Connaissance de la Bible
Voici mon corps
donné pour vous
faites ceci en
mémoire de moi
Matthieu 26:26-28 ;
Luc 22:14-20 ; Jean 15:8-17
Pasteur Marc
Pernot
Temple de
l'Oratoire du Louvre
.
22 mars 2008
Textes bibliques
Matthieu 26:26-28
Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit
du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et
le donna aux disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon
corps.
Il prit ensuite une coupe; et, après
avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : Buvez-en
tous car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est
répandu pour beaucoup, pour le pardon des
péchés.
Luc 22:14-20
L'heure étant venue, il se mit
à table, et les apôtres avec lui.
Il leur dit : J'ai désiré
vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir ;
car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu'à ce
qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu.
Et, ayant pris une coupe et rendu
grâces, il dit : Prenez cette coupe, et distribuez-la
entre vous car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du
fruit de la vigne, jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit
venu.
Ensuite il prit du pain; et, après
avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en
disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous;
faites ceci en mémoire de moi.
Il prit de même la coupe, après
le souper, et la leur donna, en disant : Cette coupe est la
nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour
vous.
Jean 15:8-17
Si vous portez beaucoup de fruit, c'est
ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes
disciples.
Comme le Père m'a aimé, je
vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour.
Si vous gardez mes commandements, vous
demeurerez dans mon amour, de même que j'ai gardé les
commandements de mon Père, et que je demeure dans son
amour.
Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie
soit en vous, et que votre joie soit parfaite.
C'est ici mon commandement : Aimez-vous
les uns les autres, comme je vous ai aimés.
Il n'y a pas de plus grand amour que de
donner sa vie pour ses amis.
Vous êtes mes amis, si vous faites ce
que je vous commande.
Je ne vous appelle plus serviteurs, parce
que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je
vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait
connaître tout ce que j'ai appris de mon Père.
Ce n'est pas vous qui m'avez choisi; mais
moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous
alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure,
afin que ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le
donne.
Ce que je vous commande, c'est de vous aimer
les uns les autres.
.
« Prenez et mangez,
ceci est mon corps donné pour vous... faites ceci en
mémoire de moi. »
Nous avons tous cette phrase en
tête, comme si elle était un verset bien connu de la
Bible. Et bien oui, et non. Telle
quelle, cette phrase est nulle part dans le Nouveau Testament, c'est
un patchwork de phrases des différents Évangiles
composée par des théologiens au cours des
siècles, c'est comme si l'on prenait dans un livre le sujet et
le verbe d'une phrase et qu'on le collait au complément
tiré d'un autre livre. Je ne sais pas si cette composition est
simplement maladroite ou s'il s'agit de manipulation, mais en
rapprochant ainsi 2 demi-versets de 2 évangiles
différents, le sens n'est vraiment plus le même que dans
les Évangiles d'origine.
« Prenez et mangez, ceci est
mon corps donné pour vous... » est dans l'Évangile selon Matthieu,
« ...faites ceci en
mémoire de moi »
est dans l'Évangile selon Luc et dans la 1ère lettre
de Paul aux Corinthiens. En rapprochant ces demi-phrases on donne
à penser que Jésus nous dit qu'il serait vital de
prendre et de manger régulièrement le pain et le vin en
mémoire de lui. En effet, ce
« ...faites ceci en mémoire de
moi » est la conclusion
d'une parole de Jésus très solennelle où il
donne en quelque sorte son testament spirituel, quelques heures avant
d'être arrêté et exécuté.
Reprenons donc, honnêtement, ces
paroles du Christ qui nous dit « faites ceci en mémoire de
moi » pour essayer de
comprendre ce qu'il nous donne de faire :
« Jésus prit
du pain et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et
le leur donna, en disant : Voici mon corps qui est
donné pour vous, faites ceci en mémoire de
moi. »
Quel est le « faire
ceci » que Jésus
nous donne ainsi comme testament spirituel ? Sa phrase est
très claire, le « faire
ceci » renvoie au dernier
verbe actif précédant. « Voici mon corps qui est donné pour
vous, faites ceci en mémoire de
moi » veut dire que
Jésus nous invite à donner notre corps pour les autres,
comme lui, le Christ, donne son corps et sa vie pour nous.
Mais, bien entendu, ce dernier message
donné par Jésus est moins facile à entendre
qu'un « mangez ce pain,
buvez cette coupe, en mémoire de
moi » qui institue un
geste religieux comme sommet de ce que Jésus nous propose de
vivre dans son Évangile. Il est également bien plus
facile de dire « Voici le
corps du Christ » en
tendant un morceau de pain que de dire aux autres « Voici mon corps, voici mon sang que je
vous donne, par amour pour vous, en mémoire du Christ qui a
donné sa vie pour moi ». Il est plus facile de dire « Jésus vous
aime » que de d'essayer,
avec nos forces limitées d'aimer notre prochain, et d'exposer
ainsi nos ressources limitées et nos coeurs déjà
fatigués...
Jésus était un juif
pratiquant, mais apparemment de façon assez
libérale. Même ce geste
essentiel du sabbat qui consiste à laisser la première
place à Dieu dans sa vie au moins une fois par semaine
n'était pas pour lui une chose absolue et s'il y avait
quelqu'un à aider ce jour là, ou seulement un
épi de blé à grignoter en passant, ce
n'était pas pour lui un problème. « Le sabbat est fait pour
l'homme, explique t-il,
et pas l'homme pour le
sabbat », on voit mal dans
ce contexte comment il aurait institué un geste religieux
comme celui de la cène dans une autre optique. C'est, comme
lesSabbat, un simple moyen au service de notre cheminement.
Cette chose ultime, qui est centrale dans la
vie du Christ, c'est de donner sa vie pour les autres, de donner son
temps, son énergie, son amour pour donner la vie aux autres.
C'est ce que l'on voit dans bien des passages du Nouveau
Testament.
Par exemple, l'apôtre
Paul nous appelle à: offrir
notre corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable
à Dieu, ce qui sera de notre part un culte raisonnable
(Rom. 12:1). Et dans les évangiles, le Christ nous
dit : « Si quelqu'un
veut venir avec moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se
charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui
voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à
cause de moi la sauvera. »
(Luc 9:22-24, Luc
17:33) Il s'agit de la même chose
que dans le commandement de la cène. Il nous invite à
donner notre vie, comme lui-même donne sa vie pour nous.
Être chrétien, ce n'est pas
seulement être consommateur ou
spectateur mais c'est être acteur. Ce n'est pas seulement
être aimé mais aussi aimer... Ce n'est pas regarder le
Christ porter sa croix, mais porter sa propre croix et le suivre dans
ce cheminement.
Le Christ est le chemin. Un chemin n'est pas
fait pour être adoré. Un chemin c'est fait pour
permettre d'avancer. Quand le Christ donne sa vie, il ne la donne pas
pour que nous le regardions faire avec admiration pour son courage,
mais il nous donne sa vie pour que nous la prenions, pour que nous
vivions de cette qualité d'être qui était la
sienne et qu'il nous offre.
Dans le même sens, nous fêtons
Noël pas seulement pour célébrer la naissance du
bébé Jésus il y a 2000 ans mais pour
naître à cette dimension supérieure de
l'existence qu'il incarne. Et si nous repensons
particulièrement aux dernières journées de la
vie de Jésus à Pâques c'est pour nous ouvrir
à chaque fois un peu plus à sa façon
d'être, pour faire un pas de plus dans le cheminement qu'il
nous propose, et pour que vraiment, concrètement, cela change
quelque chose à notre façon d'être.
En mangeant la Pâque le Jeudi Saint,
nous voulons prendre et assimiler cette façon d'être qui
consiste à donner sa vie par amour pour les autres, à
donner au moins un peu de notre vie dans l'espérance qu'une
personne que nous pensons devoir aimer puisse être un peu plus
vivante ainsi.
En nous lamentant sur la mort de
Jésus le Vendredi Saint et en nous réjouissant de sa
résurrection le dimanche de Pâques, nous voulons nous
ouvrir à ce miracle qu'est l'extraordinaire dynamique de vie
qu'il y a dans le moindre geste d'amour vrai. Objectivement, la mort
de Jésus de Nazareth est un incroyable gâchis, celui
d'une vie extraordinaire sacrifiée par la folie ordinaire des
humains. Pourtant, même ce gâchis stupide, grâce
à l'amour que le Christ a mis à le supporter, a
été paradoxalement une incroyable source de vie pour le
monde entier.
Bien souvent, nous hésitons à
faire un geste pour telle personne, parce que peut-être
ça ne servira à rien, peut-être qu'elle se
moquera de notre élan, ou pire... mais ne craignons rien, tout
geste d'amour a sa propre fécondité.
Noël, Pâques, Pentecôte, et
nos saintes cènes ne font pas de nous des spectateurs de la
vie du Christ mais ils nous donnent l'occasion de devenir un peu plus
enfant de Dieu, un peu plus christiques.
« Jésus prit du pain ;
et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur
donna, en disant : Voici mon corps qui est donné pour
vous ; faites ceci en mémoire de
moi. » En disant ces
paroles, Jésus ne crée pas un rite religieux, il nous
propose un style de vie, il nous propose de vivre en donnant sa vie
pour nos frères et sœurs, comme le dit Jean (1 Jean 3:16).
Facile à dire, un peu moins à
faire ? C'est pour cela que nous avons besoin du Christ.
Lui-même nous dit dans le passage de l'Évangile de Jean
que nous avons entendu que ce n'est pas spontanément qu'il
peut aimer à ce point, mais que cela lui vient de son
Père, de Dieu, et que cette façon d'être il nous
la donne, il nous la transmet parce qu'en elle est la vie, et
même la joie parfaite.
Nous retrouvons cette transmission de la
vie divine dans les gestes de Jésus à la
Cène :
- D'abord, Jésus prend le pain. Il le prend
comme on prend sa vie en main, comme on se saisit consciemment de
l'amour dont nous avons été aimé par Dieu,
particulièrement en Christ.
- Ensuite, Jésus rend grâces, il remercie
Dieu publiquement de tout ce qu'il lui a donné : il le
remercie pour cette vie qu'il a, pour l'amour dont Dieu l'aime,
puisque c'est cet amour qui lui donne d'aimer lui-même, et de
connaître la joie qu'il y a à vivre ainsi.
- Après seulement, il rompt le pain comme il
donne sa vie pour nous. Cela ne doit venir que comme un fruit de
l'amour divin, nous dit Paul, il ne sert à rien de donner son
corps, de donner sa vie si on le fait sans amour. C'est ce que dit
également le Psaume 127, c'est en vain que nous essayons
de construire si nous construisons sans l'Éternel.
- Jésus donne enfin ce pain rompu aux disciples
en expliquant ce geste qui est la mémoire de son amour qui va
jusqu'à donner sa vie pour nous. Et il nous conseille ainsi,
fraternellement, de prendre et d'assimiler cette façon
d'être, car en elle est la vie.
Comme le Christ ne pouvait vivre comme il a
vécu par de simples forces humaines mais seulement avec
l'amour de Dieu créant une surnaturelle capacité
à aimer, nous aussi, nous avons besoin de Dieu pour vivre
en « nous aimant un peu les
uns les autres. »
Et c'est pour cela qu'il est
intéressant de lire aussi ce que nous dit Jésus dans un
autre Évangile pour la cène : « Jésus prit du pain; et,
après avoir rendu grâces, il le rompit et le donna aux
disciples en disant: Prenez, mangez, ceci est mon
corps. »
(Matthieu 26:26) Le Christ nous tend sa
vie, il nous offre ses paroles, il nous offre la connaissance de
l'amour de Dieu, et il nous conseille de prendre cela, et de
l'assimiler en nous-mêmes:
- « Prenez » : prendre, c'est dire oui au Christ, c'est dire oui
à ce Dieu qu'il nous révèle, à cette
façon d'être que Jésus incarne, c'est prendre du
temps pour le chercher, c'est vouloir recevoir ce qu'il donne.
- « Prenez et
mangez » Manger le
Christ : c'est se nourrir de sa personne et de son enseignement,
comme la nourriture d'un repas délicieux nous réjouit,
nous fortifie et nous rassemble autour de la table.
On peut certes prendre et manger le
Christ par la simple méditation des évangiles et la
prière chez soi, dans
l'intimité de sa chambre. Nous pouvons aussi le prendre en le
manger le dimanche matin au cours du culte, même si la
cène n'est pas célébrée, et cela nous
rappelle que nous ne sommes pas seuls dans cette démarche mais
tout une famille qui se rassemble. La cène ajoute encore
quelque chose, une émotion, une façon de vivre cette
recherche et cette joie de façon plus physique, par un geste
de la main, par un regard qui s'échange, par une coupe et un
plat qui passent de l'un à l'autre. Ce n'est pas obligatoire,
mais beaucoup d'entre nous sont sensibles alors, tout
particulièrement, à cette réalité que
c'est ensemble que nous constituerons le corps du Christ, avec
humilité mais aussi en assumant la responsabilité qui
est la nôtre, cette belle vocation d'être disciple du
Christ.
Bénis sois-tu, Seigneur notre
Dieu, pour tout ce que tu nous a donné en Christ.
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