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repenser la Résurrection

 

The Living Jesus
Rethinking The Resurrection

 

Anthony Freeman

 

30 juillet 2008

Le chœur de la paroisse dit une prière avant le service du dimanche :

- « Fais que les mots que nos bouches vont chanter nous les croyions aussi dans nos cœurs ».

Et j'ai toujours pris cette prière au sérieux.

Croyons-nous vraiment dans nos cœurs les grandes affirmations de la foi chrétienne que l'on chante le dimanche dans la liturgie.

Ma réponse personnelle est oui. Mais si je suis aussi affirmatif c'est parce que j'ai fait des études de théologie et que je suis capable d'interpréter ces choses d'une manière qui leur donne du sens en notre 21e siècle. Mais nombreux sont les gens qui vont à l'église - sans parler de ceux qui n'y vont pas - qui s'imaginent qu'il faut tout comprendre comme on le faisait au 1er siècle lorsque le Nouveau Testament a été écrit, au 4e siècle lorsque les grands symboles ont été rédigés ou au 16e siècle lors de la Réforme. Et quel résultat !

C'est pourquoi à cette phrase, j'ajoute désormais en moi-même :

- « c'est à moi, en tant que prêtre et que prédicateur d'enseigner ces affirmations de la foi d'une manière qui les rende aujourd'hui crédibles ».

Cela signifie que je réfléchis davantage avant de parler. Cela signifie que je rejette la fausse idée que la foi s'oppose à la raison et à l'intelligence et que je rejoins saint Anselme qui parlait de la foi qui cherche à comprendre : « fides quaerens intellectum ».

 

.

 

Prenons l'exemple de la résurrection de Jésus qui est l'affirmation centrale de la foi chrétienne.

Les chrétiens célèbrent Pâques car Jésus est vivant. Je ne prétends en rien qu'il s'agisse d'une fausse croyance, mais c'est la tâche du théologien de demander : que voulons-nous dire lorsque nous affirmons que Jésus est vivant ?

Les retraités doivent régulièrement fournir un certificat de vie pour justifier du versement de leur retraite. Mais le charpentier de Nazareth aurait-il droit à un certificat de vie lui permettant de bénéficier d'une retraite ? Évidemment non ! Le langage que nous utilisons lorsque nous disons que Jésus est vivant n'est pas celui de l'administration de l'État. Jésus n'est pas « vivant » dans le sens courant du mot.

Cette remarque est d'une évidence aveuglante mais il est absolument essentiel de la répéter.

D'une part parce que tant qu'on n'a pas éliminé toutes les croyances extérieures à la foi chrétienne, on n'est pas au clair sur le contenu réelle du christianisme.

D'autre part parce qu'il ne manque pas d'adversaires d'un christianisme ouvert, honnête et crédible pour prétendre qu'être croyant oblige à avaler n'importe quoi sans réfléchir.

Tout cela pour répéter que nous n'avons jamais prétendu que le Christ vivait dans le sens habituel de ce mot.

 

.

 

Disons les choses autrement.

Les fans du chanteur Elvis Presley aiment dire « Elvis est vivant ! », « notre roi est vivant ». Un tel langage n'est pas totalement absurde. On peut comprendre qu'il exprime le sentiment que la force de cet homme et de sa musique ne s'est pas éteinte à sa mort.

Est-ce cela que nous entendons en disant que Jésus est vivant, qu'il est seigneur et roi ? Affirmons-nous simplement la puissance toujours vivante de son message et de son exemple capables d'inspirer des millions de fidèles dans le monde entier ?

L'exemple d'Elvis montre que l'affirmation« Elvis est vivant ! » ne nie en rien la réalité de sa mort et nous offre deux manières de nous exprimer.

Premièrement il est clair que lorsque les fan d'Elvis Presley emploient à son sujet le mot « vivant », il l'entendent dans un sens métaphorique et non littéral. Dans un sens littéral on ne peut à la fois être mort et vivant. Mais lorsque nous disons que Jésus est vivant, nous affirmons en même temps sa mort et la permanence de sa vie. C'est parce que Jésus est mort « une fois pour toutes » que ses disciples peuvent affirmer avec foi qu'il ne mourra jamais et que « la mort n'a plus de pouvoir sur lui ».

Jésus n'est pas « revenu » de la mort. Il a plutôt fait « exploser » le mur de la mort. Il n'est pas étonnant que les chrétiens et les non chrétiens pareillement ne parviennent pas à imaginer ce que cela peut signifier.

Deuxièmement Elvis ne continue à vivre que dans la mesure où ses fans continuent à écouter sa musique. De même c'est dans le cadre des paroles et des actions des disciples de Jésus et de leur vie renouvelée, que les mots« Elvis est vivant ! » prennent leur sens. Quelle que soit l'expérience qui fut celle des disciples lors de la première Pâques et dans les semaines qui suivirent, elle leur permit - et ne les obligea pas - de dire : « la mort ne rend plus la vie absurde, c'est elle qui donne son vrai sens à la vie ».

Une manière d'exprimer ceci a été de dire que la mort est la porte qui mène à la vie nouvelle : la vie terrestre est suivie par la mort qui mène à la vie éternelle. On a dit que c'était ce que Jésus avait enseigné et qui nous était promis à tous, comme le dit l'Épître aux Hébreux. Mais nous venons de dire qu'un tel langage ne peut pas être pris littéralement. D'ailleurs c'est bien ce que saint Paul soulignait lorsqu'il disait que pour les chrétiens, la vie éternelle commence dès leur baptême : « mourant au péché » on n'a plus à attendre la mort physique pour entrer dans la vie éternelle.

L'Église a toujours enseigné que la vie éternelle est une nouveau niveau d'existence qui commence ici et maintenant. Nous nous ouvrons à cette nouvelle compréhension de l'existence lorsque nous écoutons l'histoire de Jésus et que les limites de la vie nous apparaissent sous un éclairage nouveau.

Nous sommes tous tenté un jour ou l'autre, de nous laisser écraser par le malheur des temps. Avec toutes ses souffrances, ses maladies, ses cruautés diverses et par dessus tout la mort elle-même, la vie paraît absurde. Mais la proclamation chrétienne que « Jésus est vivant ! » est l'affirmation que c'est, au contraire, la limitation de la vie qui lui donne sens car elle lui fixe les frontières et donc la structure permettant d'en saisir l'ensemble.

 

.

 

Quant aux questions posées par les évangiles eux-mêmes, que peut-on en dire ? Le tombeau vide, Jésus traversant les portes fermées, Jésus qu'on ne reconnaît pas !

Je répondrai que l'important est l'expérience de millions de chrétiens dont la vie a été transformée par les récits de la victoire de Jésus sur la mort. Peu importe que l'on puisse ou ne puisse pas en prendre à la lettre les détails. Quelle que soit la manière dont nous les prenons, ils ont le pouvoir de nous communiquer dès maintenant une nouvelle qualité de vie. C'est cela la vie éternelle. C'est de cela qu'il est question à Pâques. C'est de cela que nous parlons lorsque nous disons que « Jésus est vivant » !

La Bible n'est pas un télescope qui permet de voir de près les choses lointaines, de connaître précisément des événements arrivés il y a longtemps et loin d'ici.
Elle est comme le cabinet des miroirs où ce que nous voyons est le résultat de multiples réflexions et d'images qui se superposent, où rien n'est en réalité ce que l'on a d'abord cru voir.

Ceci est particulièrement le cas dans les textes de la résurrection, qui ne peuvent pas être résumés en seul récit et dont chacun pris individuellement soulève aussi des difficultés de compréhension : Marie-Madeleine confond Jésus avec le jardinier, les pêcheurs ne le reconnaissent pas, les disciples n'osent pas lui demander « qui es-tu ? car ils savaient qu'il était le seigneur » etc.
Les récits du tombeau vide diffèrent également et celui de saint Jean qui est le plus élaboré montre clairement l'influence de considérations théologiques, en particulier si on s'attache aux différences qu'il présente avec le récit de la résurrection de Lazare qui ne peuvent être accidentelles.

Mais, je l'ai dit, ces questions n'ont aucune importance. Ce qui est important est que la foi en la résurrection exprime la puissance de la vie sur la mort et ne soit en aucun cas présentée comme le test à réussir pour être déclaré chrétien !

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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