Croire aujourd'hui
Dépression ou
courage intérieur

Oskar
Kokoschka
« Jeune danseuse en robe bleue tenant de la main droite
l'ourlet de sa jupe »
25 mars 2005
Le Vendredi saint est la
commémoration de la mort de Jésus sur la
croix. Pâques est la
fête de sa Résurrection.
On ne peut pas parler de sa mort qui
récapitule toutes les morts, toutes les souffrances et toutes
les défaites des hommes. sans penser que Dieu les a faites
déboucher sur la victoire de Pâques.
On ne peut pas parler de la Résurrection de Jésus, qui
symbolise tous les renouveaux créés par l'Esprit
créateur de Dieu, sans penser à toutes les
détresses qui les ont précédés.
La mort de Jésus est un fait
historique indubitable; dont tout le monde pouvait être
témoin (mais dont le sens profond dépend de la foi de
chacun).
Les récits de la résurrection sont d'un genre
différent. Ils nous décrivent un fait dont le sens
profond dépend, lui aussi, de la foi de chacun, mais dont la
réalité n'est sensible qu'à la foi : les
passants indifférents n'auraient pu en être
témoins. Un journaliste n'aurait sans doute rien
enregistré sur son caméscope, sauf, bien entendu, les
visages émerveillés et apaisés des disciples
qui, eux, contemplaient le Ressuscité avec les yeux de leur
foi.
Cela ne signifie pas que
l'événement de la Résurrection du Christ est
moins « vrai » que sa mort mais qu'il se situe à un autre
niveau d'existence.
Les contradictions des récits de la Résurrection dans
les quatre Évangiles et la lettre de Paul aux corinthiens (I
Co 15) sont donc tout à fait
compréhensibles.
Force et courage. La résurrection du crucifié
révèle Dieu comme créateur de renouveau,
fondement de la Vie. L'affirmation de la Résurrection du
crucifié indique que Dieu est différent de Jupiter, le Dieu à la toute-puissance capricieuse que
les Gréco-Romains imaginaient. Jupiter que l'on suppliait
d'accorder des exaucements surnaturels bien venus pour
améliorer notre quotidien de l'extérieur.
La foi au Dieu de Jésus-Christ est de
s'impliquer dans son dessein d'espérance et de croire avec
courage qu'aucune situation ne peut nous séparer de la
Présence créatrice de Dieu : Rien, par même
la mort de son Christ bien-aimé, n'arrête le dynamisme
créateur de Dieu.
Croire en la Résurrection est
affirmer cette créativité pour notre prochain comme
pour nous-même.
Le Christ est ressuscité, Dieu a
vaincu la mort. Laissons-nous animer
par le saint Esprit créateur, qui agit en nous pareillement,
afin d'être par lui, nous aussi, vainqueurs de la mort.
Vainqueurs de la mort sous toutes ses
formes : maladie,
pauvreté, faim, violence, guerre, oppression,
indifférence à l'égard des plus faibles et des
exclus, pollution de notre planète, mépris de la
dignité de beaucoup d'hommes. Peine de mort aussi, il faut
bien en parler, malheureusement légalisée pour le
prétendu bien de la société. C'est en affrontant
ces forces de mort en union avec le Christ ressuscité que nous
célébrerons Pâques; Et nos « alléluias » nous donneront le courage de la victoire.
Comprendre
Pâques
La « Jeune danseuse »
d'Oskar Kokoschka me semble une illustration très juste de
Pâques.
1908 : Pablo Picasso jette un regard
pathétique et fraternel sur les saltimbanques et Oskar
Kokoschka peint le pathétique de cette pauvre jeune danseuse
dans son misérabilisme : les yeux baissés, la
bouche amère, les bras maigres, la poitrine creuse, le visage
anguleux, vêtue d'une vilaine robe qui ne lui va pas bien, elle
est sans beauté.
Et pourtant elle se tient, elle danse. Une force intérieure
l'anime. Comme les belles dames, elle tient avec
élégance sa vilaine robe bleue. Elle ne regarde
personne, elle aurait peut-être peur des regards ironiques.
Elle est tout entière livrée à son rêve
intérieur où elle est sans doute belle, vraie danseuse,
emportée par la musique et la danse, ravie, digne elle aussi
d'être peinte par un artiste et de figurer dans les
expositions...
La description que les
évangélistes font de Jésus-Christ dans sa
passion est misérable comme
la petite danseuse. C'est plutôt elle qui ressemble à
Jésus. Jésus flagellé, giflé,
couronné d'épines et ridiculement vêtu d'un
manteau rouge de sous-officier qui le déguise en roi
d'opérette, est présenté, tout lamentable, par
Pilate qui dit à la foule : « voici l'homme »
Jean 19.5
Et les vociférations
l'entourent : « crucifie-le ! »
Même Pilate, nous dit
l'évangéliste Jean, éprouve de la crainte devant
tant de violence.
Jésus, lui aussi, se tient et
présente une certain
élégance :
« Tu n'aurais sur moi aucun
pouvoir, s'il ne t'était donné
d'en-haut »
Tout entier livré à son rêve intérieur du
Royaume de Dieu qui est proche, de la Présence divine en nous.
Jésus est pleinement enraciné dans le fondement de la
Vie, baigné de l'Esprit de Résurrection.
Sans arrogance, pourtant, sans
prétention. « Voici l'homme » a dit Pilate, tout simplement. Jésus n'est
pas de ceux qui sourient tout le temps d'un air content, de leurs
dents blanches, comme le font certains hommes politiques, certains
dictateurs, certains chefs religieux aussi.
.
Comment comprendre
Pâques si on est toujours au
top, sans problèmes, sans rien à espérer, sans
ressentir de trou, de manque dans sa vie, sans avoir besoin de
davantage de Force de renouveau.
Comment comprendre
Pâques si, quand vient le
Vendredi Saint et le Samedi Saint, on prend des euphorisants, de la
drogue, de l'alcool, ou on demande un congé de maladie pour
déprime ?
Comment comprendre
Pâques si on passe son temps
à calculer le « niveau du moral des
ménages » en
pensant qu'il devrait « normalement » augmenter continuellement ?
Pâques, c'est un
élan intérieur, une force de renouveau, un Esprit de
courage
qui est en nous, qui n'est pas sans nous, mais qui est plus que
nous.
Comment comprendre Pâques si on ne croit pas qu'il y a en nous
cette source de Vie, si on croit qu'on ne peut compter que sur
soi.
Comment comprendre
Pâques si on ne croit pas
qu'il y a de l'Espérance et qu'on répète
« moi je suis
déprimé »
et d'ailleurs
« quand on voit ce
qu'on voit et qu'on sait ce qu'on sait, on a bien raison de penser ce
qu'on pense ! »
Comment comprendre
Pâques si on croit qu'avec le
gouvernement qu'on a la situation dans laquelle on est, l'attitude de
notre entourage, rien ne peut aller.
.
Parlons du
péché. Le
péché est ne pas être amoureux de la vie,
négliger l'énergie de Dieu en nous, se
dessécher, admettre la laideur, l'ennui, la
médiocrité, se réfugier dans une
immobilité sécuritaire, dans un pessimisme amer et
désabusé, s'enfermer dans un petit groupe sectaire ne
pas transmettre à la jeune génération la
conscience de la vie agissante dans le cosmos entier, l'amour de la
beauté, laisser à la mort et au pessimisme la victoire
sur la vie et la joie !
Attention de ne pas vider la
Résurrection de son sens en
disant : « Elle est
naturelle car un Fils de Dieu ne peut pas mourir
vraiment ! »
Jésus-Christ n'était pas un
Dieu se promenant provisoirement sur la terre sans être engagé dans les conflits de
l'existence et les ambiguïtés de notre vie. (On pourrait
alors lui demander des miracles sans nous sentir engagés
nous-mêmes dans son ministère puisqu'il ne serait pas,
lui, véritablement engagé dans notre
humanité).
L'Esprit de Pâques, l'Esprit de
Résurrection, l'Esprit saint de Dieu gonfle la poitrine de
l'homme (« Voici
l'Homme »), de
persévérance stoïque, de courage.
Quand on demande à l'Homme :
« Comment
vas-tu »
il répond, dans l'épaisseur de
ses souffrances, de ses douleurs, de ses angoisses, de ses
tristesses, en présence de sa mort même :
« Grâce
à Dieu, je vais bien ».
Ce qui ne l'empêche pas,
naturellement, de donner de ses nouvelles, mais sans geindre, comme
un Homme dont le souffle est mêlé du Souffle
divin.
C'est sans doute ce que
fait la misérable danseuse
que Kokoschka a peinte si belle pourtant !
J'ignore la religion ou l'absence
de religion d'Oskar Kokoschka
Mais je crois que nous nous serions bien entendus avec
lui.
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