponce
Pilate, il a souffert et a été mis au tombeau. Il est
ressuscité des morts le troisième jour, de là il
reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. Son
Règne n'aura pas de fin.
Nous croyons en l'Esprit
Saint, qui règne et qui donne
la vie, qui procède du Père et du fils. Il a
parlé par les prophètes ; avec le Père et
avec le Fils il est adoré et glorifié. Nous croyons
l'Église une, sainte, universelle et apostolique. Nous
confessons un seul baptême pour la rémission des
péchés. Nous attendons la résurrection des morts
et la vie du monde à venir. Amen.
.
Ce texte fut adopté en
l'an 325 au Concile de
Nicée convoqué par l'empereur Constantin pour
régler l'hérésie arienne. La question que l'on peut se poser est
pourquoi l'Église utilise-t-elle encore de nos jours ce
langage et cette problématique tellement périmés
au lieu de les mettre à jour.
On ne cherche pas dans les textes du
4e siècle comment développer la médecine ou la biologie ou
gérer une entreprise. Pourquoi y cherche-t-on Dieu ?
Pense-t-on que les évêques de Nicée
étaient divinement inspirés ? Mais on
connaît les oppositions entre eux et leur rivalité
personnelle, leur désir de pouvoir. L'ambiance à
Nicée n'était pas différente de celle qui
règne aujourd'hui dans nos conseils d'Église dont
personne n'aurait l'idée de dire qu'ils sont divinement
inspirés !
En attendant, dans les Églises
où cet ancien credo est
encore en vigueur, bien des fidèles croisent moralement les
doigts derrière leur dos pendant sa récitation, ce qui
n'est pas sans provoquer un complexe de dissimulation, mal
justifié par le sentiment qu'il s'agit de protéger la
foi. De plus en plus les gens intelligents et cultivés se
détournent du christianisme dans la mesure où ils ne
peuvent plus en conscience adhérer à la liturgie du
culte et en chanter les cantiques.
Il n'est évidemment pas bon pour l'Église de demeurer
dans une situation aussi malsaine. Les Églises conservatrices,
plus ou moins fondamentalistes, s'y sentent certainement à
l'aise mais le christianisme le plus ouvert, le plus libéral,
en est victime et a tendance à disparaître
progressivement.
Le moment arrive où la foi chrétienne sera uniquement
représentée le fondamentalisme qui affirme que la Bible
entière est divinement inspirée et ne peut contenir
d'erreur et qui en même temps rejette le monde moderne, la
science, l'éthique et la théologie. Si l'on veut
éviter cette catastrophe, il faut repenser d'urgence notre foi
et notre manière de l'exprimer.
La difficulté est que l'on se rend
pas compte de la gravité de
la situation. Les pasteurs et les prêtres ne se permettent en
général pas de mentionner dans leurs sermons ces
questions qui semblent aberrantes aux gens du dehors, car ils
craignent de scandaliser leurs paroissiens qui viennent encore, alors
que c'est justement ce silence qui les décourage et
eux-mêmes craignent de choquer en l'avouant.
La distance s'accroît entre les fondamentalistes autoritaires
qui sont en train de prendre le pouvoir dans les Églises et
les libéraux qui ne veulent plus venir.
Des études
d'opinion, auxquelles les
médias donnent d'ailleurs étonnamment peu de place,
montrent néanmoins combien les choses changent.
Au printemps 2002 le journal anglican Church Times a
réalisé un sondage auprès de 8000 lecteurs
qui a révélé que seuls 62 % des
fidèles (prêtres et laïcs confondus) croyaient que
Jésus est né d'une vierge. Seulement 79 %
croyaient en la résurrection corporelle de Jésus et
12 % que la Bible est sans erreur.
Six mois plus tard, une autre étude réalisée
avec une rigueur professionnelle, montrait que sur
1700 prêtres anglicans anglais, seulement 46 %
croyaient que Jésus est l'unique moyen de salut, 61 %
croyaient en sa résurrection corporelle et 46 % en sa
naissance miraculeuse.
Il nous faut vraiment repenser la
doctrine chrétienne :
quel est sa finalité, quelle est son origine, pourquoi
est-elle si détaillée ? Est-il vrai qu'elle
soutienne la foi de certains fidèles et en détourne
d'autres de la foi ? Est-ce bien elle qui est responsable de la
crise actuelle de l'Église ? Il faudrait maintenant
proposer de nouvelles expressions de la foi sans pour autant
récuser les formulations traditionnelles auxquelles bien des
fidèles sont encore attachés et qu'ils ont parfaitement
le droit de conserver.
La religion n'est pas une
science fondée sur une
série de faits indiscutables qui ont été
utilisés autrefois dans une conception du monde que nous
n'avons plus de nos jours. On ne doit plus obliger les fidèles
d'aujourd'hui à admettre la réalité historique
de la naissance miraculeuse d'un enfant, la résurrection
physique d'un homme sortant vivant de sa tombe après trois
jours, sa possibilité d'accomplir des prodiges, qu'il soit « d'une même
substance » que
l'indéfinissable Etre-Esprit-Force que nous appelons « Dieu ».
Les gens ont tendance a prendre le
Credo pour une présentation
complète de la véritable foi chrétienne, alors
qu'il a été rédigé au 4e siècle dans le
but de résister aux idées d'Arius concernant la
personne du Christ. Et en réalité beaucoup des
doctrines actuellement en cours dans les Églises, ne sont que
des interprétation de l'Écriture parmi d'autres qui
proviennent de la tradition. Ainsi pour les interprétations
données de la mort de Jésus, de son oeuvre, de la
doctrines du péché, du paradis et de l'enfer, de Marie,
de la prière, des sacrements, et de la conception de Dieu qui
en découle.
Mais l'interprétation de tous ces
points et la conception même de Dieu a considérablement évolué au
cours des siècles et la tradition aussi a changé,
ajoutant ici et supprimant là...
.
Un sondage mené récemment
auprès plus de 500 jeunes anglais de 12 ans par les
chercheurs de l'université d'Exeter révèle qu'un
certain nombre d'entre eux se demandent pourquoi Jésus n'a pas
accompli davantage de miracles, et pourquoi « il ne volait pas comme
Superman »...